Transcription of Vivre avecun individu - ldurocher.com
1 Mai 2005 Psychologie Qu bec30 LES TROUBLES anxieux constituent la cat gorie de troubles psy-chiatriques ayant la seconde plus forte pr valence dans lapopulation canadienne, apr s les troubles de l humeur (Sta-tistique Canada, 2003). Parmi eux, on trouve le trouble paniqueavec ou sans agoraphobie, le trouble obsessionnel-compulsif, letrouble d anxi t g n ralis e, l tat de stress post-traumatique, laphobie sociale et la phobie sp cifique. Selon des statistiques r -centes, entre 4,7 et 7,5 % des personnes souffrent actuellementd un trouble anxieux (Statistique Canada, 2003 ; Kessler et al.,1994). L anxi t pathologique se manifeste g n ralement de troisfa ons, soit par une d tresse subjective importante, des r actionsphysiologiques lev es et des comportements d vitement ou defuite associ s l exposition un l ment phobog ne. L anxi t pa-thologique est pr sente dans tous les troubles anxieux mais elle semanifeste d une mani re distincte dans chacun d eux.
2 Les per-sonnes souffrant de troubles anxieux pr sentent fr quemment des tats comorbides, tels un autre trouble anxieux ou un trouble d -pressif ( -d. une d pression majeure ou un trouble dysthymique).Les cons quences des troubles anxieux peuvent tre d rangeantesau point o elles engendrent des limites fonctionnelles importantesdans plusieurs sph res de la vie des personnes qui en souffrent etde leurs sur le fonctionnementLes troubles anxieux peuvent avoir des impacts n gatifs impor-tants sur le fonctionnement psychologique et physique ainsi quesur la situation sociale, occupationnelle et conomique des indivi-dus qui en souffrent (Gladis et al.,1999 ; Mendlowicz et Stein,2000). Ils nuisent la qualit de vie cause de la d tresse reli e l exp rience de l anxi t en elle-m me mais galement causedes comportements d vitement qui accompagnent fr quemmentl anxi t ainsi que de la stigmatisation associ e au fait d avoirun probl me de sant mentale (Schneier, 1997).
3 La s v rit del anxi t est g n ralement associ e un champ d activit sconjugales et familiales restreint, davantage de conflits, plusd absent isme au travail ainsi qu des difficult s Vivre paisible-ment et s panouir socialement (Chakrabarti, Kulhara et Verma,1993 ; Baucom, Stanton et Epstein, 2003). Les impacts n gatifsdes troubles anxieux sur la qualit de vie et le fonctionnementpeuvent perdurer au-del d une r mission et ces effets r siduelspeuvent m me tre suffisamment stressants pour pr cipiter unerechute (Frisch, 1998). Vivre avec une personne aux prisesavec un tel troubleLes effets n gatifs des troubles anxieux sur le fonctionnementde ceux qui en sont atteints ne sont pas sans cons quencepour les proches. Lorsqu un individu anxieux vit en couple ouen famille, il est g n ralement difficile pour lui de limiter l im-pact n gatif des manifestations de son trouble sur ses proches sont souvent t moins de divers comportements diffi-cilement compr hensibles de la part de l individu anxieux commeun vitement (p.)
4 Ex. refuser une invitation au restaurant), unefuite (p. ex. sortir en catastrophe d une salle de cin ma), desrituels (p. ex. v rifier r p tition si la porte de la maison estbien verrouill e), des demandes de r assurance (p. ex. deman-der la m me question plusieurs fois), une attaque de panique(p. ex. ressentir la peur de mourir au moment de monter bordd un avion), etc. Les cons quences de ces comportements varientselon le nombre de situations vit es, leur degr d interf rencesur le fonctionnement quotidien et la dur e du trouble (Craske etZoellner, 1995).Initialement, les proches ont tendance s adapter aux di-verses manifestations d anxi t en modifiant certains des r lesqu ils assumaient et en les ajustant en fonction des besoins de lapersonne avec le trouble anxieux. Toutefois, au fur et mesureque le trouble anxieux se chronicise, des conflits et une atmo-sph re de tensions peuvent appara tre, notamment entre lesconjoints.
5 D une part le conjoint non anxieux peut devenir de plusen plus intol rant vis- -vis des manifestations d anxi t et de lan cessit de devoir s y adapter. D autre part, le conjoint anxieuxpeut soit se sentir incompris et s isoler ou tenter vainement de li-miter les impacts n gatifs du trouble sur la relation et anticiperque l autre finira par s impatienter et le quitter. Dans ce contexte,le conjoint tente habituellement d aider la personne anxieuse auParSt phane Guay, PH. avecun individuaux prises avec un trouble anxieuxDOSSIER meilleur de ses connaissances afin qu elle retrouve un fonctionne-ment normal. Cependant, des conflits peuvent survenir au sujet detentatives de soutien infructueuses ou inad quates et cons quem-ment exacerber l anxi t et la d tresse conjugale (Baucom, Stan-ton et Epstein, 2003).Le d fi d offrir un soutien ad quatPour les proches, offrir un soutien ad quat un individu avecun trouble anxieux pr sente un d fi particulier puisque l identi-fication des comportements de soutien aidant, c est- -dire quicorrespondent aux besoins des individus avec un troubleanxieux, n est pas vidente.
6 En effet, certains comportements desoutien peuvent tre per us comme tant constructifs par lesindividus avec un trouble anxieux parce qu ils entra nent unediminution rapide de l anxi t et des r actions physiologiquesassoci es. Or, plusieurs de ces comportements peuvent s av -rer contre-productifs parce qu ils contribuent au d veloppement ouau maintien du trouble en renfor ant l vitement et l anxi t .Par exemple, un patient avec un trouble d anxi t g n ralis equi se fait fr quemment conseiller de mani re rassurante par unproche au sujet de ses inqui tudes va g n ralement rapporter uneimpression positive de cette forme de soutien alors que la r assu-rance renforce l intol rance l incertitude, une composante im-portante du trouble (Campbell et Brown, 2002). Il en va de m mequand le conjoint modifie ses comportements en fonction dutrouble (p. ex.)
7 En accomplissant un rituel compulsif la place del autre afin de lui viter de rester pris avec ses doutes ; O Con-nor, Robillard et P lissier, 1998). Le proche peut aussi tenter de s curiser l individu anxieux en l aidant de mani re tangiblecomme par exemple en conduisant la voiture la place d un indi-vidu avec un trouble panique avec agoraphobie qui a peur de faireune attaque de panique et de s vanouir au volant (Marchand etBoivin, 1999).Pour am liorer le soutien offert par les prochesDans un premier temps, il est souhaitable que l individu anxieuxsuive une th rapie, en l occurrence une th rapie cognitivo-comportementale (TCC), puisque celle-ci s av re plus efficace queles autres formes de th rapie pour le traitement de tous lestroubles anxieux (INSERM, 2004). Il est possible de dispenser desconseils g n raux aux proches d individus avec un trouble anxieuxsur ce qu ils peuvent faire et ne pas faire pour tre aidant (voir letableau 1).
8 Bien que ces conseils puissent s av rer utiles en soi, ilest pr f rable qu ils soient dispens s par un psychologue dans lecadre d une s ance de psycho ducation et qu ils soient accompa-gn s d information sur les caract ristiques du trouble anxieux. Deplus, les habilet s des proches offrir un soutien ad quat peuvent tre bonifi es par l entremise d une meilleure connaissance des mo-dalit s du implication du conjoint dans le traitement des troublesanxieux s av re une avenue prometteuse. Les r sultats d une tude r cente r alis e la Clinique en intervention cognitivo-comportementale (CICC) de l H pital Louis-H. Lafontaine1sugg rentPsychologie Qu bec Mai 200531CE QUE LES PROCHES PEUVENT FAIREPOUR AIDER LA PERSONNE ANXIEUSE : se montrer empathique la d tresse v cue ; consid rer la personne telle qu elle est et l aider se d finirautrement que par son trouble anxieux ; l encourager chercher de l aide professionnelle au besoin ; promouvoir des changements positifs tels que s exposergraduellement aux stimuli phobog nes ; s informer sur les caract ristiques du trouble, son volutionet les traitements appropri s ; reconna tre et renforcer le moindre progr s, aussi petit soit-il ; valuer un progr s selon la situation de l individu et nonselon un standard absolu (p.)
9 Ex. absence de sympt mes) ; diminuer les attentes durant les p riodes de stress ; tre flexible et essayer de maintenir un fonctionnementnormal ; se donner le droit l occasion de se sentir impuissantet frustr .CE QUE LES PROCHES DEVRAIENT VITER DE FAIRE : bl mer l individu anxieux ou eux-m mes pour le trouble ; critiquer la personne anxieuse dans sa fa on de g rerses difficult s ; minimiser l importance des malaises psychologiqueset physiques ; exiger de l individu anxieux des choses qu il a peur de faire ; inciter la personne anxieuse viter ou fuir une situation ; organiser leur vie uniquement en fonction du troubleanxieux ; prendre la responsabilit de la gu rison du troubleanxieux ; abandonner les efforts pour aider la personne anxieuse s en 1qu une intervention psycho ducationnelle de trois s ances avec leconjoint augmente l effet de la TCC individuelle sur les sympt mesdu trouble anxieux ( le trouble de stress post-traumatique) etam liore la qualit de la relation conjugale (Guay et al.
10 ,2004a etb). Les strat gies utilis es incluaient une s ance d information surle trouble en d but de th rapie, une s ance de discussion sur lesprogr s r alis s et les strat gies de traitement utilis es la mi-trai-tement et une s ance sur la pr vention de la rechute en fin de th -rapie. Ces r sultats sugg rent qu il n est pas n cessaire d impliquerle conjoint de fa on substantielle dans le traitement pour obtenirdes effets psychologues devraient consid rer l implication duconjoint ou d un proche dans le cadre d une TCC pour les troublesanxieux lorsque cela est possible et souhait de la part de lapersonne aux prises avec le trouble. Parmi les avantages pou-vant tre associ s une telle pratique, notons une meilleureconnaissance des manifestations du trouble anxieux chez leproche, une diminution des comportements de soutien contre-productifs ainsi qu une am lioration des relations conjugalesou phane Guay, psychologue, est chercheur au centre de recherche de l H pital et chercheur adjoint au d partement de psychiatrie de l Universit de Montr f rence1.