Transcription of Les FABLES - pourlhistoire.com
1 1 Les FABLES ESOPE On conna t peu de chose sur la vie et la patrie d' sope. D'apr s les hypoth ses les plus vraisemblables, ce fabuliste d origine phrygienne, a t contemporain de Solon de Salamine. Esclave de Iadmon et de Xanthus qui l'affranchit. Selon H rodote, il mourut en 650 av. , pr cipit du haut d'un rocher dans la mer par les habitants de Delphes, qui se croyaient offens s par lui. Jean de la Fontaine puis Jean3 Pierre Claris de Florian s inspir rent de plusieurs de ses FABLES dont le lecteur trouvera ici une s lection. 2 Le loup et l agneau Un loup buvant la source d'une fontaine, aper ut un agneau qui buvait au bas du ruisseau ; il l'aborda tout en col re, et lui fit des reproches de ce qu'il avait troubl son eau. L' agneau , pour s'excuser, lui repr senta qu'il buvait au dessous de lui, et que l'eau ne pouvait remonter vers sa source.
2 Le loup redoublant sa rage, dit l' agneau qu'il y avait plus de six mois qu'il tenait de lui de mauvais discours. " Je n' tais pas encore n , r pliqua l' agneau . Il faut donc, repartit le loup, que ce soit ton p re ou ta m re. " Et sans apporter d'autres raisons, il se jeta sur l' agneau et le d vora, pour le punir (disait il) de la mauvaise volont et de la haine de ses parents. Le coq et la pierre pr cieuse Un coq en grattant un fumier, y trouva par hasard une pierre pr cieuse ; il la consid ra pendant quelque temps, et dit avec une esp ce de m pris : " De quoi me peut servir une chose si belle et si brillante ? Elle serait bien mieux entre les mains d'un lapidaire qui en conna trait le prix, et l'usage qu'il en faut faire. Mais pour moi qui n'en puis retirer aucune utilit , je pr f rerais un seul grain d'orge toutes les pierres pr cieuses du monde.
3 " Le renard et le singe Le lion ayant tabli son empire sur les animaux avait enjoint de sortir des fronti res de son royaume ceux qui taient priv s de l'honneur de porter une queue. pouvant , le renard se pr parait partir pour l'exil. D j il pliait bagage. Comme le singe, ne consid rant que l'ordre du roi, disait que cet dit ne concernait pas le renard, qui avait de la queue, et revendre : " Tu dis vrai, dit celui3ci, et ton conseil est bon, mais comment savoir si entre les animaux d pourvus de queue le lion ne voudra pas me compter au premier rang. Celui qui doit passer sa vie sous un tyran, m me s'il est innocent, est souvent frapp comme coupable. " 3 Le bouvier Un bouvier, paissant un troupeau de boeufs, perdit un veau. Il passa son temps parcourir tous les endroits d serts et faire des recherches, mais il ne d couvrit rien. Alors il promit Jupiter, au cas o il trouverait le voleur qui avait pris son veau, de lui offrir un chevreau en sacrifice.
4 Il arriva dans un bois de ch nes et l il d couvrit que le veau avait t d vor par un lion. perdu et terrifi , levant les mains au ciel, il s' cria : " Seigneur Jupiter, je t'avais promis de te donner un chevreau si je d couvrais mon voleur. Maintenant je te promets un taureau si j' chappe ses coups. " Cette fable convient aux malheureux qui, en cas de perte demandent aux dieux de trouver la chose perdue et qui, l'ayant trouv e, cherchent ne pas tenir leur promesse. Le grammairien qui enseignait un ne Un grammairien se glorifiait d'exceller dans son art au point que, moyennant un salaire convenable, il s'engageait instruire non seulement des enfants, mais m me un ne. Le prince, apprenant la folle t m rit du personnage, lui dit : " Si je te donnais 50 ducats, r pondrais3tu de pouvoir en dix ans faire l'instruction d'un ne ? " Dans son imprudence, il r pondit qu'il acceptait la mort si, dans cet espace de temps son ne n'arrivait pas lire et crire.
5 Ses amis taient tonn s de ses paroles : ils lui reprochaient de s'engager faire une chose non seulement malais e et difficile, mais m me impossible, et ils craignaient qu' l'expiration du d lai il ne fut mis mort par le prince. Il leur r pondit : " Avant le terme, ou l' ne mourra, ou le roi, ou moi. " Cette fable montre aux gens qui sont expos s un danger que le d lai souvent leur vient en aide. 4 Un mari et sa femme Un homme, dont la femme tait d test e de tous les gens de la maison, voulut savoir si elle inspirait les m mes sentiments aux serviteurs de son p re. Sous un pr texte sp cieux il l'envoie chez celui3ci. Peu de jours apr s, quand elle revint, il lui demanda comment elle tait avec les gens de l 3bas. Elle r pondit que les bouviers et les p tres la regardaient de travers. " Eh bien, femme, si tu es d test e de ceux qui font sortir leurs troupeaux l'aurore et qui ne rentrent que le soir, quoi faudra3t3il s'attendre de la part de ceux avec qui tu passes toute la journ e.
6 " Cette fable montre que souvent on conna t les grandes choses par les petites et les choses incertaines par celles qui sont manifestes. Le vieillard qui voulait remettre sa mort plus tard Un vieillard demandait la mort, qui tait venue pour l'arracher cette terre, de diff rer un peu jusqu' ce qu'il eut dress son testament et qu'il eut fait tous ses pr paratifs pour un si long voyage. Alors la mort : " Pourquoi ne les as3tu pas faits, toi que j'ai tant de fois averti ? " Et comme le vieillard disait qu'il ne l'avait jamais vue, elle ajouta : " Quand j'emportais jour par jour non seulement tes contemporains, dont pas un presque ne survit, mais encore des hommes dans la force de l' ge, des enfants, des nourrissons, ne t'avertissais3je pas que tu tais mortel ? Quand tu sentais ta vue s' mousser, ton ou e s'affaiblir, tes autres sens baisser, ton corps s'alourdir, ne te disais3je pas que j'approchais ?
7 Et tu pr tends que je ne t'ai pas averti ? Allons, il ne faut pas tarder davantage ". Cette fable apprend qu'il convient de vivre comme si nous voyions la mort devant nous. 5 Le lion, le loup et le renard Un lion devenu vieux tait malade et restait couch dans son antre. Pour visiter le roi, tous les animaux taient venus, sauf le renard. Le loup, saisissant l'occasion, accusait le renard aupr s du lion, disant qu'il ne faisait aucun cas de leur ma tre tous et ne venait m me pas le visiter. Au m me moment le renard arriva et il entendit les derniers mots du loup. Le lion rugit contre lui, mais l'autre ayant demand se justifier : " Et qui donc, dit3il, de tous ceux qui sont ici t'a t utile autant que moi ? Je suis all partout, j'ai demand un m decin un rem de pour toi et je l'ai obtenu. " Le lion aussit t lui ordonna de r v ler ce rem de.
8 Alors le renard dit : " C'est d' corcher vif un loup et de rev tir sa peau chaude encore. " Et le loup aussit t fut tendu mort. Alors le renard dit en riant : " Voil comme il faut exciter le ma tre des sentiments non de malveillance, mais de bont . " Cette fable montre que quiconque trouve contre un autre de perfides desseins pr pare un pi ge contre lui3m me. L homme qui avait cach son tr sor en confidence de son comp re Un homme fort riche avait enfoui un tr sor dans une for t et personne n' tait dans la confidence, sauf son comp re en qui il avait grande confiance. Mais tant venu, au bout de quelques jours, visiter son tr sor, il le trouva d terr et enlev . Il soup onna, ce qui tait vrai, que son comp re l'avait soustrait. Il vint le trouver. " Comp re, dit3il, je veux l'endroit o j'ai cach mon tr sor enfouir en plus mille ducats. " Le comp re, voulant gagner davantage encore, rapporta le tr sor, le remit en place.
9 Le v ritable ma tre peu apr s arrive et le retrouve, mais il l'emporte chez lui et s'adressant son comp re : " Homme sans foi, dit3il, ne prends pas une peine inutile pour aller voir le tr sor, car tu ne le trouverais pas. " Cette fable montre combien il est facile de tromper un avare par l'app t de l'argent. 6 L homme reprochant son chien de n avoir pas surveill les poules Un p re de famille ayant oubli de fermer l'abri dans lequel ses poules passaient la nuit, au lever du jour trouva que le renard les avait toutes tu es et emport es. Indign contre son chien comme s'il avait mal gard son bien, il l'accablait de coups. Le chien lui dit : " Si toi, qui tes poules donnaient des oeufs et des poussins, tu as t n gligent fermer ta porte, quoi d' tonnant ce que moi, qui n'en tire aucun profit, enseveli dans un profond sommeil, je n'aie pas entendu venir le renard ".
10 Cette fable veut dire qu'il ne faut attendre des serviteurs de la maison aucune diligence, si le ma tre lui m me est n gligent. Le chasseur et le loup Un grand chasseur revenant un jour de la chasse avec un daim qu'il avait pris, aper ut un sanglier qui venait droit lui. " Bon, dit le chasseur, cette b te augmentera ma provision. " Il banda son arc aussit t et d cocha sa fl che si adroitement qu'il blessa le sanglier mort. Cet animal, se sentant bless , vint avec tant de furie sur le chasseur qu'il lui fendit le ventre avec ses d fenses, de mani re qu'ils tomb rent tous deux sur la place. Dans ce temps3l il passa par cet endroit un loup affam qui, voyant tant de viande par terre, en eut une grande joie. " Il ne faut pas, dit3il en lui3m me, prodiguer tant de biens, mais je dois, m nageant cette bonne fortune, conserver toutes ces provisions.