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« Ich bin ein Berliner »/ 9 - lesociographe.org

Guy-No l Pasquet Ich bin ein Berliner *Le 26 juin 1963 Berlin-Ouest, John Fitzgerald Kennedy(1917-1963, 35e pr sident des tats-Unis de 1961 1963)pronon ait en allemand * Je suis un Berlinois . Un peu moins dedeux ans auparavant, l t 1961, tait rig le mur de la honte pour les Berlinois de l Ouest, appel le mur de protectionantifasciste pour les Berlinois de l Est. La honte de la protectionou la protection contre le fascisme, comme si les murs de protection taient toujours li s au fascisme et la honte ! Cette vieille histoireprend une tonalit particuli re dans notre actualit au moment o ces m mes tats-Unis d Am rique voquent la construction d unmur leur fronti re mexicaine. Les temps semblent aux replis apr sune p riode de mondialisation tout crin. Le mur de Berlin est embl matique des murs dans l histoire.

Guy-Noël Pasquet « Ich bin ein Berliner »* Le 26 juin 1963 à Berlin-Ouest, John Fitzgerald Kennedy (1917-1963, 35e président des États-Unis de 1961 à 1963)

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1 Guy-No l Pasquet Ich bin ein Berliner *Le 26 juin 1963 Berlin-Ouest, John Fitzgerald Kennedy(1917-1963, 35e pr sident des tats-Unis de 1961 1963)pronon ait en allemand * Je suis un Berlinois . Un peu moins dedeux ans auparavant, l t 1961, tait rig le mur de la honte pour les Berlinois de l Ouest, appel le mur de protectionantifasciste pour les Berlinois de l Est. La honte de la protectionou la protection contre le fascisme, comme si les murs de protection taient toujours li s au fascisme et la honte ! Cette vieille histoireprend une tonalit particuli re dans notre actualit au moment o ces m mes tats-Unis d Am rique voquent la construction d unmur leur fronti re mexicaine. Les temps semblent aux replis apr sune p riode de mondialisation tout crin. Le mur de Berlin est embl matique des murs dans l histoire.

2 Lemur de l Atlantique et le mur de la M diterran e du troisi me Reichdurant la seconde guerre mondiale versusla ligne Maginot et la ligneMareth construite par la France. Le mur des Lamentations ou muroccidental ou mur Al-Buraqqui unit dans la division les Isra lienset les Palestiniens. Le mur symbolise une fronti re, la fronti re tantpar d finition un lieu de passage, un seuil, une porosit . Et l on sesouvient des James Bond 007(1) o les transactions entre l Est etl Ouest se passent Berlin, sur Le pont des espions(2), ce pontGliennickequi enjambe la Havel, ou Checkpoint Charlie, ce point Ich bin ein Berliner / 9(1) Personnage cr par Ian Flemming en 1953 dans son roman Casino Royal.(2) Film cin matographique r alis par Steven Spielberg, 9 2016 inter modif 1re pages_Mise en page 1 29/03/17 15:57 Page9de contr le C comme Charlie.

3 Ce qui int resse toujours dansles murs, ce sont leurs portes et leurs fen tres, leurs l zardes, cesinterstices o s infiltre l autre, le froid, le gel. Berlin, ce mur quicraquelle sous une p restro kaqui laissent les pioches et les couteauxs acharner l ouvrir un certain 9 novembre 1989. Aujourd hui, ce mur n a pas disparu compl tement. Comme siBerlin voulait garder des traces de mur comme les traces de ce quia fa onn tout le monde occidental durant au moins ce derniersi cle. Un mur qui conserve encore ses peintures l Ouest commeun lichen qui pousse l ombre, et ses couloirs de la mort l Est,d gag , barbel , sous les feux des balles et des projecteurs. LesTrabantsd un c t , les Volkswagende l autre, ces voitures du peupleo l Est sert le pittoresque de touristes en mal d histoire, en mal deleur histoire perdue leurs berlines laiss es l Ouest.

4 Berlin faitressortir l Est les tuyaux souterrains (3) comme une r surgence,un renversement du haut et du bas, la fa on dont le Mus e juifde Berlin (J disches Museum Berlin) fait descendre le visiteur dansles fosses avant qu il ne remonte la clart . Les berges de la Spreeetde la Havel, de friches que s approprient les artistes, l conomiesolidaire et les acharn s de l cologie l Est ; de l conomiefinanci re et des administrations l Ouest. Le Zoologischer gartenBerlin l Ouest et son pendant l Est le Jardin zoologique de Berlin-Friedrichsfelde, comme les deux poumons d une m me ville tranch epar la porte de Brandebourg, colonnade d un mur ouvert quichevauche la ville de la victoire. Celle que Napol on Bonaparte vola l Allemagne puis restitu e apr s la chute du premier empire(Brookner, 1989).

5 Cette porte qui a t mur e repr sente tout ceque peut tre un mur. Un mur contient des portes, des lorsqu il n y en a plus, les murs s croulent, y a des murs partout, pour le meilleur et pour le pire d uncouple qui fait construire sa maison ; pour lutter contre les rigueursde l hiver, se loger sous un toit ; pour les capitaux investis dans la10/ Guy-No l Pasquet(3) Les canalisations suppos es d eau de Berlin sont a riennes, color es en bleu eten 9 2016 inter modif 1re pages_Mise en page 1 29/03/17 15:57 Page10pierre. Le mur est un objet social total (Mauss, 1991). Il esttransversal dans la mesure o il s pare tout autant qu il relie. C estun concret de pens e (Saussure, 1995) qui m tabolise destraditions de pens es. Il est dialectique parce qu on est toujours d unc t du mur et qu il y a l autre c t qui n est pas imm diatementaccessible, il faut trouver le passage, le seuil qui permet de sit t pass , il y a encore cet autre c t qui agit comme un n est que les murs peuvent mettre l ombre, au sens premier duterme, comme au sens figur d tre en prison et l histoire rapportetout autant ces prisons inviolables que ceux qui se sont vad s, onfait le mur.

6 Faire le mur , c est s chapper, passer de l autre c t ,un peu la fa on dont l adolescent s chappe parce qu il a t duqu partir, mais lorsqu il est en ge, ses parents ne veulent plusqu il parte. Faire le mur , c est probablement commencer b tir, construire. Une fois le mur franchi, rien ne sera plus commeavant ! Le mur est cette intransitivit entre deux points o l onpeut passer de l un l autre sans jamais pouvoir revenir au pointinitial. Le d placement, c est toujours le franchissement defronti res, de murs, alors que la circulation ne d place rien, elle fait un petit tour et puis s en revient ! C est en ce sens que le mur estdialectique dans la pens e allemande, contre la dialogiede la pens efran aise. La dialogieest la pens e du complexe (4) qui tente uneconnaissance de l ensemble des ph nom nes en interaction les unsavec les autres.

7 La dialectique est un parti pris partir duquel oncherche percevoir le mouvement des choses. La dialectique esttemporelle, irr versible alors que la dialogieest spatiale et r est l Allemagne qui fait le pont entre l Est et l Ouest, entre ladialogie la fa on de Mikha l Batkthine (2001) en Russie et EdgarMorin en France. C est encore l Allemagne qui d route lesJank l vitch (5). C est encore l allemand qui fait passer Elias Canetti Ich bin ein Berliner / 11(4) C est Henri Laborit qui introduit la dialogie que Edgar Morin labore et dif-fuse ensuite. Voir Morin, 1990.(5) Samuel, le p re, polyglotte, traducteur notamment de Sigmund Freud, fuitl Empire Russe au moment des lois discriminatoires l gard des juifs. Vladimir,son fils, fut professeur de philosophie la Sorbonne Paris. HS 9 2016 inter modif 1re pages_Mise en page 1 29/03/17 15:57 Page11de la Bulgarie l Angleterre, presque en remontant le Danube pourpasser par la Suisse o il apprendra l allemand dans un pensionnatde jeunes filles (1998).

8 L Allemagne, comme ce mur qui fait passerd un c t l autre, de l Est l Ouest d ailleurs, plus que l est peut- tre parce que l Allemagne est ce passage que sa pens eest dialectique, peut- tre parce qu elle contient l impossibilit de semaintenir sur le mur dans une position surplombante, mais qu elleverse irr m diablement d un c t ou de l autre c t du mur. Lapens e dialectique est n cessairement engag e parce qu elle saitqu elle se tient d un c t et pas de l autre, quitte alterner d unep riode une autre. L alternance est la caract ristique humaine decelui qui per oit. Voir et ne pas voir dans une alternance de pouvoir fermer les yeux sur certaines r alit s qui cr ve les yeux .De la mystique allemande de Ma tre Eckhart la th ologieprotestante en passant par Luther (6), on pourrait supposer que laphilosophie allemande est celle des grandes entreprises de synth , Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche,Marx, Weber, Heidegger (7), Husserl, Wittgenstein repr sententautant d uvres qui ont marqu la pens e de la totalit sansn cessairement verser dans le totalitarisme.

9 Il y a une pens e de latotalit qui se distingue de la totalit de la pens e de Diderot etd Alembert (Lefebvre, 1949), quand bien m me une forme detotalitarisme politique est imputer l Allemagne. Mais la p riodenapol onienne fran aise n a pas grand-chose lui envier sur laquantit des morts d un c t ou de l autre du Danube. Toute th orie une ambition totalisante de vouloir fixer le savoir. Les th oriesmarxistes ou freudiennes et leurs d riv es freudomarxistes ont euquelques tentations de produire une th orie d finitive des relationshumaines et sociales. Mais il semble bien que les v rit s ne soient ternelles qu l aune d une temporalit humaine, trop humaine 12/ Guy-No l Pasquet(6) Voir les travaux de Vannier, Marie-Anne, en particulier, La connaissance desoi chez Augustin et Eckhart , in La France Latine, n 132, 2001, pp.

10 15-37.(7) propos de Heidegger, voir Brohm, Dadoun, Ollier, 9 2016 inter modif 1re pages_Mise en page 1 29/03/17 15:57 Page12(Nietzsche, 1995). Renoncer la vis e totalisante de la recherche,c est renoncer au sujet chercheur pris dans l angoisse de la recherche qui voudrait se d barrasser de toute vis e totalisantevoudrait du m me coup se d barrasser de toute sciencev ritablement humaine et sociale. Un savoir a une vis e totalisantealors que conna tre tous les savoirs est une collection, uneaccumulation, une totalisation. La premi re une vis e decompr hension, d explication, voire de r v lation l o la secondeest possessive, cumulative, capitalistique. La raison elle-m me estdialectique (Adorno et Horkheimer, 1974). C est sur ce principeque se fonde l Institut de recherche sociale qui deviendra l cole deFrankfort.


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