Transcription of LES CONTEMPLATIONS - ARGOTHEME
1 Victor Hugo LES CONTEMPLATIONS (1856) dition du groupe Ebooks libres et gratuits Table des mati res PR FACE ..8 TOME I AUTREFOIS Un ..11 LIVRE PREMIER AURORE ..12 I. ma II..15 III. Mes deux filles ..16 IV..17 V. Andr Ch nier ..19 VI. La vie aux VII. R ponse un acte d accusation ..24 VIII. Suite ..31 IX..35 X. Madame D. G. de XI. Lise ..39 XII. Vere XIII. propos d Horace ..42 XIV. Granville, en 1836 ..49 XV. La coccinelle ..53 XVI. Vers XVII. M. Froment Meurice ..55 XVIII. Les oiseaux ..57 XIX. Vieille chanson du jeune temps ..59 XX. un po te XXII. La f te chez Th r se ..63 XXIII. L enfance ..66 XXIV..67 XXV. Unit ..68 XXVI. Quelques mots un 3 XXVIII..77 XXIX. Halte en LIVRE DEUXI ME L ME EN FLEUR ..81 I. Premier II..84 III. Le rouet d Omphale ..85 IV. Chanson ..87 V. Hier au VI.
2 Lettre ..89 VII..91 IX. En coutant les oiseaux ..94 XI..97 XII. glogue ..99 XIII..101 XIV. Billet du XV. Paroles dans l ombre ..104 XVI..105 XVII. Sous les arbres ..106 XVIII..108 XIX. N envions rien ..111 XX. Il fait XXII..116 XXIII. Apr s l hiver ..119 XXIV..122 XXVI. Cr puscule ..126 XXVII. La nich e sous le XXVIII. Un soir que je regardais le ciel ..130 LIVRE TROISI ME LES LUTTES ET LES R I. crit sur un exemplaire de la Divina 4 II. III. Saturne ..145 IV. crit au bas d un crucifix ..150 V. Quia pulvis es ..151 VI. La source ..152 VII. La statue ..154 IX..158 X. XI. ? ..161 XII. Explication ..162 XIII. La XIV. la m re de l enfant mort ..168 XV. XVI. Le ma tre d XVII. Chose vue un jour de XVIII. Int rieur ..178 XIX. Baraques de la XX. Insomnie ..182 XXI. crit sur la plinthe d un bas-relief XXII.
3 187 XXIII. Le XXIV. Aux XXVI. Joies du soir ..196 XXVIII. Le po XXIX. La nature ..202 XXX. Magnitudo parvi ..204 TOME II AUJOURD HUI 1843-1856 ..233 LIVRE QUATRI ME PAUCA ME ..234 I..235 II. 15 f vrier III. Trois ans apr s ..238 5 IV..243 V..244 VI..245 VII..248 IX..251 XI..255 XII. quoi songeaient les deux cavaliers dans la for t ..256 XIII. Veni, vidi, vixi ..258 XIV..260 XV. Villequier ..261 XVI. XVII. Charles Vacquerie ..268 LIVRE CINQUI ME EN MARCHE ..273 I. Aug. V..274 II. Au fils d un po te ..276 III. crit en IV..293 V. mademoiselle Louise B..294 VI. vous qui tes l ..298 VII..301 VIII. Jules J..302 IX. Le mendiant ..305 X. Aux feuillantines ..307 XI. Ponto ..309 XII. Doloros ..311 XIII. Paroles sur la dune ..313 XIV. Claire P..316 XV. Alexandre XVI. Lueur au couchant ..321 XVII. Mugitusque Boum.
4 323 XVIII. Apparition ..325 XIX. Au po te qui m envoie une plume d XX. C 6 XXI. Paul M..330 XXII..331 XXIII. Pasteurs et troupeaux ..332 XXIV..334 XXVI. Les malheureux ..338 LIVRE SIXI ME AU BORD DE L I. Le II. Ibo ..352 III..357 IV..359 V. Croire, mais pas en nous ..360 VI. Pleurs dans la nuit ..363 VII..387 VIII. Claire ..388 IX. la fen tre pendant la nuit ..395 X. claircie ..400 XI..402 XII. Aux anges qui nous voient ..403 XIII. Cadaver ..404 XIV..406 XV. celle qui est voil XVI. Horror ..412 XVII. Dolor ..418 XVIII..423 XIX. Voyage de XX. Relligio ..426 XXI. Spes ..428 XXII. Ce que c est que la XXIII. Les mages ..432 XXIV. En frappant une porte ..455 XXV. Nomen, numen, lumen ..457 XXVI. Ce que dit la bouche d ombre ..458 celle qui est rest e en France ..484 7 propos de cette dition lectronique.
5 496 8 PR FACE Si un auteur pouvait avoir quelque droit d influer sur la disposition d esprit des lecteurs qui ouvrent son livre, l auteur des CONTEMPLATIONS se bornerait dire ceci : Ce livre doit tre lu comme on lirait le livre d un mort. Vingt-cinq ann es sont dans ces deux volumes. Grande mortalis vi spatium. L auteur a laiss , pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte goutte travers les v nements et les souffrances, l a d pos dans son c ur. Ceux qui s y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s est lentement amass e l , au fond d une me. Qu est-ce que les CONTEMPLATIONS ? C est ce qu on pourrait appeler, si le mot n avait quelque pr tention, les M moires d une me. Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les r alit s, tous les fant mes vagues, riants ou fun bres, que peut contenir une conscience, revenus et rappel s, rayon rayon, soupir soupir, et m l s dans la m me nu e sombre.
6 C est l existence humaine sortant de l nigme du berceau et aboutissant l nigme du cercueil ; c est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derri re lui la jeunesse, l amour, l illusion, le combat, le d sespoir, et qui s arr te perdu au bord de l infini . Cela commence par un sourire, continue par un sanglot, et finit par un bruit du clairon de l ab me. Une destin e est crite l jour jour. 9 Est-ce donc la vie d un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n a l honneur d avoir une vie qui soit lui. Ma vie est la v tre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destin e est une. Prenez donc ce miroir, et re-gardez-vous-y. On se plaint quelquefois des crivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. H las !
7 Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insens , qui crois que je ne suis pas toi ! Ce livre contient, nous le r p tons, autant l individualit du lecteur que celle de l auteur. Homo sum. Traverser le tumulte, la rumeur, le r ve, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le si-lence ; se reposer dans le sacrifice, et, l , contempler Dieu ; commencer Foule et finir Solitude, n est-ce pas, les propor-tions individuelles r serv es, l histoire de tous ? On ne s tonnera donc pas de voir, nuance nuance, ces deux volumes s assombrir pour arriver, cependant, l azur d une vie meilleure. La joie, cette fleur rapide de la jeunesse, s effeuille page page dans le tome premier, qui est l esp rance, et dispara t dans le tome second, qui est le deuil .
8 Quel deuil ? Le vrai, l unique : la mort ; la perte des tre chers. Nous venons de le dire, c est une me qui se raconte dans ces deux volumes. Autrefois, Aujourd hui. Un ab me les s pare, le tombeau. V. H. Guernesey, mars 1856. 10 TOME I AUTREFOIS 1830-1843 11 Un Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants, Passer, gonflant ses voiles, Un rapide navire envelopp de vents, De vagues et d toiles ; Et j entendis, pench sur l ab me des cieux, Que l autre ab me touche, Me parler l oreille une voix dont mes yeux Ne voyaient pas la bouche : Po te, tu fais bien ! Po te au triste front, Tu r ves pr s des ondes, Et tu tires des mers bien des choses qui sont Sous les vagues profondes ! La mer, c est le Seigneur, que, mis re ou bonheur, Tout destin montre et nomme ; Le vent, c est le Seigneur ; l astre, c est le Seigneur ; Le navire, c est l homme.
9 Juin 1839. 12 LIVRE PREMIER AURORE 13 I. ma fille mon enfant, tu vois, je me soumets. Fais comme moi : vis du monde loign e ; Heureuse ? non ; triomphante ? jamais. R sign e ! Sois bonne et douce, et l ve un front pieux. Comme le jour dans les cieux met sa flamme, Toi, mon enfant, dans l azur de tes yeux Mets ton me ! Nul n est heureux et nul n est triomphant. L heure est pour tous une chose incompl te ; L heure est une ombre, et notre vie, enfant, En est faite. Oui, de leur sort tous les hommes sont las. Pour tre heureux, tous, destin morose ! Tout a manqu . Tout, c est- -dire, h las ! Peu de chose. Ce peu de chose est ce que, pour sa part, Dans l univers chacun cherche et d sire : Un mot, un nom, un peu d or, un regard, Un sourire ! La ga t manque au grand roi sans amours ; La goutte d eau manque au d sert immense. 14 L homme est un puits o le vide toujours Recommence.
10 Vois ces penseurs que nous divinisons, Vois ces h ros dont les fronts nous dominent, Noms dont toujours nos sombres horizons S illuminent ! Apr s avoir, comme fait un flambeau, bloui tout de leurs rayons sans nombre, Ils sont all s chercher dans le tombeau Un peu d ombre. Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs, Prend en piti nos jours vains et sonores. Chaque matin, il baigne de ses pleurs Nos aurores. Dieu nous claire, chacun de nos pas, Sur ce qu il est et sur ce que nous sommes ; Une loi sort des choses d ici-bas, Et des hommes ! Cette loi sainte, il faut s y conformer. Et la voici, toute me y peut atteindre : Ne rien ha r, mon enfant ; tout aimer, Ou tout plaindre ! Paris, octobre 1842. 15 II. Le po te s en va dans les champs ; il admire, Il adore ; il coute en lui-m me une lyre ; Et, le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs, Celles qui des rubis font p lir les couleurs, Celles qui des paons m me clipseraient les queues, Les petites fleurs d or, les petites fleurs bleues, Prennent, pour l accueillir agitant leurs bouquets, De petits airs pench s ou de grands airs coquets, Et, famili rement, car cela sied aux belles : Tiens !