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Les Impressions de Jean-Paul Sartre sur son Voyage …

1/20 LES Impressions DE Jean-Paul Sartre SUR SON Voyage EN Propos recueillis par Jean Bedel La Libert de critique est totale en URSS Lib ration, 15. Rencontre avec des hommes d un type nouveau Voici, vingt ans, son retour d , Andr Gide disait sa d ception. Il jugeait bon d en faire un livre dont on se rappelle le retentissement. Le Voyage en de Jean-Paul Sartre marquera sans doute une date dans l histoire des rapports entre les intellectuels de France et ce grand pays qui n a pas fini de nous instruire et de nous tonner , comme disait Andr Gide. Jean-Paul Sartre n a cependant pas l intention de publier un retour de l . Il estime qu il n est pas possible de conna tre en quelques semaines un aussi vaste pays o vivent 200 millions d hommes de nationalit s diff rentes. De plus, il convient de pr ciser que Jean-Paul Sartre est tomb malade la suite.

1/20 LES IMPRESSIONS DE JEAN-PAUL SARTRE SUR SON VOYAGE EN U.R.S.S. Propos recueillis par Jean Bedel La Liberté de critique est totale en URSS

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1 1/20 LES Impressions DE Jean-Paul Sartre SUR SON Voyage EN Propos recueillis par Jean Bedel La Libert de critique est totale en URSS Lib ration, 15. Rencontre avec des hommes d un type nouveau Voici, vingt ans, son retour d , Andr Gide disait sa d ception. Il jugeait bon d en faire un livre dont on se rappelle le retentissement. Le Voyage en de Jean-Paul Sartre marquera sans doute une date dans l histoire des rapports entre les intellectuels de France et ce grand pays qui n a pas fini de nous instruire et de nous tonner , comme disait Andr Gide. Jean-Paul Sartre n a cependant pas l intention de publier un retour de l . Il estime qu il n est pas possible de conna tre en quelques semaines un aussi vaste pays o vivent 200 millions d hommes de nationalit s diff rentes. De plus, il convient de pr ciser que Jean-Paul Sartre est tomb malade la suite.

2 A la suite de son Voyage en , Jean-Paul Sartre a bien voulu nous accorder une longue interview. Dans son appartement, proche de Saint-Germain-des-Pr s, notre entretien s est prolong pendant deux heures. Nous en avons recueilli la st nographie et nous nous excusons de la forme tr s libre de cette conversation, que nous avons tenu a reproduire fid lement pour en conserver toute la sinc rit , toute la chaleur. Et le citoyen sovi tique am liore sans cesse sa condition au sein d une soci t en progression continuelle L : Je voudrais vous demander quelles ont t les limites de votre Voyage et comment vous avez pu entrer en contact avec les citoyens sovi tiques, malgr l obstacle de la langue ? JPS : Vous savez qu il y a un Voyage classique que les trangers font volontiers en : Moscou, L ningrad, G orgie.

3 J avais demand d ailleurs, sur le conseil d Ehrenbourg, voir plut t que la G orgie, l Ouzbekistan. Je m tais dit, que n tant pas sp cialiste de questions techniques, industrielles et autres, je n tais m me pas m me d appr cier exactement la situation de l conomie sovi tique. Ma sp cialit est surtout la culture et Ehrenbourg m avait signal l Ouzb kistan comme le pays o le plus gros effort culturel avait t r alis (il y avait 98% d analphab tes en 1914). Je me suis donc rendu Moscou, puis L ningrad, et j ai pass huit jours en Ouzb kistan, Tachkent et Samarkand. J tais invit pour un mois, mais comme les Sovi tiques ont l hospitalit tr s large, ce n tait pas limitatif. Quand je suis tomb malade, ils m ont propos de rester trois semaines dans une maison de sant pour me gu rir.

4 Je ne pouvais rester si longtemps puisqu il y avait la conf rence de Stockholm laquelle j aurais voulu assister. Finalement je n ai pas pu. De sorte que je suis rest du 26 mai au 24 juin en , mais j ai t malade dix jours l h pital de Moscou. L : Cela peut tre une exp rience malgr tout .. JPS : Tr s certainement : je compte a au nombre des exp riences que j ai faites chez les soviets. Je peux dire notamment que j ai t tr s bien soign . L : Je vous parlais de l obstacle de la langue. Est-ce que vous avez pu voir qui vous vouliez et parler qui vous vouliez, sans contraintes ? JPS : La langue est certainement un obstacle. Il est vident qu on ne peut saisir toutes les nuances des r ponses m me travers le meilleur traducteur. Mais ils avaient eu l amabilit de faire pour moi comme pour d autres personnes d ailleurs, un gros effort et ils m ont donn , non pas une interpr te, mais une sp cialiste de la langue fran aise en Union Sovi tique.

5 Elle parlait tr s bien fran ais, traduisait vite, tait au courant des questions fran aises et des donn es de notre politique. Elle m a accompagn jusqu Tachkent et Samarkand. Donc, aucune difficult de ce c t -l . 2/20 Ce qu il faut d abord dire, c est que le contact est aussi large, aussi ouvert et aussi facile que possible. En aucun cas je n ai eu l impression d une r ticence. Tr s souvent, les journalistes peu favorables l Union Sovi tique qui ont t en vous parlent de m fiance . Je pense par exemple aux Lazareff. Eh bien, je ne sais o ils ont t p cher une impression de ce Les citoyens sovi tiques ont une tr s vive curiosit de tout. De m fiance , je n en ai vu nulle part. L : Avez-vous le sentiment que les gens sentent un changement ? Je fais allusion ce que certains Occidentaux appellent l re Malenkov.

6 JPS : Oui ; ils sentent un changement et ils en parlent tr s volontiers. Je lis les articles des Lazareff qu il est impossible de prendre en s rieux. Il a suffi que les Lazareff aillent un pour que des gens leur fassent imm diatement confiance ( eux, anticommunistes), les abreuvent de confidences chuchot es, leur murmurent entre deux portes que tout va mieux depuis Malenkov. Ceci est doublement inexact. D abord, ils ne se cachent pas. Ensuite, ils ne diront jamais que a va mieux depuis Malenkov, parce que ce n est pas comme a qu ils pensent. Ils diront que a va mieux depuis que le gouvernement, reconnaissant qu on ait peut- tre trop sacrifi ces derni res ann es aux industries de base, a commenc pousser la fabrication des biens de consommation. De m me on peut faire que cela va mieux depuis la derni re baisse de prix.

7 C est un changement conomique qu ils ne rattachent pas des hommes particuliers comme nous le croyons nous disons, nous, Laniel, Bidault ou Mend s-France mais qu ils comprennent dans une volution. M me Staline, homme respect , tait un symbole mais repr sentait essentiellement l ensemble. Les Sovi tiques ont l habitude d appr cier, de critiquer les choses d apr s les mesures objectives, concr tes et pr cises qui sont prises. Ils vous parleront par exemple de l affaire des m decins, en d clarant : Notre gouvernement a reconnu ses torts, il s tait tromp . Mais ils disent NOTRE gouvernement . Ils ne disent pas qu il y avait Beria et qu une fois Beria arr t , l erreur a pu tre reconnue. Beria a t arr t , ils en parlent, mais cela ne compte pas. Ce qui compte, c est l unit de leur gouvernement qui prend des mesures, quelquefois mauvaises et qu on critique, quelquefois bonnes, et qu on approuve.

8 Une critique positive L : D apr s ce que vous dites, on se demande comment les Lazareff ont pu voir autrement. JPS : Vous pouvez parler n importe qui et lui demander : Est-ce que a va mieux en 1954 qu en 1952 ? Il vous dira oui . Si vous lui dites : Est-ce que parce que Staline est mort ? vous l tonnerez, parce que ce n est pas comme a qu il pense les choses et il ne comprendra plus. Le citoyen sovi tique poss de, mon avis, une enti re libert de critique, mais il s agit d une critique qui ne porte pas sur des hommes, mais sur des mesures. L erreur serait de croire que le citoyen sovi tique ne parle pas et garde en lui ses critiques. Cela n est pas vrai. Il critique davantage et d une mani re beaucoup plus efficace que la n tre. L ouvrier fran ais dira : Mon patron est un salaud ! L ouvrier sovi tique ne dira pas : Le directeur de mon usine est un salaud !

9 Mais : Telle mesure est absurde. La diff rence, c est que le Fran ais le dira dans un caf ; le Sovi tique, lui, s engagera PUBLIQUEMENT, engagera sa responsabilit dans la critique au cours d une r union officielle par exemple la r union du Soviet, la r union de tel groupe technique dont il fait partie, ou la r union du Parti . Il critiquera prement, souvent, mais toujours dans une direction positive. Et ce qui est vrai des ouvriers est vrai de tout le monde. Faire confiance l homme L : Est-ce que cela ne peut pas pr senter un certain danger, de critiquer les mesures plut t que les hommes ? JPS : Certes, je suppose qu on en arrive tout de m me consid rer par exemple qu un directeur d usine n est pas digne de sa fonction si trop de mesure sont critiqu es, mais au d part les Sovi tiques font confiance l homme.

10 Celui-ci devra r pondre cette confiance par son travail, son exemple, son int grit . C est ainsi que les Sovi tiques pensent et sentent. Ici, nous pouvons prouver a priori de la d fiance pour un homme parce qu il repr sente un r gime ou une classe. L -bas, a priori, ils font confiance. Si des choses les heurtent, ils penseront d abord non pas que c est manque de bonne volont , mais que cela n a pas bien t , que l on n a pas bien 3/20 compris. Un homme peut se tromper et la critique porte d abord sur son erreur. Ce n est que beaucoup plus tard, si l erreur n est pas corrig e, qu il peut y avoir conflit et que l homme est d sign . Ce qui est tr s frappant, c est que si vous discutez avec des citoyens sovi tiques, vous pouvez critiquer n importe quel aspect de leur r gime. Ils accepteront la discussion sans tre offens s, et m me la solliciteront la condition qu ils aient une certaine confiance en vous et que vos critiques ne portent pas sur des hommes.


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