Example: air traffic controller

Le dernier jour d’un condamné - Ebooks gratuits

Victor Hugo LLee ddeerrnniieerr jjoouurr dd uunn ccoonnddaammnn BeQ Victor Hugo 1802-1885 LLee ddeerrnniieerr jjoouurr dd uunn ccoonnddaammnn suivi de Claude Gueux La Biblioth que lectronique du Qu bec Collection tous les vents Volume 141 : version 2 Du m me auteur, la Biblioth que Les travailleurs de la mer Les mis rables 3 Le dernier jour d un condamn 4 Pr face Il n y avait en t te des premi res ditions de cet ouvrage, publi d abord sans nom d auteur, que les quelques lignes qu on va lire : Il y a deux mani res de se rendre compte de l existence de ce livre. Ou il y a eu, en effet, une liasse de papiers jaunes et in gaux sur lesquels on a trouv , enregistr es une une, les derni res pens es d un mis rable ; ou il s est rencontr un homme, un r veur occup observer la nature au profit de l art, un philosophe, un po te, que sais-je ?

Il aima mieux attendre qu’elle fût comprise et voir si elle le serait. Elle l’a été. L’auteur aujourd’hui peut démasquer l’idée politique, l’idée sociale, qu’il avait voulu populariser sous cette innocente et candide forme littéraire. Il déclare donc, ou plutôt il avoue

Tags:

  Aami, Jour, Irender, Dernier jour d un condamn, Condamn

Information

Domain:

Source:

Link to this page:

Please notify us if you found a problem with this document:

Other abuse

Transcription of Le dernier jour d’un condamné - Ebooks gratuits

1 Victor Hugo LLee ddeerrnniieerr jjoouurr dd uunn ccoonnddaammnn BeQ Victor Hugo 1802-1885 LLee ddeerrnniieerr jjoouurr dd uunn ccoonnddaammnn suivi de Claude Gueux La Biblioth que lectronique du Qu bec Collection tous les vents Volume 141 : version 2 Du m me auteur, la Biblioth que Les travailleurs de la mer Les mis rables 3 Le dernier jour d un condamn 4 Pr face Il n y avait en t te des premi res ditions de cet ouvrage, publi d abord sans nom d auteur, que les quelques lignes qu on va lire : Il y a deux mani res de se rendre compte de l existence de ce livre. Ou il y a eu, en effet, une liasse de papiers jaunes et in gaux sur lesquels on a trouv , enregistr es une une, les derni res pens es d un mis rable ; ou il s est rencontr un homme, un r veur occup observer la nature au profit de l art, un philosophe, un po te, que sais-je ?

2 Dont cette id e a t la fantaisie, qui l a prise ou plut t s est laiss prendre par elle, et n a pu s en d barrasser qu en la jetant dans un livre. De ces deux explications, le lecteur choisira celle qu il voudra. Comme on le voit, l poque o ce livre fut publi , l auteur ne jugea pas propos de dire d s 5lors toute sa pens e. Il aima mieux attendre qu elle f t comprise et voir si elle le serait. Elle l a t . L auteur aujourd hui peut d masquer l id e politique, l id e sociale, qu il avait voulu populariser sous cette innocente et candide forme litt raire. Il d clare donc, ou plut t il avoue hautement que Le dernier jour d un condamn n est autre chose qu un plaidoyer, direct ou indirect, comme on voudra, pour l abolition de la peine de mort.

3 Ce qu il a eu dessein de faire, ce qu il voudrait que la post rit v t dans son uvre, si jamais elle s occupe de si peu, ce n est pas la d fense sp ciale, et toujours facile, et toujours transitoire, de tel ou tel criminel choisi, de tel ou tel accus d lection ; c est la plaidoirie g n rale et permanente pour tous les accus s pr sents et venir ; c est le grand point de droit de l humanit all gu et plaid toute voix devant la soci t , qui est la grande cour de cassation ; c est cette supr me fin de non-recevoir, abhorrescere a sanguine, construite tout jamais en avant de tous les proc s criminels ; c est la sombre et fatale question qui palpite obscur ment au fond de toutes les causes capitales sous les triples 6 paisseurs de pathos dont l enveloppe la rh torique sanglante des gens du roi ; c est la question de vie et de mort, dis-je, d shabill e, d nud e, d pouill e des entortillages sonores du parquet, brutalement mise au jour , et pos e o il faut qu on la voie, o il faut qu elle soit, o elle est r ellement, dans son vrai milieu, dans son milieu horrible, non au tribunal, mais l chafaud, non chez le juge, mais chez le bourreau.

4 Voil ce qu il a voulu faire. Si l avenir lui d cernait un jour la gloire de l avoir fait, ce qu il n ose esp rer, il ne voudrait pas d autre couronne. Il le d clare donc, et il le r p te, il occupe, au nom de tous les accus s possibles, innocents ou coupables, devant toutes les cours, tous les pr toires, tous les jurys, toutes les justices. Ce livre est adress quiconque juge. Et pour que le plaidoyer soit aussi vaste que la cause, il a d , et c est pour cela que Le dernier jour d un condamn est ainsi fait, laguer de toutes parts dans son sujet le contingent, l accident, le particulier, le sp cial, le relatif, le modifiable, 7l pisode, l anecdote, l v nement, le nom propre, et se borner (si c est l se borner) plaider la cause d un condamn quelconque, ex cut un jour quelconque, pour un crime quelconque.

5 Heureux si, sans autre outil que sa pens e, il a fouill assez avant pour faire saigner un c ur sous l s triplex du magistrat ! heureux s il a rendu pitoyables ceux qui se croient justes ! heureux si, force de creuser dans le juge, il a r ussi quelquefois y retrouver un homme ! Il y a trois ans, quand ce livre parut, quelques personnes imagin rent que cela valait la peine d en contester l id e l auteur. Les uns suppos rent un livre anglais, les autres un livre am ricain. Singuli re manie de chercher mille lieues les origines des choses, et de faire couler des sources du Nil le ruisseau qui lave votre rue !

6 H las ! il n y a en ceci ni livre anglais, ni livre am ricain, ni livre chinois. L auteur a pris l id e du dernier jour d un condamn , non dans un livre, il n a pas l habitude d aller chercher ses id es si loin, mais l o vous pouviez tous la prendre, o vous l aviez prise peut- tre (car qui n a fait ou r v dans son esprit Le dernier jour 8d un condamn ?), tout bonnement sur la place publique, sur la place de Gr ve. C est l qu un jour en passant il a ramass cette id e fatale, gisante dans une mare de sang sous les rouges moignons de la guillotine. Depuis, chaque fois qu au gr des fun bres jeudis de la cour de cassation, il arrivait un de ces jours o le cri d un arr t de mort se fait dans Paris, chaque fois que l auteur entendait passer sous ses fen tres ces hurlements enrou s qui ameutent des spectateurs pour la Gr ve, chaque fois, la douloureuse id e lui revenait, s emparait de lui, lui emplissait la t te de gendarmes, de bourreaux et de foule, lui expliquait heure par heure les derni res souffrances du mis rable agonisant, en ce moment on le confesse, en ce moment on lui coupe les cheveux, en ce moment on lui lie les mains.

7 Le sommait, lui pauvre po te, de dire tout cela la soci t , qui fait ses affaires pendant que cette chose monstrueuse s accomplit, le pressait, le poussait, le secouait, lui arrachait ses vers de l esprit, s il tait en train d en faire, et les tuait peine bauch s, barrait tous ses travaux, se mettait en travers de tout, 9l investissait, l obs dait, l assi geait. C tait un supplice, un supplice qui commen ait avec le jour , et qui durait, comme celui du mis rable qu on torturait au m me moment, jusqu quatre heures. Alors seulement, une fois le ponens caput expiravit cri par la voix sinistre de l horloge, l auteur respirait et retrouvait quelque libert d esprit.

8 Un jour enfin, c tait, ce qu il croit, le lendemain de l ex cution d Ulbach, il se mit crire ce livre. Depuis lors il a t soulag . Quand un de ces crimes publics, qu on nomme ex cutions judiciaires, a t commis, sa conscience lui a dit qu il n en tait plus solidaire ; et il n a plus senti son front cette goutte de sang qui rejaillit de la Gr ve sur la t te de tous les membres de la communaut sociale. Toutefois, cela ne suffit pas. Se laver les mains est bien, emp cher le sang de couler serait mieux. Aussi ne conna trait-il pas de but plus lev , plus saint, plus auguste que celui-l : concourir l abolition de la peine de mort.

9 Aussi est-ce du fond du c ur qu il adh re aux v ux et aux efforts des hommes g n reux de toutes les 10nations qui travaillent depuis plusieurs ann es jeter bas l arbre patibulaire, le seul arbre que les r volutions ne d racinent pas. C est avec joie qu il vient son tour, lui ch tif, donner son coup de cogn e, et largir de son mieux l entaille que Beccaria a faite, il y a soixante-six ans, au vieux gibet dress depuis tant de si cles sur la chr tient . Nous venons de dire que l chafaud est le seul difice que les r volutions ne d molissent pas. Il est rare, en effet, que les r volutions soient sobres de sang humain, et, venues qu elles sont pour monder, pour brancher, pour t ter la soci t , la peine de mort est une des serpes dont elles se dessaisissent le plus malais ment.

10 Nous l avouerons cependant, si jamais r volution nous parut digne et capable d abolir la peine de mort, c est la r volution de juillet. Il semble, en effet, qu il appartenait au mouvement populaire le plus cl ment des temps modernes de raturer la p nalit barbare de Louis XI, de Richelieu et de Robespierre, et d inscrire au front de la loi l inviolabilit de la vie humaine. 1830 m ritait de briser le couperet de 93. 11 Nous l avons esp r un moment. En ao t 1830, il y avait tant de g n rosit et de piti dans l air, un tel esprit de douceur et de civilisation flottait dans les masses, on se sentait le c ur si bien panoui par l approche d un bel avenir, qu il nous sembla que la peine de mort tait abolie de droit, d embl e, d un consentement tacite et unanime, comme le reste des choses mauvaises qui nous avaient g n s.


Related search queries