Transcription of Fractures temporelles, malaise existentiel
1 1/8 Centre de Formation Cardijn asbl Rue Saint-Nicolas, 84 5000 NAMUR (Belgique) T : 081/23 15 22 Avant-propos Apr s avoir analys les causes et cons quences du nouveau rapport au temps qui se joue aujourd hui, Muri le Comp re (formatrice permanente au Cefoc) ouvre des perspectives de changement. Comment rompre avec un temps fait de trop d urgences ? Comment faire pour n tre plus soumis un temps qui ali ne les individus, en niant les rythmes particuliers chacun, et les mani res particuli res chacun de vouloir habiter son temps ? Loin de tout fatalisme, l auteure appelle le citoyen oser la r sistance personnelle et collective.
2 Introduction La premi re partie de cette analyse1 a propos une mise en examen de notre rapport moderne au temps. Elle a contribu mettre en lumi re une s rie de constats concernant l volution de ce rapport au temps, ainsi que les logiques et les causes qui la sous-tendent. Notre temps est aujourd hui contamin par la logique du march , r gie par l urgence. Quant la deuxi me partie de l analyse2, elle a explor les cons quences de cette mani re contemporaine d habiter le temps. Et en particulier, l mergence insidieuse de nouvelles in galit s. Le dernier volet de cette analyse consacr e au temps se penche, pr sent, sur les pistes de changement : comment vivre autrement le rapport au temps ?
3 Comment tre moins aux prises avec le fonctionnement dans l urgence ? Comment sortir des exigences d imm diatet , des impasses de la course au temps et des cons quences n fastes que ce fonctionnement entraine ? Comment en sortir, non seulement individuellement, mais aussi et surtout, collectivement ? Il n existe pas de recette magique, ni de solution toute Les pistes restent construire. Mais comment s y prendre ? La pr sente analyse aura pour hypoth se que de telles pistes de changement, pour pr tendre l op rationnalit , n cessitent d articuler diff rents niveaux d action.
4 Une intervention int gr e (dite aussi cosyst mique ) est indispensable, pour proposer et structurer des moyens de mieux vivre notre rapport au temps, mais aussi pour transformer une soci t malade du temps . Pour appuyer ce propos, nous nous baserons sur la grille d Ardoino 3. Il s agit d un outil qui aide penser la complexit . Il distingue diff rents niveaux, tant pour poser le probl me et l analyser que pour agir. Apr s avoir pr sent ces diff rents niveaux d analyse et d action, nous nous attarderons sur deux exemples concrets de pistes de transformation : l exp rience des bureaux du temps (men e en Italie) et les propositions issues du travail de la Commission des rythmes scolaires.
5 Nous tenterons de d montrer en quoi ces propositions int grent (ou non) le principe cosyst mique, en quoi elles articulent (ou non) les diff rents niveaux d analyse et d action. 1 Muri le COMP RE, Fractures temporelles, malaise existentiel . Partie 1 : le r gne de l urgence, analyse n 10, Cefoc, novembre 2010. 2 Muri le COMP RE, Fractures temporelles, malaise existentiel . Partie 2 : urgence, qui paie la f(r)acture ?, analyse n 15, Cefoc, d cembre 2010. 3 Du nom de son auteur, Jacques Ardoino, psychosociologue et consultant pour l UNESCO. Voir Jacques ARDOINO, Propos actuels sur l ducation, Paris, L Harmattan, 2004 (2 me dition).
6 Depuis, cet ouvrage a fait l objet de nombreuses r ditions, revues et toff es. Fractures temporelles, malaise existentiel Partie 3 : comment changer notre rapport au temps ? Analyse 3 Mars 2011 2/8 Envisager le changement : une question de niveaux Le premier volet de notre analyse a largement d montr combien notre soci t est gagn e par une certaine maladie du temps. Elle est travers e par des discours qui nous font croire que le mode de production, de travail, de vie dans l urgence est le seul possible, voire le seul souhaitable. Nous avons eu l occasion d voquer les sympt mes qui trahissent ce virus de l urgence : mal- tre au travail, stress, burn-out, diminution de la qualit des produits, catastrophes ferroviaires et autres, nouvelles in galit s, perte de sens, du lien Autant de marqueurs qui ne trompent pas : il est temps d amorcer un changement !
7 Or, tout changement suppose de rompre avec certaines habitudes, certains r flexes, certaines repr sentations. Nous l avons dit : les discours ambiants font de l urgence une norme acceptable et quasi exclusive. Les habitudes s enracinent, on incorpore la logique de l urgence. On se dit : c est la vie, c est comme a . On court d un endroit l autre, d une t che l autre, d une personne l Implicitement, inconsciemment, cela nous semble normal voire bien. Et pourtant, y regarder de plus pr s, ce mode de vie et de travail n est ni in luctable ni anodin. Il est d termin par toute une s rie de choix d ordres conomique et technologique.
8 Et il d termine toute une s rie de r alit s, de la vie priv e et familiale la vie sociale et professionnelle. D termin et d terminant, le rapport malade au temps m rite qu on s attarde chercher des rem des. Comment rompre avec un temps fait d urgences, supposant trop souvent une flexibilit extr me ? Comment se distancier du credo du temps productif ? Comment n tre plus soumis un temps qui ali ne les individus ? Jacques Ardoino nous sera ici d une pr cieuse aide. Ce psychosociologue a labor une grille pour rendre plus intelligibles les situations-probl mes et pour rendre plus pertinentes leurs solutions.
9 Il postule que tout probl me est complexe : plusieurs niveaux de variables interviennent, qui interagissent entre eux. Voyons pr sent quelles sont ces variables, comment elles clairent le probl me d abord, les solutions ensuite, de ce rapport au temps devenu malade . Le niveau individuel Dans ce niveau, la cause du probl me est rechercher chez la personne. L enjeu est son bien- tre individuel. L analyse porte donc sur la situation de la personne, partir de ses caract ristiques physiques, psychologiques. Pour mieux comprendre le probl me du temps, on s attachera alors prendre en compte ses rythmes personnels, sa capacit ou non r sister au stress, sa confiance en soi, sa sant.
10 Les possibilit s de changement que l on envisage, ce niveau, sont essentiellement de l ordre d une adaptation personnelle au contexte. Par exemple : on peut essayer d adapter son temps de travail son rythme personnel, d velopper sa confiance en soi, apprendre dire non aux fausses urgences, se donner des temps de recul, r sister la culpabilit , fixer ses priorit s ou encore donner un sens sa situation de ch meur et utiliser son temps de fa on Ce faisant, on se change soi-m me, on change en partie son rapport au temps et on s adapte ce qu on ne peut pas changer. L opportunit des changements, ce niveau, c est qu ils sont directement accessibles.