Transcription of Marie Couvert - Yapaka
1 LES PREMIERS LIENSM arie CouvertOn a longtemps pens que la construction des premiers liens reposait sur la satisfaction des besoins primaires. Mais le b b d aujourd hui nous montre un app tit relationnel qui convoque la pr sence de l adulte tout reconnaissance de cette app tence chez le nouveau-n est fondamentale. Elle donne au b b une part active dans la construction des premiers liens et revisite nos hypoth ses sur les constructions pr coces du texte met en vidence le r le du talent relationnel dans la construction des premiers liens entre le b b et son partenaire tente aussi de d gager les l ments fondateurs de la relation qui sont incontournables dans la construction des liens pr coces et qui constituent des ouvertures ou des pistes d intervention dans nos de l aide aux victimes de maltraitanceSecr tariat g n ralMinist re de la Communaut fran aise de BelgiqueBd L opold II.
2 44 1080 Bruxelles PREMIERS LIENSMARIE Couvert exerce comme psychologue clinicienne et comme psychanalyste l Unit M re-B b du Centre Hospitalier P diatrique Clairs Vallons et Escale en p rinatalit de la Women s Clinic Bruxelles. Elle enseigne galement la psychologie l Institut Sup rieur de Formation Sociale et de Communication Bruxelles. ditions FabertT l. : 33 (0)1 47 05 32 : 978-2-84922-165-5 Prix : 3,90 Diffusion / Distribution : Volumen/TEMPS D ARR T LECTURES51 Les premiers liensMarie CouvertSommaireRep res historiques .. 5 Perspectives th oriques .. 7Le concept de l Autre primordial .. 9 Les comp tences relationnelles .. 11Du c t du b b.
3 12Du c t de l Autre maternel .. 20 Les l ments fondateurs des premiers liens 27Du c t du b b .. 27Du c t de l Autre primordial .. 46 Conclusion .. 53 Temps d Arr t / Lectures Une collection de textes courts destin s aux pro fessionnels en lien direct avec les familles. Une invitation marquer une pause dans la course du quotidien, partager des lectures en quipe, prolonger la r flexion par d autres textes. 8 parutions par de collection : Vincent Magos assist de Diane Huppert ainsi que de Delphine Cordier, Nad ge Depessemier, Sandrine Hennebert, Philippe Jadin, Christine Lhermitte et Claire-Anne programme yapakaFruit de la collaboration entre plusieurs administrations de la Communaut fran aise de Belgique (Administration g n rale de l enseignement et de la recherche scientifique, Direction g n rale de l aide la jeunesse, Direction g n rale de la sant et ONE), la collection Temps d Arr t / Lectures est un l ment du programme de pr vention de la maltraitance de pilotage.
4 Deborah Dewulf, Nathalie Ferrard, Ingrid Godeau, Louis Grippa, Fran oise Guillaume, G rard Hansen, Fran oise Hoornaert, Perrine Humblet, C line Morel, Marie Thonon, Reine Vander initiative de la Communaut fran aise de Belgique. diteur responsable : Fr d ric Delcor Minist re de la Communaut fran aise de Belgique 44, boulevard L opold II 1080 Bruxelles. Mai lia a trois jours de vie quand je me penche au-dessus de son petit lit en n onatologie. Depuis douze heures, elle refuse de s alimenter et s obstine garder les yeux ouverts, vigilante toutes les all es et venues. Depuis douze heures aussi, sa m re est partie, la laissant l adoption. H lia a t port e neuf mois, sa m re l a fait na tre, l a prise dans ses bras, creusant ainsi la marque d une pr sence maternelle.
5 H lia cherche la Je me souviens m tre pench e avec l infi rmi re au-dessus de son petit berceau en lui disant : Sa m re si jeune, les neuf mois de vie cach e, l impossible choix, et aussi ce jour o voulant faire quelque chose pour elle, elle l emmena nich e au creux de son ventre dans un parc d attraction, la d cision diffi cile de partir en la laissant une autre famille. Mais aussi, notre pr occupation pour elle, pour cette souffrance qu elle criait bas bruit. Alors seulement, apr s nous avoir regard es intens -ment, H lia ferma les yeux et s autorisa s ann es plus tard, je m tonne toujours et je m ton-nerai encore de la force du lien qui unit le b b son partenaire primordial, p re ou m res historiquesL importance du lien qui unit la m re et le b b a d abord t une hypoth se psychanalytique.
6 Elle repose sur le postulat freudien de l unit des soins maternels et du b b . M me si cette hypoth se est aujourd hui sujette des remaniements, le p re de la psychanalyse 5 4 rendait ainsi pleinement hommage au r le jou par les soins maternels et l union qu ils forment avec le nour-risson. D autres auteurs apr s lui d velopp rent cette hypoth se. S ndor Ferenczi d crit l amour primaire qui lie une m re son b b comme une exp rience de fusion. M lanie Klein insiste sur les liens affectifs et narcissiques qui unissent la m re et son b b . Donald Winnicott d clare qu un b b seul, cela n existe pas , voulant ainsi rendre compte de l unit primordiale qui lie le nourrisson aux bons soins de la pr sence maternelle car de toute vidence, les b b s ne pensent pas se d brouiller seuls.
7 Dans les ann es 40, l importance de ce lien qui n tait alors qu une hypoth se fut bient t confi rm e de fa on tragique par la r alit . Pendant la guerre, Ren Spitz tudie les effets de la s paration du b b d avec sa m re. Ses descriptions du d clin phy-sique et psychique de ces b b s laiss s seuls et priv s de soins maternels autres que primaires, ainsi que son concept de d pression anaclictique, l am nent dra-matiser le r le vital de la relation du b b sa m m me moment, en France, quatre pionni res ani-m es par des pr occupations identiques Jany Aubry, Genevi ve Appel, Marthe Geber, Myriam David m nent diff rentes recherches qui contribueront l tude des cons quences de la carence des soins maternels, mettant ainsi en vidence le r le jou par l autre quel qu il soit.
8 M re, p re ou est dans la mouvance de ces recherches que John Bowlby propose le concept d attachement pour d fi nir la nature du lien qui unit le b b sa m re. Inspir par les travaux des thologistes (Konrad Lorenz et Nicolass Tin-bergen) publi s dans les ann es 50, Bowlby fut amen comparer le d sespoir des mammif res s par s de leur m re celui qu on observe chez le b b . En s ap-puyant sur les travaux d Harry Harlow, il d montrait pour la premi re fois que, dans la relation entre une m re et son b b , le besoin de contact prime sur la satisfaction des besoins oraux. Ce faisant, Bowlby pr sentait une nouvelle image du b b qui n est jamais hors relation et il encourageait l tude de toutes les manifestations 7 compor tementales dans leur potentiel communicatif, for ant ainsi consid rer le champ de l investigation interactive.
9 On doit reconna tre l immense contribution de Bowlby sur notre prise de conscience de l impor-tance des soins dans la relation entre la m re et le b b . Bowlby a su attirer l attention du monde sur la relation pr coce entre la m re et son enfant et sur les diffi cult s extr mes de ceux qui essayent de la r parer .Cependant, cette approche ne prenait pas en compte la dimension affective ni le versant fantasmatique du dialogue m re-nourrisson. C est cet aspect intrapsy-chique de la relation que Serge Lebovici, Serge Stol ru et Michel Soul ont travaill . Tout en tenant compte de l observation faite par Bowlby de tous les signes d atta-chement chez le b b , ils insist rent sur la dimension de la fantasmatique maternelle dans laquelle le b b est tou-jours pris.
10 Par la suite, L on Kreisler et Bertrand Cramer ont d crit les interactions fantasmatiques impliquant les repr sentations que chaque partenaire se fait de l les recherches de Myriam David et Martine Lamour en France et de Colwyn Trevarthen en Angleterre, on assiste aujourd hui la description minutieuse de toute une dynamique interactive qui a modifi consid ra-blement nos repr sentations du b b en en faisant un partenaire actif de la relation. La m re et le p re n ap-paraissent plus comme les seuls partenaires d sirant et suscitant la relation ; le b b devient un agent actif capable de montrer son d sir relationnel. Autrement dit, si la pr sence d un autre bienveillant est d terminante pour que le b b soit pris dans une relation qui a pour effet de le rendre sujet et de voir ainsi appara tre tout son potentiel de b b , on doit reconna tre en retour que le b b a lui aussi le pouvoir de r v ler ou non les capa-cit s maternelles ou paternelles chez ses th oriquesOn pourrait dire qu une partie de la th orie des pre-miers liens nous est donn e par les travaux issus de 6 l observation.