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1 LA SINGULARITE DU POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL EN AFRIQUE : EXEMPLES COMPARES DES SOCIETES WOLOF ET BANTU Par Papa Ogo SECK1 Introduction Parler de la singularit du pouvoir politique africain, c est tenter de d fricher non seulement l extran it au regard de l Europe, des formes d organisation politique africaine mais aussi, essayer de r soudre une quation dont l inconnu est rechercher dans la r alit , par del la modernit . L Anthropologie politique rev tue du masque de la science est habilit e rendre compte de la nature et de l essence du politique ; les anthropologues politistes ont largement contribu renforcer les connaissances qui permettent de dissocier la th orie politique et la th orie de l Etat2. Ils ont aussi contribu la compr hension de l opposition entre l id e de l Etat et la R alit sociale3.
2 Du point de vue scientifique (math matiques), la question de la singularit renvoie une quasi-impossibilit d expliquer une situation partir des lois g n rales ; il faut distinguer la singularit de la particularit . La plupart du temps les recherches semblent jusqu ici s int resser la particularit ou la sp cificit de l Etat, du pouvoir et m me du droit africain. Le principe premi re vue peut ne pas para tre original puisqu il est connu des math maticiens et physiciens mais c est son application au plan juridique et politique qui nous montre que certaines analyses pourraient tre combl es sur bien des points. Il s agira de d montrer non pas seulement la nature du politique mais les rapports entre la Nature et la politique.
3 L intention de cet article est de d montrer le fait suivant : l in gal d veloppement de l Etat (depuis ses formes primitives ses formes les plus volu es), ne peut tre pleinement saisi que si l on peut mettre en lumi re l volution in gale des formations politiques traditionnelles et modernes qui renvoie aux structures des relations endog nes et exog nes avant et pendant le processus d implantation de l Etat. Ici, nous tenterons de r soudre la question de la singularit du pouvoir politique africain partir d une sorte d herm neutique bas e sur la loi du retour, puisque certains aspects semblent avoir t n glig s dans le parcours par des chercheurs4 et en partant de la r alit afin de r pondre ce principe cher aux math maticiens et aux physiciens qui veut que : les situations particuli res s expliquent partir des lois g n rales mais que les situations 1 Papa Ogo SECK Ma tre de Conf rences Agr g l UFR des Sciences Juridique et Politique Universit Gaston Berger Saint Louis du S n gal.
4 2 Georges BALANDIER, Anthropologie politique, Paris, PUF, 1991 3 Voir notamment Pierre CLASTRES, La soci t contre l Etat, Edition de minuit, 1974 et Samuel HUNTINGTON, The Third wave : democratization in the late twentieth century , Norman University Oklahoma Press, 1992. 4 Tels que BAYART et MEDARD. singuli res ne peuvent trouver leur explication partir de ces lois g n rales. Reste maintenant savoir comment expliquer une situation singuli re en dehors de telles lois ? - Quels sont les rapports entre l Etat issu de la colonisation et les soci t s africaines pr coloniales ? - Sur quoi reposent les contradictions entre l Etat propos et les r alit s africaines ? - Comment expliquer l immersion des r sistances traditionnelles dans l Etat moderne ?
5 - Comment expliquer la r alit politique de ces soci t s ? - Quel mod le proposer l Afrique ? Comme le dit Yves PERSON : l historien est moins press parce qu il ne cherche pas d gager des lois g n rales, tout au plus des liaisons de cause effet, et que s il essaye comme un citoyen de comprendre le pr sent et de pr parer l avenir, il n est donc pas pouss par un sentiment d urgence5 . Le chercheur en Histoire est donc confront cette exigence de s r nit : s r nit par rapport l avenir mais aussi s r nit par rapport au pass . Il doit comprendre le m canisme et ne pas s tonner des aspects historiques et moraux qu il semble tre seul avoir descell s. La litt rature sur l Afrique qui ne manque ni d abondance, ni de pertinence, a port un int r t assez tardif au fait politique traditionnel.
6 Les historiens avaient per u son importance, sans toutefois lui accorder toujours, le d veloppement qu il m rite. L effort de syst matisation op r par Meyer Fortes et Evans Pritchard en publiant African political systems, comme contribution l Anthropologie politique, entre certainement dans cette perspective. Mais comme le note Max Gluckman il faut accorder une attention particuli re la nature des r flexions apport es a ce niveau et surtout sur leur nouveaut 6. L accession des Etats africains la souverainet politique la fin des ann es 1950 et au d but des ann es 1960 a entrain une substitution et une sorte de superposition de deux (2) situations ; l une qui se veut particuli re parce que reposant sur les lois g n rales de l Etat et l autre qui se veut singuli re parce qu elle ne permet pas de se retrouver travers le mod le g n ral de l Etat.
7 L Etat tel que propos par le colonisateur repose sur le monop le de la contrainte physique l gitime7 ou sur la violence l gitime. Dans cette perspective, l Etat est con u comme un espace contr l avec duret et dont-il faut tirer le plus grand profit par tous les moyens et comme l crit Y. Person, le sens du d veloppement qui est enfin 5 Yves PERSON, Etat et nation en Afrique noire, Congr s de Kinshasa, , 1978, 6 Evans PRITCHARD, Meyer FORTES et Max GLUCKMAN cit s par Path DIAGNE Pouvoir politique Traditionnel en Afrique Occidentale , Edtion Pr sence Africaine, p. 9. 7 Max WEBER, Le savant et le politique ,Paris Plon 1959. s rieusement mis en question en Europe8, ne l est g n ralement pas en Afrique.
8 On demande l Europe d aider l Afrique la rejoindre selon le m me mod le, sans r aliser qu il faudrait au contraire exiger qu elle abandonne un mod le non 9. Suivant cette logique moderne on tenterait de g n raliser le mod le occidental sans tenir compte de la diversit des formes d organisation de la vie sociale et politique. Ce qui d bouche sur des situations particuli rement tendues o les rapports entre les lites et les masses posent le probl me fondamental non seulement de la nationalit et de l identit mais aussi de l ancestralit , de la centralit et de la marginalit . L Afrique, faute de mod le transposable s enfonce dans la confusion. Les r sistances d ordre culturel, faute de pouvoir se maintenir de fa on singuli re s enlise dans l Etat pour prendre des formes particuli res.
9 La difficult des institutions centrales ma triser l espace politique contenu l int rieur des fronti res territoriales avait retenu l attention de l historien Ibn Khald n qui remarquait travers son uvre Muqaddima crite au XIV me une dynastie est bien plus puissante en son centre que sur ses confins. Lorsqu elle a tendu son autorit jusqu ses limites externes, elle s affaibli et ne pourrait la porter plus loin 10, ainsi les rayons mis par un point central s affaiblissent t-ils et il sera de m me pour les ondulations circulaires qui s tendent la surface de l eau quand on la frappe 11. L Anthropologie politique gr ce au d bat historique qu elle suscite sur la notion d Etat dans les soci t s traditionnelles soul ve du m me coup le probl me de la dispersion de l autorit.
10 C est dans cette perspective que Southal propose la distinction entre Etat unitaire et Etat segmentaire12. Dans la situation contemporaine l Etat est volontiers consid r comme un pur produit d importation en Afrique selon l expression d sormais classique de Bertrand Badie et de Pierre Birnbaum13. De ce fait, poursuit Bayart son dification sous cette forme particuli re est le fruit de l expression imp rialiste de l occident et du processus commun ment qualifi de mondialisation ou de globalisation , m me lorsqu elle est survenue dans des soci t s politiquement centralis es en royaume ou en empire14. Le constat est clair, la greffe de l Etat s est sold e par un chec. Ainsi que l affirme B. Badie dans plusieurs de ses ouvrages et il convient de qualifier la situation africaine : d une universalisation manqu e15.