Transcription of Les Douze Étapes - Première Étape - (pp. 23-27)
1 2 3 Premi re tape Nous avons admis que nous tions impuissants devant l alcool que nous avions perdu la ma -trise de notre vie. Qui veut s avouer totalement vaincu ? Presque per-sonne videmment. Tous nos instincts naturels se rebellent l id e de l impuissance personnelle. Il est vraiment intol rable d admettre que nous avons pu, le verre la main, nous fausser l esprit au point d tre hant s par une telle obsession destructrice de boire que seul un acte de la Providence pourrait nous en lib faillite n est comparable celle-l . De-venu pour nous un cr ancier vorace, l alcool nous a vol toute autonomie et toute volont de r sister ses exigences. Lorsque nous reconnaissons cette im-placable r alit , c est que notre vie est devenue une faillite une fois entr s chez les AA, nous voyons diff remment cette humiliation absolue.
2 Nous nous rendons compte que seule la d faite totale peut nous permettre de nous engager sur la voie de la libert et de la force. L aveu de notre impuissance se trans-forme en solides fondations sur lesquelles nous pou-vons construire une vie heureuse et savons qu un alcoolique gagnera bien peu 12&12_Inside_FRENCH(3-09).indd 2309-02-24 13:50P R E M I R E T A P E2 4 se joindre aux AA s il n a pas d abord reconnu sa d sastreuse faiblesse et toutes ses cons quences. moins d un tel acte d humilit , sa sobri t s il en a demeurera pr caire. De v ritable bonheur, il n en trouvera pas du tout. Comme une vaste exp rien-ce le prouve sans l ombre d un doute, c est une des r alit s des AA. Le principe voulant que nous ne puissions pas trouver de force durable moins d ad-mettre notre d faite totale est le germe profond qui a permis notre Mouvement de na tre et de s pa-nouir.
3 Devant le d fi de s avouer vaincus, la plupart d en-tre nous se sont r volt s. Nous nous sommes adres-s s aux AA dans l espoir d y retrouver la confiance en nous-m mes. Et maintenant, on nous disait que face l alcool, la confiance en soi ne valait abso-lument rien ; en fait, c tait un d savantage. Nos parrains nous ont expliqu que nous tions victimes d une obsession si puissante et si subtile qu aucune volont ne pouvait la vaincre. Il est tout simplement impossible, disaient-ils, de venir bout de cette ob-session par la seule force de la volont . Et comme pour ajouter notre confusion, nos parrains insis-taient sur notre vuln rabilit devant l alcool : une allergie, disaient-ils. L alcool, ce tyran, brandissait sur nous un glaive deux tranchants : nous tions afflig s non seulement d une folle obsession qui nous condamnait continuer de boire, mais aussi d une allergie physique qui finirait certainement par nous d truire en m me temps.
4 Bien rares, en effet, 12&12_Inside_FRENCH(3-09).indd 2409-02-24 13:50P R E M I R E T A P E2 5 taient ceux qui avaient soutenu seuls ce combat et en taient sortis vainqueurs. Les statistiques pou-vaient le d montrer : les alcooliques n arrivent pres-que jamais se r tablir par eux-m mes. Et il en est ainsi, semble-t-il, depuis que l homme a commenc presser le fruit de la premiers jours du Mouvement, seuls les cas les plus d sesp r s acceptaient d avaler et de dig rer cette am re v rit . M me ceux qui en taient pres-que leur dernier soupir avaient souvent du mal reconna tre quel point ils taient effectivement ir-r cup rables. Pourtant, certains l ont fait et une fois agripp s aux principes des AA avec autant de fr n -sie qu un noy se cramponne une bou e de sauve-tage, ils se sont presque tous r tablis.
5 C est pour cette raison que la premi re dition de Alcoholics Anony-mous, parue l poque o nous avions bien peu de membres, ne parlait que des cas extr mes. Plusieurs alcooliques moins mal en point s adressaient aux AA mais sans succ s, parce qu ils ne pouvaient pas faire cet aveu d , la situation a bien chang au cours des ann es suivantes. Des alcooliques qui avaient encore une bonne sant , qui avaient toujours leur famille, leur emploi et m me deux voitures dans leur garage, commen aient s apercevoir qu ils taient alcooliques. Gr ce cette volution, des jeunes gens qui n taient gu re plus que des alcooliques en puis-sance se sont joints eux, s pargnant ainsi les der-ni res dix ou quinze ann es d enfer que nous avions 12&12_Inside_FRENCH(3-09).indd 2509-02-24 13:50P R E M I R E T A P E2 6connues.
6 Puisque la Premi re tape exige de recon-na tre la perte de la ma trise de sa vie, comment ces personnes pouvaient-elles franchir cette tape ?De toute vidence, il nous fallait lever le niveau du bas-fond que nous avions touch pour qu ils puissent s identifier. En revenant sur notre pass de buveurs, nous pouvions d montrer que nous avi-ons perdu le contr le bien avant de nous en rendre compte, que m me alors, boire tait plus qu une sim-ple habitude, c tait en fait le d but d une progres-sion fatale. Au sceptique, nous r pondions : Vous n tes peut- tre pas alcoolique apr s tout. Pourquoi ne pas essayer de boire mod r ment pour un temps, sans oublier ce que nous vous avons dit au sujet de l alcoolisme ? Cette attitude produisait sans d lai des r sultats tangibles.
7 Nous avons d couvert que si un alcoolique expliquait un autre la vraie nature de sa maladie, ce dernier n tait plus jamais le m me. Apr s chaque cuite, il se r p tait : Ces AA avaient peut- tre Apr s quelques exp riences du genre, souvent bien des ann es avant l apparition de complications extr mes, il abdiquait et revenait chez nous. Tout comme nous, il avait vraiment touch son bas-fond. La dive bouteille tait devenue notre meilleur tant insister sur la n cessit pour chaque membre des AA de toucher son bas-fond ? Parce que sinon, bien peu de gens entreprendront sinc rement de mettre en pratique le programme des AA. La pra-tique des onze autres tapes des AA oblige des 12&12_Inside_FRENCH(3-09).indd 2609-02-24 13:50P R E M I R E T A P E2 7attitudes et des gestes que ne sauraient imaginer la plupart des alcooliques qui boivent encore.
8 Qui veut tre parfaitement honn te et tol rant ? Qui tient avouer ses fautes une autre personne et r parer le mal qu il a fait ? Qui se soucie le moindrement d une Puissance sup rieure, sans parler de la m ditation et de la pri re ? Qui est pr t sacrifier son temps et son nergie pour tenter de transmettre le message des AA un autre alcoolique ? Non, l alcoolique, g n ralement go ste l extr me, n a aucune incli-nation en ce sens moins d y tre oblig pour sau-ver sa propre le fouet de l alcoolisme, nous sommes entra -n s vers les AA et c est l que nous d couvrons le ca-ract re fatal de notre tat. Alors, et alors seulement pouvons-nous, l exemple des mourants, ouvrir no-tre esprit et accepter d couter. Nous sommes pr ts tout pour nous lib rer de cette impitoyable (3-09).
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