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Gilles Clément

Manifeste du Tiers PaysageGilles Cl ment Fragment ind cid du jardin plan taire, le Tiers paysage est constitu de l'ensemble des lieux d laiss s par l'homme. Ces marges assemblent une diversit biologique qui n'est pas ce jour repertori e comme paysage renvoie tiers - tat (et non Tiers - monde). Espace n'exprimant ni le pouvoir ni la soumission au se r f re au pamphlet de Siesyes en 1789 : Qu'est - ce que le tiers- tat ? - 'a t - il fait jusqu' pr sent ? - 'aspire t il devenir ? - Quelque chose. 1 Fragment ind cid du Jardin Plan taireSommaireTable des mati REPRESENTATION ET RAPPORT AU RAPPORT A LA RAPPORT A LA pour la diversit , constitu s par la somme des d laiss s, des r serves et des ensembles d laiss proc de de l'abandon d'un terrain anciennement exploit . Son origine est multiple : agricole, industrielle, urbaine, touristique, etc. D laiss et friche sont r serve est un lieu non exploit 1.

Manifeste du Tiers Paysage Gilles Clément « Fragment indécidé du jardin planétaire, le Tiers paysage est constitué de l'ensemble des lieux délaissés par l'homme. Ces marges assemblent une diversité biologique qui n'est pas à ce jour repertoriée comme

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1 Manifeste du Tiers PaysageGilles Cl ment Fragment ind cid du jardin plan taire, le Tiers paysage est constitu de l'ensemble des lieux d laiss s par l'homme. Ces marges assemblent une diversit biologique qui n'est pas ce jour repertori e comme paysage renvoie tiers - tat (et non Tiers - monde). Espace n'exprimant ni le pouvoir ni la soumission au se r f re au pamphlet de Siesyes en 1789 : Qu'est - ce que le tiers- tat ? - 'a t - il fait jusqu' pr sent ? - 'aspire t il devenir ? - Quelque chose. 1 Fragment ind cid du Jardin Plan taireSommaireTable des mati REPRESENTATION ET RAPPORT AU RAPPORT A LA RAPPORT A LA pour la diversit , constitu s par la somme des d laiss s, des r serves et des ensembles d laiss proc de de l'abandon d'un terrain anciennement exploit . Son origine est multiple : agricole, industrielle, urbaine, touristique, etc. D laiss et friche sont r serve est un lieu non exploit 1.

2 Son existence tient au hasard ou bien la difficult d'acc s qui rend l'exploitation impossible ou co teuse. Elle appara t par soustraction du territoire anthropis .Les r serves existent de fait (ensembles primaires) mais aussi par d cision caract re ind cid du Tiers paysage correspond l' volution laiss e l'ensemble des tres biologiques qui composent le territoire en l'absence de toute d cision Jardin plan taire repr sente la plan te comme un jardin. Le sentiment de finitude cologique fait appara tre les limites de la biosph re comme l'enclos3 du se r f re au nombre d'esp ces vivantes distinctes parmi les animaux, les v g taux et les tres simples (bact ries, virus, etc.), le nombre humain tant compris dans une seule et unique esp ce dont la diversit s'exprime par les vari t s ethniques et En peinture, la r serve est la portion du tableau non La d cision administrative de mise en r serve circonscrit le territoire de r serve sans alt rer la m canique propre son volution, elle ent rine l'ind cision humaine sur ce Le mot jardin vient du germanique Garten, ORIGINELe terme de Tiers paysage na t d'un regard port sur le LimousinL'analyse du paysage de Vassivi re, tablie dans le courant de l'ann e 2002 pour le Centre d'art et du paysage, laisse appara tre le caract re artificiel de ce qui semble naturellement pr sent : l' tendue d'eau d'un barrage hydro lectrique, les arbres d'une for t g r e, l'herbe des levages Ensemble organis selon les facilit s du relief, les expositions, les acc que per oit l'oiseau que notre regard embrasse depuis un sommet est un tapis tiss de formes sombres et bourrues : les for ts.

3 Et de surfaces claires bien d limit es : les p 'alternance d'arbres et d'herbes creuse le paysage, l'anime de perspectives courbes relanc es par un relief doux et profond. La balance des ombres et des lumi res r pond un dispositif dont on devine l' conomie. L'immensit du territoire atteint par cet quilibre peut tromper le voyageur : s'agit il d'un projet ? D'un hasard de l'histoire ? Morcellement des parcelles, habitat dispers , variation du relief : tout cela constitue un appareil ancr dans la g ographie et dans la soci t capable d'affronter durablement la machine tout remembrer. Vestiges d'une polyculture dont un grand nombre de figures ont disparu pour laisser dominer deux richesses : l'arbre, l'herbe. Purs produits de la PAC attitude dont le pouvoir r ducteur n'est pourtant pas venu bout de toutes les diversit l'on cesse de regarder le paysage comme l'objet d'une industrie on d couvre subitement - est ce un oubli du cartographe, une n gligence du politique ?

4 - une quantit d'espaces ind cis, d pourvus de fonction sur lesquels il est difficile de porter un nom. Cet ensemble n'appartient ni au territoire de l'ombre ni celui de la lumi re. Il se situe aux marges. En lisi re des bois, le long des routes et des rivi res, dans les recoins oubli s de la culture, l o les machines ne passent pas. Il couvre des surfaces de dimensions modestes, dispers es comme les angles perdus d'un champ ; unitaires et vastes comme les tourbi res, les landes et certaines friches issues d'une d prise r ces fragments de paysage aucune similitude de forme. Un seul point commun : tous constituent un territoire de refuge la diversit . Partout ailleurs celle ci est chass justifie de les rassembler sous un terme unique. Je propose Tiers paysage, troisi me terme d'une analyse ayant rang les donn es principales apparentes sous l'ombre d'un c t , la lumi re de l' paysage renvoie tiers tat (et non tiers monde). Espace n'exprimant ni le pouvoir ni la soumission au se r f re au pamphlet de Siey s en 1789 : Qu'est ce que le tiers tat ?

5 - Tout. Qu'a t il fait jusqu' pr sent ? - Rien. Qu'aspire t il devenir ? - Quelque chose. 4II ETENDUE1 Les ensembles primaires et les r serves concernent les espaces Les d laiss s concernent tous les espaces. La ville, l'industrie, le tourisme produisent autant de d laiss s que l'agriculture, la sylviculture et l' Le d laiss est tributaire d'un mode de gestion mais il proc de g n ralement du principe d'am nagement en tant qu'espace abandonn .4 Tout am nagement g n re un d laiss .5 En secteur rural les d laiss s occupent les reliefs accident s, incompatibles avec les machines d'exploitation, et tous les reliquats directement li s l'am nagement : bordures de champs, haies, lisi res, bords de route, En secteur urbain ils correspondent des terrains en attente d'affectation ou en attente d'ex cution de projets suspendus aux provisionnements budg taires, aux d cisions politiques. Les d lais, souvent longs, permettent aux friches urbaines d'acqu rir un couvert forestier (for t des d laiss s4).

6 7 La ville produit d'autant plus de d laiss s que son tissu est distendu. Les d laiss s du coeur des villes sont petits et rares, ceux de la p riph rie sont vastes et L'espace rural produit d'autant plus de d laiss s et d'ensembles primaires que son relief est important. D'autant moins que son relief est L'importance des territoires refuges la diversit est directement li e la possibilit :. d'exploiter le sol m caniquement en secteur rural ;. de couvrir le sol efficacement en secteur En toutes circonstances am nagements ruraux, am nagements urbains le relief contribue l' tendue de la diversit , donc du Tiers Les fronti res du Tiers paysage sont les fronti res du Jardin plan taire, limites de la biosph L' tude For t des d laiss s dirig e par Patrick Bouchain montre comment un territoire l'abandon devient une CARACTEREPar nature le Tiers paysage constitue un territoire pour les multiples esp ces ne trouvant place ailleurs. Le reliquat d'esp ces ne figurant pas dans le Tiers paysage est repr sent par les plantes cultiv es, les animaux lev s, et les tres dont l'existence d pend des cultures et des espaces de diversit proviennent de trois origines distinctes : les ensembles primaires, les d laiss s, les r ensembles primaires sont des espaces n'ayant jamais t soumis l'exploitation.

7 Ils voluent lentement ou pas du tout. Les esp ces qui s'y d veloppent correspondent au niveau optimum de vie pour les conditions du milieu (climax). Quelques for ts primaires existent encore dans le monde, les autres espaces primaires se r partissent en prairies alpines, landes climaciques, toundras (..). Les ensembles primaires sont unitaires d'aspect en d pit d'une diversit g n ralement d laiss s r sultent de l'abandon d'une activit . Ils voluent naturellement vers un paysage secondaire. Une for t secondaire peut provenir d'un d laiss . Une forte dynamique caract rise les paysages secondaires. Un jeune d laiss accueille rapidement des esp ces pionni res qui bient t disparaissent au profit d'esp ces de plus en plus stables jusqu' l'obtention d'un quilibre. Les paysages secondaris s sont h t rog nes et Le coquelicot, plante des moissons, d pend des pratiques agricoles. Il appara t sur une terre retourn e ou bless e. Pas ailleurs. Avec les messicoles et les adventices des cultures, il appartient la s rie des herbes combattues, donc menac es d'extinction mais dou es d'un grand pouvoir de r g n r serves sont des ensembles prot g s de l'activit humaine, par d cision.

8 Ensembles jug s fragiles ou rares, riches d'une diversit en p ril. Ou encore ensembles sacr s (interdits), territoires des dieux, comme le sommet des montagnes indiennes, les espace fadys malgaches, les vall es leyaks de Les r serves et les ensembles primaires se ressemblent. Il s'agit de climax, niveaux stables dont l'aspect se modifie peu dans le Les ensembles primaires accueillent encore aujourd'hui la plus grande diversit plan Les d laiss s ne b n ficient jamais d'un statut de r serve. Ils accueillent des esp ces pionni res cycles rapides. Chacune d'elles pr pare la venue des suivantes dont les cycles s'allongent jusqu' ce que s'installe une L'apparition rapide, puis la disparition des esp ces pionni res au profit d'esp ces stables est constitutive du d laiss : il faut un terrain nu, d pourvu de concurrence, pour que s'installent les Au fur et mesure que se ferme le terrain, s'att nue la dynamique de conqu te. La vie des d laiss s est Chaque accident naturel contribue r ouvrir un terrain ferm.

9 Il peut tre consid r comme un recyclage du d laiss sur lui-m me, faisant appara tre nouveau les esp ces pionni La flore des d laiss s n'est pas exclusive de son cort ge naturel indig ne. Elle accueille possiblement toutes les flores exotiques pionni res compatibles avec le milieu (biome).9 La flore des ensembles primaires et des r serves est exclusive de toutes les autres. Tant que le milieu maintient sa propre fermeture il interdit l'acc s aux tres exog La somme des d laiss s constitue, par excellence, le territoire du brassage plan La somme des milieux primaires constitue le seul territoire de r sistance au brassage plan La fabrique d'un d laiss , comme n'importe quel processus de secondarisation, s'accompagne d'une perte de diversit d'esp ces stables. Parfois de fa on irr La r sistance des milieux primaires correspond des situations d'isolement g ographique. Le nombre des esp ces sur la plan te est directement li au nombre d' La variation des situations d'isolats au cours de la vie de la Terre s'accompagne de la variation du nombre des esp Une pang e (continent unique) accueille moins d'esp ces que plusieurs continents s par s repr sentant la m me surface.

10 La Terre a connu plusieurs d rives continentales et plusieurs assemblages (au moins cinq).16 La forme actuelle de la plan te correspond un pic en terme d'esp Le classement en r serve de milieux instables se justifie par la singularit des biotopes et des esp ces de ces cosyst mes. Une tourbi re se referme, un terril se boise dans un laps de temps court, parfois l' chelle d'une vie humaine. Le paysage change, les esp ces aussi mais la succession des faci s et des tres constitue autant de caract res originaux, autant de diversit .7 Il ne faut pas quarante ans pour passer d'une friche agricole un boisement Un ch blis laisse venir en for t des plantes de soleil. Les digitales et les pilobes en pis ont anim les clairi res ouvertes par Lothar d s le printemps 2002 : Jardin des temp tes (Vassivi re 2002 / Saint Denis de la R union, 2003 exposition montrant la puissance jardini re des traumatismes naturels).9 Sauf dans les cas d'un cosyst me profond ment perturb o la pression des pionniers exog nes est si forte que les milieux climaciques d'origine s'en trouvent perturb s.


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