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Mémoires de la Grande Guerre - Département de la Loire

CR ATION : DIRECTION DE LA COMMUNICATION - CG42 - IMPRIMERIE D PARTEMENTALE - D P T L GAL : 06/14 - CR DIT PHOTO : ARCHIVES D PARTEMENTALESL ucien BAROUM moires de la Grande Guerre187 Poilus du Forez et de sa p riph rie t 2 : 1915M moires de la Grande Guerre - 187 Poilus du Forez et de sa p riph rie t Tome 2 : 1915"M me lorsque nous creusons des tranch es, il arrive que la pioche d couvre ou les pieds ou la t te de quelques pauvres malheureux enfouis de ci de l par les torpilles, les obus ou les mines n'est pas assez affreux. Il para t qu'ils cherchent se servir de gaz asphyxiant. Une lettre de Genevi ve m'apprend que le fr re d'une de ses amies a t envoy Paris pour l'essai de cette terrible chose : les gaz asphyxiants.

Chap. 8 – 1915 – Installation dans la guerre de tranchées "La tranchée protégeait bougrement" – Jean-François Ollier, commandant, né en 1894 mais engagé en 1913, Saint-Etienne "Oh! la …

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Transcription of Mémoires de la Grande Guerre - Département de la Loire

1 CR ATION : DIRECTION DE LA COMMUNICATION - CG42 - IMPRIMERIE D PARTEMENTALE - D P T L GAL : 06/14 - CR DIT PHOTO : ARCHIVES D PARTEMENTALESL ucien BAROUM moires de la Grande Guerre187 Poilus du Forez et de sa p riph rie t 2 : 1915M moires de la Grande Guerre - 187 Poilus du Forez et de sa p riph rie t Tome 2 : 1915"M me lorsque nous creusons des tranch es, il arrive que la pioche d couvre ou les pieds ou la t te de quelques pauvres malheureux enfouis de ci de l par les torpilles, les obus ou les mines n'est pas assez affreux. Il para t qu'ils cherchent se servir de gaz asphyxiant. Une lettre de Genevi ve m'apprend que le fr re d'une de ses amies a t envoy Paris pour l'essai de cette terrible chose : les gaz asphyxiants.

2 "Claude Coupade,classe 1915, La RicamarieChapitre 81915 Installation dans la Guerre de tranch es Chap. 8 1915 Installation dans la Guerre de tranch es "La tranch e prot geait bougrement" Jean-Fran ois Ollier, commandant, n en 1894 mais engag en 1913, Saint-Etienne "Oh! la tranch e, c' tait utile! Ah, mais on pouvait pas faire autrement! A d couvert, comme a, l , y a pas besoin de canons: avec les mitrailleuses!" Antoine Souchon, classe 1913, Lentigny Roanne. "Demain, on monte aux tranch es". Pr vu ou surgissant soudain, cet ordre est toujours accueilli avec un petit serrement de c ur. Il va falloir quitter la demi-s curit du cantonnement, la bonne paille, voire m me le lit de fortune1 , la bonne table qui r unit tous les camarades et faire tr ve aux bonnes nuits.

3 Et qui sait? L' ternelle question! Que trouvera-t-on l -haut2 , l -bas! La mort, peut- tre! A moins que ce ne soit la blessure! le sang, les membres pantelants, le corps entr'ouvert! - R cit d Antonin Granet, classe 1903, Chamboeuf "On creusait tout le temps des tranch es! Il fallait toujours les changer. Et puis alors, y avait ces fameux coups de main qui changeaient l g rement le front. Alors vous tiez oblig .. pour quelques m tres de terrain, on faisait tuer je sais pas combien d'hommes! Et ces tranch es-l , il fallait les refaire, les reconstruire". Jean-Louis Monier, classe 1913, Marols. Avertissement au lecteur: jusqu' maintenant, un ordre chronologique a pu tre maintenu tant bien que mal pour l'ann e 1914. Nous essaierons de nous y tenir pour les v nements clairement dat s par les t moins, et repr sentatifs de l' volution du conflit.

4 Mais la nature m me de la collecte qui est la base de cet ouvrage nous obligera de plus en plus faire des parties th matiques rassemblant des faits de m me nature (par exemple l'attaque, la blessure, l'hospitalisation, la captivit , etc.) que chaque combattant a pu vivre des p riodes diff rentes de la Guerre , m me si l' volution technique de cette Guerre a pu introduire des variantes que nous nous efforcerons de pr ciser, dans la mesure du possible. On a vu dans le chap. V (Automne 14- Aspects de l' volution de la Guerre ) que d s le tout d but de la Guerre parfois d s fin ao t- certains combattants ont connu les tranch es, en ont creus , ou s'y sont abrit . Mais tant que dure la Guerre de mouvement, qu'on appelle assez couramment la "course la mer", dat e le plus souvent du 14 septembre au 17 novembre, la tranch e n'est qu'un l ment d fensif occasionnel.

5 Elle devient syst matique avec la fixation du front qui s'op re d s la mi-novembre 1914: "Car les fronts sont quip s, install s, fix s pour longtemps dans leurs lignes sinueuses, d s le 15 novembre 1914." crit l'historien Pierre Miquel. 3 L'ann e 1915 est celle de l'installation g n rale dans la Guerre de tranch es, Guerre de position qu'on pourrait appeler de si ge, si l'on ne l'entrecoupait pas d'attaques assez fr quentes, et souvent tr s meurtri res, visant prendre les tranch es ennemies pour gagner du terrain. Dans ce chapitre, nous nous contenterons d'envisager l'aspect d fensif de la vie en tranch e, les variantes qu'impose la nature du terrain, la proximit entre les lignes, et ce moment crucial qu'est la mont e en tranch e, la rel ve, quand le r seau est d j organis.

6 Utilit protectrice de la tranch e Antoine Souchon (cl 13) n Lentigny, boulanger Roanne apr s la Guerre , incorpor au 16e de Montbrison en d cembre 1913 a connu les tranch es d s l'automne 14, dans la Somme, o le besoin de se prot ger se faisait cruellement sentir et o le trou individuel tait le premier moyen de protection, en l'absence de tranch Il value le progr s qu'a constitu la tranch e: E- Donc en tranch e, on tait quand m me mieux prot g ? T- Ah ben, y a pas de comparaison! Oh l ! Quand les tranch es sont venues (c'est qu'on faisait des tranch es comme la fen tre, l ) . Vous comprenez, ils avaient Une machine (un obus ou une torpille) qui tombait sur le parapet, y avait personne de touch , vous comprenez!

7 Fallait r ellement qu'elle tombe au milieu du boyau! Oh oui oui! Oh! la tranch e, c' tait utile! Ah, mais on pouvait pas faire autrement! A d couvert, comme a, l , y a pas besoin de canons: avec les mitrailleuses! 1 Sauf exception, la paille dans des granges de maisons plus ou moins d truites, ou pas encore touch es par les bombardement, en arri re du front, tait le lot des soldats, alors que les grad s (dont Antonin fait partie, tant sergent) et surtout les officiers b n ficiaient souvent, dans les cantonnements, de chambres r quisitionn es 2 "La-haut": la rel ve est presque toujours voqu e comme une ascension vers le danger (l'expression consacr e tant "monter aux tranch es" ) m me s'il n'y a aucune progression en altitude entre l'arri re et la premi re ligne.

8 3 Pierre Miquel, La Grande Guerre , op. cit. p. 214 Fran ois Potin (cl. 14), ouvrier agricole dans l'Allier vers Saint-Pour ain-sur-Sioule avant Guerre , puis m tayer en divers lieux de l'Allier apr s Guerre , venu Saint-Just-en-Chevalet ( Loire ) pour soigner ses poumons gaz s, incorpor au 85e de Cosnes-sur- Loire , montre aussi tout l'int r t protecteur de la tranch e contre la gerbe d' clats meurtriers que projettent les obus, non sans faire preuve d'humour noir, ou de r alisme: "L'obus, a d pend comme il clate. S'il clate par terre, a fauche tout ce que a peut attraper, dans cent m tres de rayon. Tandis que dans une tranch e, vous craignez rien. S'il vous tombe dessus, vous tes mis en bouillie, mais a m'est gal, on n'y sent toujours " Selon les secteurs, et selon la stabilit ou la mobilit du front, parfois infime, parfois plus cons quente, la n cessit de creuser imm diatement s'impose ou non.

9 Jean Auroy (cl. 14), agriculteur Arfeuilles (Allier), incorpor au 142e de Mende, se souvient d' tre arriv dans son premier secteur de l'Aisne au d but de l'ann e 1915, de nuit, et value le travail faire aussit t, selon que l'on tombe en secteur am nag ou pas: "Ah! De nuit toujours! De jour on pouvait pas voyager parce que les lignes taient pas loin les unes des autres, hein! Oh la la, bon Dieu, j'en ai fait des tours la nuit! Incroyable! E- Vous tes arriv s de nuit, ce qui fait que vous ne voyiez pas l'endroit o vous tiez T- Ben bien s r que non qu'on y voyait pas! Et encore: y avait des secteurs o a allait bien, que c' tait bien fait. Et puis d'autres secteurs, y avait plus rien! Eh bien on tait oblig de prendre les pioches et les pelles et puis faire des trous!

10 Parce que tant que c' tait nuit, a allait, ils nous voyaient pas. Mais aussit t qu'il faisait clair, a petait, hein! a petait, oui! On tait bien oblig de faire des trous pour se cacher!" Notons que l'obscurit protectrice de la nuit sans lune a vite t dissip e par les fus es clairantes qui, munies d'un parachute, reconstituaient une luminosit suffisante pour permettre le tir ennemi. Par ailleurs, ce t moin revendique la sup riorit manuelle des paysans sur les citadins dans le creusement des tranch es: " a d pend lesquels qu'avaient fait le travail! Si c' tait des gens qui comprenaient, que le travail soit bien fait, c' tait impeccable! Tandis que s'ils mettaient faire a des types de la ville qu'ont jamais mani le manche, eh ben l , y avait du propre travail!


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