Transcription of Gorgias - Ebooks gratuits
1 Platon GGoorrggiiaass BeQ Platon Gorgias [ou Sur la Rh torique, r futatif] Traduction, notices et notes par mile Chambry La Biblioth que lectronique du Qu bec Collection Philosophie Volume 11 : version 2 Aussi, la Biblioth que : Apologie de Socrate Criton Ph don Le Sophiste Le Politique Phil be Tim e Critias Th t te Protagoras 3 Gorgias dition de r f rence : Garnier-Flammarion. 4 Notice sur le Gorgias Socrate et Khair phon se rendaient chez Callicl s pour y entendre Gorgias .
2 Ils arrivent apr s la s ance. N anmoins Callicl s les introduit pr s de Gorgias , qui Socrate voudrait poser une question. Il lui demande en effet ce qu est la rh torique dont il fait profession. La rh torique, dit Gorgias , est la science des discours. De quels discours ? demande Socrate. Est-ce des discours relatifs la m decine, la gymnastique et aux autres arts ? Non, mais de ceux qui ne se rapportent point au travail des mains et qui ont uniquement pour fin la persuasion.
3 Mais toutes les sciences, dit Socrate, veulent persuader quelque chose. Quel est le genre de persuasion que produit la rh torique ? Celle qui se produit dans les tribunaux et les assembl es et qui a pour objet le juste et l injuste. Mais, dit Socrate, il y a deux sortes de persuasion, celle qui produit la croyance sans la science, et celle qui produit la science. Quelle est celle qui est propre la rh torique ? C est la premi re, et elle assure aux orateurs une telle sup riorit que, m me dans les mati res o les sp cialistes sont seuls vraiment comp tents, ils 5l emportent sur eux et font adopter les mesures qu ils pr conisent.
4 Cependant ce n est pas une raison pour que les orateurs se substituent aux savants dans les autres arts. Et s il y a des orateurs qui abusent de leur puissance pour enfreindre la justice, ce n est pas une raison non plus de s en prendre aux ma tres de rh torique. Mais, reprend Socrate, si l orateur est plus persuasif, m me en m decine et dans les autres arts que le m decin ou l artiste, et s il suffit qu il ait l air de savoir, quoiqu il ne sache pas, en est-il de m me lorsqu il s agit du juste et de l injuste, ou faut-il conna tre le juste et l injuste avant d aborder la rh torique ?
5 Il le faut, Socrate. Mais, quand on conna t la justice, on est juste, et on ne saurait consentir commettre une injustice. Cependant tout l heure tu as avou qu un orateur pouvait faire de la rh torique un usage injuste. Il y a contradiction dans tes paroles. Gorgias pourrait se d fendre et dire qu il n est pas vrai qu il suffise de conna tre la justice pour ne jamais commettre l injustice. Mais Platon, comme Socrate, est convaincu qu il suffit de conna tre le bien pour le pratiquer et que le vice se ram ne l ignorance.
6 Aussi n a-t-il pas id e qu on puisse faire cette doctrine l objection topique qu exprimera plus tard le po te latin : Video meliora proboque, deteriora sequor. Gorgias pourrait r pondre encore que, pour l orateur 6plus encore que pour les autres, il est parfois difficile de discerner o est la justice, qu il faut se d cider sans tre s r qu on prend le meilleur parti, et que, si l on se trompe, la rh torique n en est pas responsable. Voil , entre autres choses, ce que Gorgias aurait pu r pliquer Socrate.
7 Mais le jeune Polos ne lui en laisse pas le temps. Indign que Socrate ose mettre en doute la valeur de la rh torique, il le somme, puisqu il a embarrass Gorgias , de dire lui-m me ce qu il pense de cet art. Ce n est pas un art, r pond Socrate, ce n est qu une routine, une sorte de flatterie, comme la cuisine, la toilette et la sophistique. Il y a en effet deux arts qui se rapportent l me : la l gislation et la justice, et deux qui se rapportent au corps : la m decine et la gymnastique.
8 Sous chacun de ces arts la flatterie s est gliss e, la sophistique sous la l gislation, la rh torique sous la justice, la cuisine sous la m decine, la toilette sous la gymnastique. La rh torique correspond pour l me ce qu est la cuisine pour le corps. Alors tu crois, Socrate, que les bons orateurs sont regard s comme des flatteurs et, comme tels, peu consid r s, alors qu ils sont les plus puissants des citoyens ? Les plus puissants des citoyens ! Ils ne sont pas puissants du tout.
9 Comment le tyran qui peut tuer, exiler, d pouiller et faire tout ce qu il veut n est pas puissant ? Non, car il ne fait pas ce qu il veut, par la raison qu il ne veut pas ce qu il fait, mais ce en vue de quoi il fait 7ce qu il fait, c est- -dire en vue de son avantage ou de son bien. Or, en tuant ou bannissant, il fait tout ce qu il y a de plus contraire son bien, puisqu il fait une injustice. Il n est donc ni puissant, ni heureux. Cependant, r plique Polos, tout le monde tient pour un homme heureux le roi de Mac doine Arch laos, qui est parvenu au tr ne force de crimes.
10 L opinion du grand nombre ne compte pas ici, dit Socrate ; et pour dire si le grand roi lui-m me est heureux, il faut conna tre le fond de son me et savoir s il pratique la justice. Dans sa discussion avec Polos, Socrate insiste particuli rement sur ces deux points : qu il vaut mieux subir l injustice que de la commettre et que le plus grand des maux est de n tre pas puni quand on a m rit de l tre. Pour d montrer qu il vaut mieux subir l injustice que de la faire, Socrate part de l identit du mal et du laid, du beau et du bien, et voici comme il raisonne.