Transcription of Liens de proximité et relations de confiance : le cas …
1 Dupuy C., Torre A., 1998, Liens de Proximit et relations de confiance , in Bellet M., Kirat Th., Largeron-Leteno C. (eds.), Proximit s : approches multiformes, Paris, ditions Herm s. Liens de proximit et relations de confiance : le cas des regroupements localis s de producteurs dans le domaine alimentaire Claude DUPUY Andr TORRE I. Introduction: L int r t pour les questions de confiance , s il est maintenant confirm dans les travaux de nature conomique (voir par exemple le num ro sp cial de la Revue du Mauss, 1994), se manifeste dans quatre directions au niveau de la prise en compte de l espace : - tout d'abord dans l'analyse des milieux, puis des milieux innovateurs (Hansen, 1992 ou Camagni, 1995). La confiance est alors assimil e une denr e permettant de mettre en place et de maintenir un processus de solidarisation des acteurs, processus qui s'apparente davantage l'apparition d'un comportement collectif qu' une relation de nature explicitement coop rative.
2 En ce sens, la d finition de la confiance ici retenue, m me de mani re diffuse, s'apparente celle pr sente chez Arrow (1974), pour qui elle constitue un n cessaire lubrifiant des relations sociales ; - c'est dans l'analyse contemporaine des districts industriels (Lorenz, 1993, Dei Ottati, 1994) que l'on trouve une deuxi me direction, qui place l'analyse des comportements coop ratifs au coeur des d terminants de la confiance , sans pour autant oublier le lien communautaire ; - une troisi me voie est explor e avec les travaux des auteurs conventionnalistes, au premier rang desquels Storper (1995), pour lesquels le haut niveau de complexit des changes interindividuels, d au fort degr d'incertitude des transactions, conduit la n cessit d'interm diations de nature interpr tative, les conventions ou la culture locale.
3 2- on trouve enfin une conception assez voisine, quoique plus volutive, chez les tenants des dynamiques de proximit , (voir Dupuy et Torre, 1996) pour lesquels la confiance - assimil e une institution invisible, d'apr s une autre distinction effectu e par Arrow (1974) - se distingue toutefois des r gles par son caract re non ali nable, qui lui conf re toute son importance dans le face face de proximit . La conception de la confiance ici en jeu est de nature communautaire et se distingue de la logique de l'int r t, sans pour autant que se retrouve la m fiance pr sente chez Williamson (1993) l' gard de ce concept, r ductible pour lui aux seules analyses du risque. Au del de leur diversit , ces analyses reposent toutes sur un pr suppos commun : elles consid rent qu'une part importante des modalit s de coordination des acteurs locaux s'associe l' tablissement de relations de confiance , qui doivent venir suppl er aux dangers de d construction du syst me local et favoriser la construction de compromis autour de produits ou d'activit s reposant sur un support spatialis.
4 Explicite ou implicite, la liaison ainsi tiss e vient alors sous-tendre les modalit s de construction et de p rennisation des Syst mes Localis s de Production et d'Innovation. Cette approche, pour s duisante qu'elle soit, m rite d' tre approfondie, ne serait-ce que parce que la d finition de termes tels que confiance , construction collective ou proximit est souvent d'un abord difficile. Elle pose en particulier la question de la construction des relations sociales, qui conditionne largement l' tablissement de r gles de coordination entre les acteurs. Pourtant, certaines tudes (Letablier et Delfosse, 1995) sugg rent que les relations de confiance peuvent jouer un r le non n gligeable dans la mise en place de proc dures de coordination au niveau local, comme c'est le cas pour la certification des produits par exemple.
5 C est ce lien que nous voulons approfondir dans ce texte, en nous appuyant sur l exemple (commode mais embl matique) des AOC1, largement tudi dans la litt rature, et qui fournit des l ments factuels et de r flexion pour mener bien un tel travail pr liminaire. On commencera, dans un premier temps, par positionner le probl me de la relation entre confiance et proximit sur le th me de la certification, avant de mettre en vidence les rep res des acteurs autour de la notion de confiance , puis d aborder la question des diff rents ordres de confiance . On terminera par une premi re tentative de mise en relation des relations de confiance et de proximit dans le cas de regroupements localis s de producteurs locaux. 1 Appellations d Origine Contr l e 3 II.
6 Positionnement du probl me La division du travail, apanage des soci t s industrielles, a souvent introduit une distance entre le consommateur et le produit qu'il utilise ou qu'il ach te. De fait, il est excessivement rare qu'un individu produise et consomme un m me bien, si ce n'est dans un univers totalement domestique, relevant de formes modernes de bricolage ou d'autoconsommation r manente. Cette distance, d'autant plus forte que le march est tendu , introduit videmment des interrogations quant aux caract ristiques des biens, interrogations qui portent non seulement sur leurs rapports aux prix (Akerloff, 1970) mais galement sur leurs capacit r pondre aux attentes des consommateurs.
7 Les produits alimentaires, qui rel vent souvent maintenant de fabrications de caract re industriel, ne font pas exception cette volution g n rale. Toutefois, une attention particuli re est souvent accord e dans ce cas la provenance des marchandises, leur tra abilit , ainsi qu'aux aspects de s curit alimentaire. L'intrusion des biotechnologies dans les processus de production agro-alimentaire, ainsi que la multiplication de la vari t et l'importance prise par la production de masse, ont conduit une suspicion des consommateurs l gard des produits et des techniques de production contemporaines (Valceschini, 1993). Face l inqui tude suscit e par cette modernisation et afin de lever une partie de l asym trie de la relation d'information qui p se sur la relation fournisseurs-clients, il est depuis longtemps apparu n cessaire de mettre en place des proc dures de signalement, visant prot ger et satisfaire les attentes des consommateurs.
8 Dans le but d accro tre le stock d'information en aval, voire de tenter de lui donner des bases objectives, les producteurs ont eu recours diff rentes m thodes, que l'on qualifie parfois de techniques de production de la confiance et qui ont pour but de marquer les produits d'un signe facilement identifiable et porteur d'un certain nombre d'indications quant aux caract ristiques ou la provenance de la marchandise. On a ainsi vu appara tre en France des signes tels que les labels, les certifications de conformit ou les AOC, ainsi que les AOP 2ou les IGP3 au niveau Europ en et, plus r cemment, suite aux craintes li es la prolif ration des plantes transg niques ou l enc phalite spongiforme, des certifications concernant par exemple la viande bovine.
9 2 Appellation d Origine Prot g e 3 Indication G ographique Prot g e 4L'activit r glementaire a permis, en France, de mettre en place un certain nombre de syst mes de certification, tels que le label agricole (marque collective qui atteste qu'un produit agricole poss dent un niveau de qualit sup rieure), la certification de conformit (qui garantit qu'une denr e est conforme des caract ristiques sp cifiques ou des r gles pr alablement fix es portant sur la fabrication, la transformation ou le conditionnement), la mention "agriculture biologique" (mode de production biologique s'appliquant aux produits agricoles v g taux non transform s), les produits alimentaires de montagne (li s une aire g ographique de production et l'utilisation de mati res premi res devant tre respectivement situ e en et originaires d'une zone de montagne) et l'Appellation d'Origine Contr l e.
10 L est une d nomination locale servant d signer un produit dont les qualit s et les caract res sont dus essentiellement au milieu g ographique, comprenant, il est bon de le pr ciser, la fois des facteurs naturels et humains. Pour tre reconnu en , le produit doit provenir d'une aire de production d limit e, r pondre des conditions de production pr cises, poss der une notori t d ment tablie et faire l'objet d'une proc dure d'agr ment ; il doit galement tre historiquement fond sur des "usages anciens, loyaux et constants". Dans tous les cas, on s'aper oit que la nature de la certification ici envisag e est triple. Il s'agit d'une part de veiller au respect d'une certain nombre de caract ristiques ou normes de production. Par ailleurs r f rence est souvent faite, plut t qu'au recours une expertise scientifique, une tradition ou une typicit , qui seraient garants d'un certaine forme de sp cificit.