Transcription of HGGSP Terminale Thème 2
1 1 HGGSP Terminale Th me 2 Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de r solution Axe 1 La dimension politique de la guerre : des conflits inter tatiques aux enjeux transnationaux Proposition de mise en uvre par Sylvain N grier Rappel du programme : L tude de ce th me a un double objectif : comprendre les logiques des affrontements arm s ; tudier les modalit s de construction de la paix. Le premier axe s appuie sur la d finition classique de la guerre par Clausewitz pour aborder, travers l tude du terrorisme, le cas de conflits qui n entrent pas dans le sch ma classique des guerres entre tats. Jalons : - La guerre continuation de la politique par d autres moyens (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napol oniennes - Le mod le de Clausewitz l preuve des guerres irr guli res : d Al Qa da Daech Remarque liminaire : l exercice travaill en fin de th me est l tude critique de document(s), mais le plan du cours reprend celui sugg r par ric Magne dans sa progression et s int gre donc dans une typologie des plans de dissertation possibles.
2 Ce titre il est possible de consacrer un moment la m thode de la dissertation travers l tude de cet axe. Deuxi me remarque liminaire : il y a plus que n cessaire dans cette proposition de mise en uvre, on peut laguer/adapter certains passages sans probl me. 2 Introduction Le point de d part de cet axe, les conflits inter tatiques, suppose d j l existence d tats fermement constitu s, et son corolaire, la r flexion de Clausewitz sur la guerre, s appuie sur ce qui s est pass en Europe au XVIIIe si cle et au d but du XIXe si cle. En r alit on pourrait commencer beaucoup plus t t cette tude de la guerre : les premi res traces de bataille datent du N olithique et pr c dent de peu les premi res formes d organisation politique des soci t s qu on pourrait appeler tats. De m me, les premiers crits th oriques sur l art de faire la guerre datent de l Antiquit.
3 Cependant le XVIIIe si cle apporte quelques nouveaut s qui justifient d en faire le d marrage de l tude : La colonisation du monde par les Europ ens marque un coup d arr t. D sormais c est moins la conqu te de nouveaux territoires qui importe que le contr le de ceux qui ont d j t d couverts et des routes commerciales qui les relient aux m tropoles europ ennes. Les rivalit s ce sujet entra ne l apparition des premiers conflits se d roulant v ritablement l chelle du globe. Le si cle des Lumi res constitue un tournant dans les r flexions sur l art de faire la guerre, le point pr c dent n y tant pas tranger. Jusqu alors assez centr e sur les batailles, la pens e militaire va prendre de la hauteur et aboutir l uvre canonique (si l on peut ) de Clausewitz. L affirmation de l id e de nation dans l Europe des Lumi res puis au XIXe si cle a des cons quences directes tant sur la motivation des guerres que sur la mobilisation des peuples.
4 Avec la R volution fran aise en particulier, on entre dans l re de la guerre de masse. Pour penser la guerre, il faut se souvenir que la guerre s analyse trois chelles : La tactique : tymologiquement le terme vient du grec taktikh , qui signifie art de disposer (sous-entendu les soldats sur un champ de bataille). C est la mani re dont la guerre est conduite lors des combats, lorsque l ennemi est port e. La tactique est d termin e par le commandement en fonction des multiples param tres de la bataille : quipement et habilet des soldats disposition, topographie du terrain, faiblesses r elles ou pr sum es de l ennemi, man uvres n cessaires pour se mettre dans une position La strat gie : ce mot vient galement du grec et d signe la conduite des arm es (stratos = arm e, agein = conduire). Toutefois ce terme ne se diffuse qu la fin du XVIIIe si cle et au d but du XIXe si cle.
5 Auparavant les penseurs militaires opposaient petite et grande tactique, autrement dit l art de la bataille et l art de mener une guerre. En effet, la strat gie est la mani re d organiser et de diriger l ensemble d une arm e lors d une guerre. Toutefois la r flexion militaire a progressivement int gr la strat gie des aspects qui ne rel vent pas purement de la guerre mais dont l organisation est essentielle son succ s : mobilisation conomique, adh sion sociale, diplomatie active, gestion de la 3 L chelle op rationnelle (ou op rative) est venue se glisser entre la tactique et la strat gie dans la premi re moiti du XXe si cle, sous l influence notamment de th oriciens russes. Elle est l h riti re des r flexions nettement plus anciennes (d s le XVIIIe si cle) sur la logistique ( tymologiquement, la mani re de loger les soldats) et d signe la mani re de mener la guerre sur un ensemble territorial plus vaste que le champ de bataille (souvent appel le th tre d op ration ) par le d placement des troupes, la gestion des hommes et du mat riel, la d finition des cibles locales, l approche du Enfin, la guerre est d abord l affaire des politiques, qui doivent r pondre trois questions : Pourquoi ?
6 Autrement dit qu est-ce qui justifie qu on se lance dans une guerre ? La cause est-elle juste ? Pour quoi (en deux mots cette fois) ? C est- -dire quelle est la situation finale id ale laquelle doit aboutir la guerre et qui justifiera qu on l arr te ? En plus court : quels sont les buts de la guerre ? Comment ? Quels sont les moyens et les limites qu on fixe l action militaire pour qu elle r ussisse ? La r ponse cette question est g n ralement le fruit d une discussion (d une n ) entre les d cideurs politiques et les plus hauts responsables militaires (l tat-major). Cette subordination de la guerre la politique n est pas une vidence : on doit Clausewitz de l avoir th oris , ce qui justifie la place centrale qui lui sera accord dans cet axe. Proposition Activit 1 ( tape 1) Jalon : La guerre continuation de la politique par d autres moyens (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napol oniennes I.
7 La guerre moderne l poque classique (XVIIe-XVIIIe si cles) A) La naissance de la guerre moderne en Europe La mani re de faire la guerre s est profond ment modifi e partir de la fin du Moyen ge : La cause essentielle de cette transformation est technique : l usage de la poudre permet l invention des canons puis des fusils, dont les performances s am liorent r guli rement. D s lors, la guerre m di vale, et notamment le corps corps l p e, commence devenir obsol te. La fum e paisse d gag e sur le champ de bataille impose progressivement l usage d uniformes voyants, afin que chaque camp reconnaisse ses hommes et des tambours font leur apparition pour donner des instructions par-dessus le vacarme. 4 Les nobles chevaliers du Moyen ge qui estimaient tre les d tenteurs des valeurs guerri res se trouvent d poss d s de leur raison d tre.
8 D sormais l id al chevaleresque n est qu une fi re survivance (Fran ois Ier tient se faire adouber par le chevalier Bayard sur le champ de bataille de Marignan en 1515), qui peut conduire au drame (Henri II, fils de Fran ois Ier, meurt d une blessure de lance re ue lors d un tournoi en 1559), pour tre finalement tourn e en ridicule (le Don Quichotte de Cervant s au d but du XVIIe si cle). Dans le m me temps les arm es deviennent permanentes car l affirmation de l tat dans l Europe moderne exige que les rois aient directement sous leurs ordres des soldats leur service exclusif. Les nobles se reconvertissent pour beaucoup dans les fonctions de commandement de ces arm es (car ce n est pas d roger que de pratiquer l art militaire), r servant pour la sph re priv e la d fense de l honneur chevaleresque (pratique du duel). On peut parler d s lors de guerre r guli re : les tats se d clarent la guerre, livrent bataille, et enfin mettent fin la guerre par la signature d un trait.
9 En revanche, la r flexion th orique sur la guerre reste domin e jusqu au milieu du XVIIIe si cle par un certain conformisme dans les id es : L chelon op ratif est inconnu et la tactique reste d termin e par l id e que les man uvres d sorganisent les troupes et qu elles doivent tre limit es avant la bataille. En l occurrence la tactique justifie pleinement son tymologie : il faut aligner g om triquement les soldats pour la bataille [Document compl mentaire 1]. Le seul domaine progresser nettement avant le Si cle des Lumi res est celui des fortifications gr ce aux travaux des ing nieurs et dont la ceinture de fer de Vauban est le symbole [Document compl mentaire 2]. Les remparts des villes int rieures, devenus inutiles, sont peu peu d truits (mail d Orl ans par exemple), tandis que les places fortes se multiplient aux fronti res, constituant un r seau d fensif tr s efficace car chaque citadelle oblige l ennemi mobiliser des forces dix fois sup rieures la garnison pour la prendre.
10 Cependant la poliorc tique vit ses derni res ann es : un si cle plus tard la puissance de feu des canons sera telle que les murailles deviendront inutiles. B) Le tournant de la Guerre de Sept Ans Proposition Activit 1 ( tape 2) Jalon : La guerre continuation de la politique par d autres moyens (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napol oniennes [Documents compl mentaires 3, 4 et 5, rassembl s dans une fiche part] 5 La guerre de Sept Ans (1756-1763) constitue un tournant dans l histoire militaire : Typique de l affrontement d tats-nations modernes qui revendiquent le monopole de la violence arm e, c est le premier conflit inter tatique avoir une dimension r ellement mondiale en raison des enjeux tant europ ens que coloniaux ce qui suppose de la part des bellig rants une forte mobilisation humaine et mat rielle ; L affrontement est aussi id ologique entre des monarchies absolues catholiques (France et Autriche) et des monarchies protestantes qui rejettent l absolutisme (monarchie limit e en Angleterre, clair e en Prusse) ; C est un conflit qui annonce les guerres modernes par le sort r serv aux civils : la moiti des victimes de cette guerre sont des civils (au moins un demi-million de morts, peut- tre jusqu 800 000, sur un total estim entre 1 et 1,5 million, la Prusse perd ainsi 10 % de sa population), et surtout ils deviennent un enjeu politique part enti re.