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Guy de Maupassant - Ebooks gratuits

Guy de Maupassant LLee HHoorrllaa BeQ Guy de Maupassant LLee HHoorrllaa La Biblioth que lectronique du Qu bec Collection tous les vents Volume 429 : version 2 Du m me auteur, la Biblioth que : Mademoiselle Fifi Mont-Oriol Pierre et Jean Sur l eau La maison Tellier La petite Roque Une vie Fort comme la mort Clair de lune Miss Harriet La main gauche Yvette L inutile beaut Monsieur Parent Contes de la b casse Les s urs Rondoli Le docteur H raclius Gloss et autres contes Les dimanches d un bourgeois de Paris Le rosier de Madame Husson Contes du jour et de la nuit La vie errante Notre c ur Bel-Ami 3 Le Horla dition de r f rence : Paris, Paul Ollendorff, diteur, 1887. 4 Le Horla .. 8 mai. Quelle journ e admirable ! J ai pass toute la matin e tendu sur l herbe, devant ma maison, sous l norme platane qui la couvre, l abrite et l ombrage tout enti re.

le ciel bleu des jours, dans le ciel noir des nuits, leurs têtes bizarres hérissées de chimères, de diables, de bêtes fantastiques, de fleurs monstrueuses, et reliés l’un à l’autre par de fines arches ouvragées. Quand je fus sur le sommet, je dis au moine 14

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1 Guy de Maupassant LLee HHoorrllaa BeQ Guy de Maupassant LLee HHoorrllaa La Biblioth que lectronique du Qu bec Collection tous les vents Volume 429 : version 2 Du m me auteur, la Biblioth que : Mademoiselle Fifi Mont-Oriol Pierre et Jean Sur l eau La maison Tellier La petite Roque Une vie Fort comme la mort Clair de lune Miss Harriet La main gauche Yvette L inutile beaut Monsieur Parent Contes de la b casse Les s urs Rondoli Le docteur H raclius Gloss et autres contes Les dimanches d un bourgeois de Paris Le rosier de Madame Husson Contes du jour et de la nuit La vie errante Notre c ur Bel-Ami 3 Le Horla dition de r f rence : Paris, Paul Ollendorff, diteur, 1887. 4 Le Horla .. 8 mai. Quelle journ e admirable ! J ai pass toute la matin e tendu sur l herbe, devant ma maison, sous l norme platane qui la couvre, l abrite et l ombrage tout enti re.

2 J aime ce pays, et j aime y vivre parce que j y ai mes racines, ces profondes et d licates racines, qui attachent un homme la terre o sont n s et morts ses a eux, qui l attachent ce qu on pense et ce qu on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l air lui-m me. J aime ma maison o j ai grandi. De mes fen tres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derri re la route, presque chez moi, la grande et large Seine, qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent. 5 gauche, l -bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, fr les ou larges, domin s par la fl che de fonte de la cath drale, et pleins de cloches qui sonnent dans l air bleu des belles matin es, jetant jusqu moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d airain que la brise m apporte, tant t plus fort et tant t plus affaibli, suivant qu elle s veille ou s assoupit.

3 Comme il faisait bon ce matin ! Vers onze heures, un long convoi de navires, tra n s par un remorqueur, gros comme une mouche, et qui r lait de peine en vomissant une fum e paisse, d fila devant ma grille. Apr s deux go lettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-m ts br silien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir voir. 15 mai. J ai un peu de fi vre depuis quelques jours ; je me sens souffrant, ou plut t je 6me sens triste. D o viennent ces influences myst rieuses qui changent en d couragement notre bonheur et notre confiance en d tresse ?

4 On dirait que l air, l air invisible est plein d inconnaissables Puissances, dont nous subissons les voisinages myst rieux. Je m veille plein de gaiet , avec des envies de chanter dans la gorge. Pourquoi ? Je descends le long de l eau ; et soudain, apr s une courte promenade, je rentre d sol , comme si quelque malheur m attendait chez moi. Pourquoi ? Est-ce un frisson de froid qui, fr lant ma peau, a branl mes nerfs et assombri mon me ? Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variable, qui, passant par mes yeux, a troubl ma pens e ? Sait-on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous fr lons sans le conna tre, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos id es, sur notre c ur lui-m me, des effets rapides, surprenants et inexplicables.

5 7 Comme il est profond, ce myst re de l Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens mis rables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop pr s, ni le trop loin, ni les habitants d une toile, ni les habitants d une goutte d avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l air en notes sonores. Elles sont des f es qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette m tamorphose donnent naissance la musique, qui rend chantante l agitation muette de la avec notre odorat, plus faible que celui du avec notre go t, qui peut peine discerner l ge d un vin !

6 Ah ! si nous avions d autres organes qui accompliraient en notre faveur d autres miracles, que de choses nous pourrions d couvrir encore autour de nous ! 16 mai. Je suis malade, d cid ment ! Je me portais si bien le mois dernier ! J ai la fi vre, une fi vre atroce, ou plut t un nervement fi vreux, qui rend mon me aussi souffrante que mon 8corps ! J ai sans cesse cette sensation affreuse d un danger mena ant, cette appr hension d un malheur qui vient ou de la mort qui approche, ce pressentiment qui est sans doute l atteinte d un mal encore inconnu, germant dans le sang et dans la chair. 18 mai. Je viens d aller consulter un m decin, car je ne pouvais plus dormir. Il m a trouv le pouls rapide, l il dilat , les nerfs vibrants, mais sans aucun sympt me alarmant.

7 Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium. 25 mai. Aucun changement ! Mon tat, vraiment, est bizarre. mesure qu approche le soir, une inqui tude incompr hensible m envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je d ne vite, puis j essaie de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l oppression d une crainte confuse et irr sistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit. Vers dix heures, je monte dans ma chambre. 9peine entr , je donne deux tours de clef, et je pousse les verrous ; j ai de quoi ?.. Je ne redoutais rien jusqu j ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j j quoi ?

8 Est-ce trange qu un simple malaise, un trouble de la circulation peut- tre, l irritation d un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si d licat de notre machine vivante, puisse faire un m lancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l attends avec l pouvante de sa venue ; et mon c ur bat, et mes jambes fr missent ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu au moment o je tombe tout coup dans le repos, comme on tomberait pour s y noyer, dans un gouffre d eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, cach pr s de moi, qui me guette, qui va me saisir par la t te, me fermer les yeux, m an antir.

9 Je dors longtemps deux ou trois heures puis un r ve non un cauchemar m treint. Je 10sens bien que je suis couch et que je je le sens et je le et je sens aussi que quelqu un s approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s agenouille sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et de toute sa force pour m trangler. Moi, je me d bats, li par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, je ne peux pas ; je veux remuer, je ne peux pas ; j essaie, avec des efforts affreux, en haletant, de me tourner, de rejeter cet tre qui m crase et qui m touffe, je ne peux pas ! Et soudain, je m veille, affol , couvert de sueur.

10 J allume une bougie. Je suis seul. Apr s cette crise, qui se renouvelle toutes les nuits, je dors enfin, avec calme, jusqu l aurore. 2 juin. Mon tat s est encore aggrav . Qu ai-je donc ? Le bromure n y fait rien ; les douches n y font rien. Tant t, pour fatiguer mon corps, si las pourtant, j allai faire un tour dans la for t de Roumare. Je crus d abord que l air frais, l ger et doux, plein d odeur d herbes et de feuilles, me 11versait aux veines un sang nouveau, au c ur une nergie nouvelle. Je pris une grande avenue de chasse, puis je tournai vers La Bouille, par une all e troite, entre deux arm es d arbres d mesur ment hauts qui mettaient un toit vert, pais, presque noir, entre le ciel et moi.


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