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L’idée de nature dans la pensée de Rousseau - …

Page | 1 Hichem Ghorbel (Facult des Lettres et des Sciences Humaines, D partement de Philosophie de l Universit de Sfax) L id e de nature dans la pens e de Rousseau La nature est au centre de la philosophie de Rousseau . Elle constitue l axe fondamental sur lequel s difie son discours anthropologique, moral et politique. Omnipr sente, elle n occupe pas seulement ses ouvrages doctrinaux, mais aussi ses crits autobiographiques. Elle accompagne Rousseau dans ses id es et dans sa vie. Elle identifie son existence et sa pens e et constitue le socle sur lequel repose la partie critique et la partie constructive de son uvre. Mais, en d pit de son importance, Rousseau ne la d termine pas d une mani re pr cise : Toute tentative de d finition du concept de nature dans le cadre de la pens e de Jean-Jacques est vou e l chec , note judicieusement Baczko1.

Page | 1 . Hichem Ghorbel (Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Département de Philosophie de l’Université de Sfax) L’idée de nature dans la pensée de Rousseau

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1 Page | 1 Hichem Ghorbel (Facult des Lettres et des Sciences Humaines, D partement de Philosophie de l Universit de Sfax) L id e de nature dans la pens e de Rousseau La nature est au centre de la philosophie de Rousseau . Elle constitue l axe fondamental sur lequel s difie son discours anthropologique, moral et politique. Omnipr sente, elle n occupe pas seulement ses ouvrages doctrinaux, mais aussi ses crits autobiographiques. Elle accompagne Rousseau dans ses id es et dans sa vie. Elle identifie son existence et sa pens e et constitue le socle sur lequel repose la partie critique et la partie constructive de son uvre. Mais, en d pit de son importance, Rousseau ne la d termine pas d une mani re pr cise : Toute tentative de d finition du concept de nature dans le cadre de la pens e de Jean-Jacques est vou e l chec , note judicieusement Baczko1.

2 Dans la m me perspective, et comme l explicite savamment Derath , Rousseau (..) ne donne pas de d finition de la nature , mais il fait le portrait de l homme naturel. 2. Or, ajoute-t-il, le mot naturel est ambigu et l auteur du Contrat social, n a pas vit l ambigu t : chez lui, le naturel d signe la fois ce qui est authentique et essentiel la nature de l homme, et ce qui est originel ou primitif 3 en croire Derath , l appr hension de la notion nature chez Rousseau s effectue par l adjectif naturel qui renferme une double signification : la premi re n est rien d autre que l essence de l homme. Il s agit, bien entendu, de l homme de la nature et non pas de l homme civil ou l homme de l homme. Car, si le premier repr sente l innocence et la puret , le second, d natur par la soci t , incarne la m chancet et l agressivit.

3 Son me est semblable la , c est- -dire ce qui s oppose ce qui est acquis au cours de l volution humaine. 1 Baczko (Bronislaw), Individu et Communaut chez Rousseau , traduit du polonais par Claire Brendhel-Lamhout, Paris, La Haye, Mouton, 1974. p. 84. 2 Derath (Robert), L homme selon Rousseau , in Etudes sur le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau , Actes des journ es d tudes tenues Dijon du 3 au 6 mai 1962, Paris, Les Belles Lettres, 1964, p 207. L italique est de l auteur. 3 Ibid., Page | 2 statue de Glaucus, que le temps, la mer et les orages avaient tellement d figur e qu elle ressemblait moins un Dieu qu une b te f roce. 4La deuxi me signification attribu e au terme naturel est justement l opposition de l origine au soi-disant progr s humain.

4 L volution de l histoire est une marche vers la d cr pitude humaine, rappelle incessamment Rousseau : Tout est bien sortant des mains de l auteur des choses, tout d g n re entre les mains de l homme. 5. Cette formule fait cho celle qu on trouve dans la Profession de foi du Vicaire Savoyard o Rousseau affirme : Otez nos funestes progr s, tez nos erreurs et nos vices, tez l ouvrage de l homme et tout est bien. 6. Et, pour r sumer le dessein du Second Discours, Rousseau crit dans les Confessions : Insens s, qui vous plaignez sans cesse de la nature , apprenez que tous vos maux vous viennent de vous. 7 cause des violentes diatribes de Rousseau contre l tat social, quelques lecteurs ont conclu que sa pens e renferme un appel au retour l origine.

5 C est le cas par exemple de Voltaire qui, dans une lettre ironique, commente le Second Discours, en affirmant ceci : J ai re u Monsieur votre nouveau livre (..) On a jamais employ tant d esprit nous rendre b te. Il prend envie de marcher quatre pattes quand on lit votre ouvrage 8 4 Discours sur l origine et les fondements de l in galit p. 122. Nous utiliserons d sormais les abr viations suivantes lorsque nous nous r f rerons aux crits de Rousseau : CGP : Consid rations sur le gouvernement de Pologne ; Conf : Les confessions de J. J Rousseau ; CS : Du Contrat social ou principes du droit politique ; CS (1 re version) : Du Contrat social ou essai sur la r forme de la r publique ; D : Rousseau juge de Jean-Jacques Rousseau , Dialogues ; DOI : Discours sur l origine et le fondement de l in galit parmi les hommes ; DRB : Derni re r ponse Bordes ; DSA : Discours sur les sciences et les arts ; Ec.

6 Pol : Discours sur l conomie politique ; Em : Emile ou de l ducation ; Em. MF : Emile (Manuscrit Favre) ; EOL : Essai sur l origine des langues ; Frag. EG : Que l tat de guerre na t de l tat social ; Frag. Pol : Fragments politiques ; LCB : Lettre Christophe de Beaumont, archev que de Paris ; Al : Lettre d Alembert sur les spectacles ; LEM : Lettres crites de la montagne ; NH : Julie, ou la nouvelle H lo se ; Obs : Observations de Rousseau sur la R ponse son Discours ; PCC : Projet de constitution pour la Corse ; Pr f N : Pr face Narcisse ou l amant de lui- m me. Nos r f rences l uvre de Rousseau se rapportent aux uvres compl tes, publi es sous la direction de Bernard Gagnebin et de Marcel Raymond, 5 tomes, Paris, La Pl iade, 1958-1995. Quant aux textes pistolaires pour lesquels nous utiliserons l abr viation suivante : CG, nous nous r f rerons la Correspondance g n rale de J.

7 J. Rousseau , publi e par Pierre-Paul Plan, annot e par Th ophile Dufour, Paris, A. Colin, 1924-1934, 20 Vol. 5 Em., Liv. I, p. 245. 6 Ibid., 7 Conf., 8 V., . Aux yeux de Voltaire, le message de Rousseau est clair : l homme n a qu reculer des soi-disant progr s pour annuler le mal. Seulement, Rousseau lui-m me ne le veut absolument pas et semble refuser une telle interpr tation. Il y r siste d s le Premier Discours, o , par le fait qu il a d nonc les maux r sultant des sciences et des arts, il a pressenti d j que d autres voudront lui pr ter cette id e de retour. On peut presque dire que dans la pol mique qui se rapporte au Premier Discours, Rousseau a d ploy tout son effort pour pr ciser ses intentions. Ainsi crit-il au Roi de Pologne en 1751 : Gardons-nous de conclure qu il faille aujourd hui Page | 3 br ler toutes les biblioth ques et d truire les Universit s et les Acad mies.

8 Nous ne ferons que replonger l Europe dans la barbarie et les m urs n y gagneraient rien. 9 En faisant allusion ces lignes, il r pond Charles Bordes : J ai d j dit que je ne proposais point de bouleverser la soci t actuelle, de br ler les biblioth ques et tous les livres, de d truire les coll ges et les Acad mies avec cet important compl ment et je dois ajouter ici que je ne propose point non plus de r duire les hommes se contenter du simple n cessaire. 101) L tat de nature est un postulat th orique charg d expliquer la formation des soci t s humaines et d valuer la condition de l homme moderne. Comme tel, il est con u par des raisonnements hypoth tiques et conditionnels. De ce fait, il rend absurde et irrecevable la th se du retour puisqu il s agit d un retour un tat o l homme n a jamais t.

9 Le retour la pure nature ne repr sente en aucune mani re la pens e de Rousseau et cela pour les raisons suivantes : 113) Le mouvement historique et la socialisation de l homme sont n cessaires et point du tout arbitraires. Derri re le hasard patent repr sent par les catastrophes et les bouleversements naturels qui d clenchent le dynamisme volutif, il y a un finalisme latent qui le dirige, explicite Rousseau : Celui qui voulut que l homme f t sociable toucha du doigt l axe du globe et l inclina sur l axe de l univers. 2) L homme, sort de l tat de nature naturellement, et cela dans un double sens. Premi rement, la suite des causes naturelles qui l am nent former des soci t s. Ensuite, cause de sa nature elle-m me puisque qu il est perfectible par pr disposition inn e ou par l effet d une disposition native.

10 124) De m me que le retour la nature n est pas possible. Cette intention de l auteur des choses d signe clairement une causalit de type finaliste : la Providence voulut que l homme f t sociable.. Elle l a donc pr par la sociabilit par le moyen des agents naturels agissant sur la perfectibilit pour l abandonner ensuite en lui laissant le soin de d terminer sa destination sur la terre apr s la premi re formation des peuples. 13, de m me il n est pas souhaitable. La description de l homme sauvage le montre bien. Born au seul instinct physique, il est nul, il est b te, c est ce que j ai fait voir dans mon Discours sur l in galit , affirme Rousseau dans sa Lettre Christophe de Beaumont. 14 Rousseau n est pas primitiviste, mais plut t naturaliste.


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