Transcription of Une interview de Ryōtan Tokuda (1997) avec des ...
1 M DITERDes explications de deux ma tres zen contemporainsUne interview de Ry tan Tokuda (1997)avec des commentaires de Gud Nishijima (1998) et quelques notes compl mentaires d ric Rommelu reUn Zen Occidental~ 3 ~AVERTISSEMENTCe document num rique est prot g par les l gislations fran aises et internationales sur le droit d auteur et la propri t intellectuelle. Il vous est propos titre gratuit pour votre seul usage personnel. Vous tes autoris le conserver sous format pdf sur votre ordinateur aux fins de sauvegarde et d impression sur papier. Tout autre usage est soumis autorisation pr alable et expresse. Toute diffusion, mise en r seau, reproduction, vente, adaptation, traduction sous quelque forme que ce soit, partielle ou totale, sont interdites. La modification des codes sources de ce document num rique est galement DE L DITEURN en 1938, Ry tan Tokuda -Igarashi fut quelques ann es durant missionnaire de l cole S t japonaise pour l Europe.
2 Jeune bonze de l cole Rinzai, il se convertit au S t en participant des lectures que donnait le c l bre ma tre K d Sawaki (1880-1965) l universit bouddhiste de Komazawa de T ky . En 1967, il se rendit au Br sil o il fonda plusieurs centres de m ditation et monast res en 1919, Gud Wafu Nishijima a suivi, de 1942 1965, l enseignement de K d Sawaki tout en menant une carri re professionnelle au Minist re japonais des finances. En 1973, il re ut l ordination du ma tre Remp Niwa puis sa transmission en 1977. Restant consultant pour une compagnie de cosm tiques (Ida Ryogokudo Co. Ltd.) dont le pr sident est l un de ses disciples, il a cr en 1987, avec son entreprise, un centre zen r sidentiel (Ida Ryogokudo Zazen D j ) dans la banlieue de T ky .L interview de Ry tan Tokuda -Igarashi a t r alis e le 9 janvier 1997 Paris. Les propres commentaires de Gud Wafu Nishijima datent des 20 mars et 4 avril 1998.
3 2008 Un Zen Occidental55 rue de l Abb Carton 75014 ParisSite internet : lectronique : l phone : 33 [0] 1 40 44 53 94 Couverture : K d Sawaki (DR)Document num rique du 1er juin 2008~ 3 ~Comment m diter : Des explications de deux ma tres zen~ 4 ~INTERVIEWQ uestion : Comment m ditez-vous ? Tokuda sensei : Mon exp rience de zazen n est pas tr s longue ni tr s profonde [* lire la note la fin de l interview ]. Mon approche de la m ditation a chang au fil des ann es. Ma vision n est plus la m me que celle que j avais il y a dix ans par exemple. Je pratique la m ditation depuis environ trente ans. Au d but, j ai pratiqu au sein de l cole Rinzai. L entra nement y est particuli rement rude. On y est pouss jusqu ses limites physiques. Cette duret de l entra nement m a beaucoup aid par la suite. Mais pourquoi suis-je venu l cole S t ? C est gr ce D gen, ses livres. J ai lu les chapitres du Sh b genz sur la m ditation, Zazenshin ( Pr cis de m ditation ), Zammai zammai ( La concentration reine des concentrations ), Kaiin zammai ( Le sam dhi du sceau de l oc an ) ainsi que le Jijuy zammai ( Le sam dhi de sa propre jouissance ) de ma tre Menzan et j ai t boulevers par ces lectures.
4 Ce zammai est diff rent des tats m ditatifs des autres coles zen. Dans ce jijuy zammai, vous jouissez de la libert et de l unit de la pratique et de la r alisation. Il n y a alors aucun conflit avec une possible illumination. D gen s exprime clairement et profond ment l -dessus. Zazen s analyse g n ralement en termes de ch shin, le contr le du corps , ch soku, le contr le de la respiration et ch shin, le contr le de l esprit . Dans l cole S t , on n utilise pas ce dernier terme mais plut t chishin, atteindre l esprit . Lorsque je pratique ce chishin, je fais attention la position des mains. Mais il est difficile de maintenir cette attention. Dans chishin, mon esprit doit toujours tre pr sent, non seulement dans mes mains mais aussi dans chaque partie de mon corps. Mon esprit atteint chaque membre de mon corps. Mais cela est encore loin d hishiry . Quant moi, je fais souvent zazen dans shiry , la pens e, par ce chishin, ce contr le de l esprit.
5 Pendant une sesshin, une ou deux fois, je ressens l espace de quelques minutes que je suis dans fushiry , la non-pens e. Mais peu m importe, car je crois que tout cela est hishiry . Donc, je ne m occupe que de shiry chishin, la concentration de l esprit : mon esprit est dans mes mains, dans ma respiration et dans chaque partie de mon corps, afin de maintenir une posture correcte. Je ne m efforce qu cela.~ 3 ~Comment m diter : Des explications de deux ma tres zen~ 4 ~Comment m diter : Des explications de deux ma tres zen~ 5 ~On se concentre dans la posture et dans la respiration. On oublie parfois cette concentration. On entre alors dans fushiry . Je commence comprendre qu hishiry est vaste et universel. Qu il ne d pend pas de mes pens es limit es. Et c est pourquoi je veux l approfondir encore plus. Ch shin, le contr le du corps, est expliqu dans le Fukanzazengi. Quant ch soku, le contr le de la respiration, on explique dans l cole S t qu il ne faut pas essayer de contr ler quoi que ce soit dans shikantaza.
6 Dans le Fukanzazengi, il est dit la respiration passe imperceptiblement par le nez. La respiration doit tre fine. Ce maintien est encore un contr le. Mais apr s plusieurs ann es de cette pratique de base, on oublie cette sensei : Zammai zammai, kaiin zammai ou jijuy zammai sont des noms diff rents pour d crire un seul et m me tat [*], zammai qui est l tat de zazen. Shikantaza : shikan signifie juste, seulement , ta signifie faire . Za peut tre soit un verbe, soit un nom. Ainsi taza signifie s asseoir . Il n y a pas d intention particuli re autre que juste s asseoir . L nergie mise en jeu dans cette action de juste s asseoir est tr s naturelle, il n y a rien de forc , rien de rel ch . De toute fa on, il ne faut pas s occuper (se pr occuper, penser) du montant d nergie mettre en jeu lors d une action, il faut juste la faire, il faut juste s asseoir. Il s agit de juste s asseoir en maintenant simplement la colonne vert brale droite.
7 Ainsi, si on se prend penser, voire m me r ver ou dormir pendant zazen, on se plonge nouveau dans l action de redresser sa colonne vert brale tout simplement, sans se pr occuper de comment on s y replonge, du montant d nergie avec lequel il faut s y replonger, ni m me du r sultat. Une seule chose est importante : agir. Il est important de ne pas g rer son zazen car d s que nous g rons, au moment m me o nous valuons l effort mettre en jeu, nous ne sommes d j plus dans l action de juste s est un tat naturel. Donc tout ce qu on fait pendant zazen doit tre naturel. En particulier, respirer doit tre naturel. Il n y a rien de contr l , aucune volont particuli re, aucune intention. On ne cherche pas obtenir quelque chose de sp cial. On ne cherche pas entrer dans un tat particulier. On ne cherche pas obtenir le satori. On ne cherche pas prolonger la respiration de mani re consciente. Il est vrai qu force de pratiquer zazen, la respiration devient plus lente, mais ce processus se fait de fa on naturelle, sans y penser, sans forcer la respiration tre telle que notre esprit voudrait qu elle soit, c est- -dire lente.
8 Nous ne devons pas avoir cette connaissance intellectuelle a priori et essayer tout prix que notre pratique ait une respiration lente, parce que l on sait intellectuellement que c est mieux . Un jour, la respiration sera lente et profonde, a viendra tout m diter : Des explications de deux ma tres zen~ 4 ~Comment m diter : Des explications de deux ma tres zen~ 5 ~Comment m diter : Des explications de deux ma tres zen~ 6 ~Il est important de rencontrer la difficult pendant zazen. Si on dort pendant zazen, on doit faire des efforts pour ne pas dormir, sans chercher une aide ext rieure. Sans chercher recevoir le ky saku. Sans chercher l aide de la respiration. C est pareil quand on a beaucoup d id es. On dit souvent que penser la respiration permet de ne pas r ver, de ne pas penser. Mais c est remplacer une pens e par une autre pens e. a ne r sout pas le probl me. Le probl me doit tre r solu par nous-m mes. C est nous de faire des efforts en ce sens.
9 Personne d autre que nous peut r soudre ce probl me. Ni le ky saku. Ni la respiration. Ni le Bouddha lui-m la colonne vert brale induit l quilibre entre les deux syst mes nerveux sympathique et parasympathique alors que forcer sa respiration au niveau du tanden (bas-ventre) risque, en tant qu effort non naturel, de troubler cet quilibre. Apr s un certain temps de pratique, les muscles du dos se renforcent et il est moins n cessaire de penser la colonne vert brale alors qu on est oblig de penser tout le temps la respiration si on essaye de la contr ler. C est l une des raisons pour laquelle il vaut mieux ne pas suivre la respiration. Suivre la respiration demande un trop grand contr le de l esprit, contr le qui n est pas n cessaire pour maintenir la colonne vert brale : Est-il n cessaire pour les d butants de contr ler la respiration ? Tokuda sensei : Oui. La cl est kanki issoku (la respiration la bouche entr ouverte, l un des pr liminaires de zazen) [*].
10 Issoku signifie une respiration , mais cette m thode n est pas limit e une respiration, il peut s agir de deux ou trois. Ce n est pas de la th orie, c est une pratique du corps. Avec elle, la respiration investit le corps. C est une mani re d entrer dans le zazen. Kanki issoku est l une des cl s essentielles pour entrer dans chishin, le contr le de l esprit. Il est galement dit dans le Fukanzazengi d abandonner les pens es et les consid rations. C est aussi un aspect de ch shin, le contr le de l esprit. Il ne s agit pas l de contr ler mais d abandonner. Abandonner le d sir de devenir Bouddha. Si l on cherche devenir Bouddha ou r aliser l illumination, cela devient un obstacle. Il suffit d harmoniser tout cela et zammai appara signifie oublier le contr le du corps, oublier le contr le de la respiration, oublier le contr le de l esprit et devenir vacuit . ce moment-l , c est shinjin datsuraku (abandonner le corps et l esprit).