Transcription of CONCEPTS, STRESS, COPING - irepspdl.org
1 INTRODUCTIONNous sommes constamment confront s des situationset v nements qui suscitent en nous diverses motionsd sagr ables (col re, peur, anxi t , tristesse,..). Cessituations peuvent tre banales et quotidiennes (conflitsfamiliaux, surcharge de travail, probl mes d argent,..)ou ponctuelles et s rieuses (maladie grave, d c s d unproche, accident,..). C est lorsque ces diverses exp -riences sont per ues par l individu comme mena antespour son int grit physique et psychique qu on peutparler de stress est une transaction particuli re entre un indi-vidu et une situation dans laquelle celle-ci est valu ecomme d bordant ses ressources et pouvant mettre endanger son bien tre (LAZARUS et FOLKMAN, 1984b,p. 19). Ainsi, les v nements de la vie n ont pas tous lem me impact sur tous les individus. Ce n est pas leurintensit , leur fr quence ni leur gravit objectives quisont stressantes en soi, mais leur retentissement mo-tionnel et leur signification pour un individu la notion de stress per ua-t-elle d tr n peu peu celle d v nement de vie stressant (AMIEL-LEBIGRE,1996 ; COHEN et WILLIAMSON, 1988).
2 La clarificationde la notion de stress gr ce l approche transaction-nelle de LAZARUS et FOLKMAN (1984b) a t une tape pr alable indispensable pour lucider d autresconcepts comme ceux d valuation et de individu ne subit pas passivement les v nements devie aigus et chroniques. Il essaye de faire face (tocope). On parle de COPING pour d signer les r ponses,r actions, que l individu va laborer pour ma triser,r duire ou simplement tol rer la situation aversive. Ceterme, d abord traduit par strat gie d ajustement estadmis dans le vocabulaire fran ais depuis 1999. Lecopingpeut prendre des formes tr s diverses. Il peuts agir de cognitions( valuation de la situation stressante, valuation de ses ressources, recherche d informa-tions,..), d affects(expression ou au contraire r pressionde la peur, de la col re, de la d tresse.)
3 Et de compor-tements(r solution du probl me, recherche d aide,..).Ainsi, par exemple, l annonce de r sultats positifs suite la biopsie d une tumeur du sein une patiente peut la-borer certaines pens es (par exemple distordre la r alit et pr tendre que ce n est qu un kyste b nin ), vacuerses motions (exprimer la d tresse ou sa col re,..),essayer d agir (s informer, consulter d autres sp cia-listes,..). Tout ceci permet au sujet confront l adver-sit de tenter de transformer la situation et/ou de semodifier lui-m me pour la rendre plus tol COPING est un concept r cent, apparu pour la pre-mi re fois dans un ouvrage de Richard LAZARUS, Psychological Stress and COPING Process (1966), o ild signe un ensemble de r actions et de strat gies la-bor es par les individus pour faire face des situationsstressantes. Pour LAZARUS le stress n est pas simple-ment une propri t des v nements objectifs , maisl exp rience de chaque individuvis- -vis de ces v ne-ments (perception de la situation, signification des v -nements, savoirs et croyances concernant les strat giesde faire face et leur efficacit.)
4 Le concept de copingest extr mement populaire depuis les ann es 75 dansles pays anglo-saxons et a donn lieu plusieurs cen-taines de travaux scientifiques et de tentatives d appli-cation. Il commence seulement tre popularis en68 Recherche en soins infirmiers N 67 - decembre 2001 CONCEPTS, STRESS, COPINGM arilou BRUCHON-SCHWEITZERP rofesseur de PsychologieUniversit Victor Segalen Bordeaux 2LE COPING ET LES STRAT GIES D AJUSTEMENT FACE AU STRESSMots cl s : COPING - d finition - approches - strat gies - d terminantsFrance depuis les ann es 90 (PAULHAN, 1992 ; 1994 ;COUSSON-G LIE et al., 1996 ; DUPAIN, 1998).Nous allons tenter ici de synth tiser une tr s abondantelitt rature (environ 2400 titres cit s par ZEIDNER etENDLER, 1996) en retra ant l volution de cettenotion, proche tout d abord de celles dem canisme ded fenseet de celle d adaptation. Nous pr senteronsensuite la conception transactionnelle de LAZARUSde FOLKMAN (1984b) et examinerons quelques ant -c dents situationnels et dispositionnels du d crirons ensuite la classificationdes strat giesde COPING , par les divers auteurs et quelques instru-ments d valuationillustrant les diverses , nous mettrons en perspective l efficacit rela-tive des diverses strat gies de COPING en comparantleurs effets sur divers crit res adaptatifs (sant motion-nelle et somatique, notamment).
5 I- L VOLUTION DE LA NOTION DE COPINGH istoriquement, la notion de COPING est affili e cellede m canisme de d fense, d velopp e depuis la fin du19esi cle par la psychanalyse et celle d adaptation,d velopp e depuis la deuxi me moiti du 19 si cle etcommune la biologie, l thologie et la psycholo-gie animale (et la perspective volutionniste de DAR-WIN en particulier).1- COPING et d fenseLe concept de d fensedate de la fin du 19 si cle. Ilest troitement associ au d veloppement de la psy-chanalyse, de la psychologie dynamique et de l egopsychology. BREUER et FREUD observent que desid es d sagr ables et perturbantes sont parfois inac-cessibles la conscience. Dans les premiers textes deFREUD sont d crits les divers m canismes d fensifsutilis s par les individus pour d tourner, d former oud guiser des affects et pens es inacceptables. Puis leconcept de d fense voluera et celui de r pression jouera un r le grandissant.
6 Dans untexte de FREUD de 1926 ( Inhibition, sympt me etangoisse ), le terme de d fense est utilis dans unsens g n ral pour d signer la lutte du moi contre lesid es et affects intol rables, la r pression apparais-sant comme l un des m canismes de d fense id es de S. FREUD (et d A. FREUD) aurontun large cho en sciences sociales, bien au-del dela psychanalyse. On peut les r sumer ainsi : chaqueindividu utilise un r pertoire relativement restreint dem canismes de d fense ; un style d fensif particulierpeut tre associ une pathologie particuli re ; cer-tains m canismes de d fense sont fonctionnels,d autres sont dysfonctionnels (PERRY et COOPER,1989) ; certains de ces m canismes sont immatures (projection, hypocondrie,..), d autressont n vrotiques (intellectualisation, r pression,formation r actionnelle) d autres enfin sont matures (sublimation, humour, suppression).
7 Quelques travaux empiriques semblent valider cettehi rarchie, les individus utilisant des d fenses labo-r es ayant une meilleure sant mentale (voir parexemple VAILLANT et al., 1986). les processus decoping seraient subordonn s aux m canismes ded fense, plus archa ques (VAILLANT, 1977).A partir des ann es 60-70, les recherches consacr esaux m canismes de d fense commenc rent utiliserle terme de COPING (terme qui fut r pertori pourla premi re fois dans les mots-cl de PsychologicalAbstracts en 1967), pour d signer les m canismesde d fense les plus adapt s (sublimation, humour).Il est int ressant de noter que les premiers travauxconsacr s au COPING se situent dans la lign e de ceuxconsacr s aux m canismes de d fense. GREER et sescoll gues (1979), par exemple, d crivent quatretypes d attitudes chez des patientes atteintes d uncancer du sein : d ni, esprit combatif, sto cisme etimpuissance-d sespoir.
8 La technique utilis e (entre-tiens cliniques) et ces d nominations marquent latransition entre les m canismes de d fense classiqueset les strat gies de COPING , notions alors en 1960 1980, il y eut encore des confusions entrecoping et d fense (dans un sens comme dans l autre)et quelques tentatives de clarification furent publi es(dont celle de HAAN, 1977). On pourrait tenter der sumer les diff rences entre m canisme de d fense etstrat gie de COPING de la fa on suivante. Un m ca-nisme de d fense est rigide, inconscient, indiff renci irr sistible, li des conflits intra-psychiques et des v nements de vie anciens, il distord g n ralement lar alit . Sa fonction est de maintenir l angoisse unniveau tol en soins infirmiers N 67 - d cembre 2001LE COPING ET LES STRAT GIES D AJUSTEMENT FACE AU STRESSCONCEPTS, STRESS, COPINGUne strat gie de COPING est flexible, consciente, diff -renci e (sp cifique par rapport un probl me qui sepose dans les relations entre individu et environne-ment), elle est orient e vers la r alit (interne ouexterne).
9 Sa fonction est de permettre l individu dema triser, r duire ou supporter les perturbationsinduites par cet v nement (ou par cette situation). Lesstrat gies de COPING se diff renci rent peu peu desm canismes de d fense, notamment parce que ce sontdes tentatives conscientes(volontaires) pour affronterdes probl mes actuels(ou r cents).2- COPING et adaptationLe concept de COPING prend aussi sa source dans lesth ories relatives l adaptation et l volution desesp ces. L individu disposerait d un r pertoire der ponses (inn es et acquises) lui permettant de survivreface diverses menaces vitales : attaquer (fight) ou fuir(fly), notamment lorsqu il est confront un adversaireou une situation dangereuse1. Le COPING et le stresssont consid r s par certains auteurs comme faisant par-tie int grante des processus d adaptation aux difficult sde la LAZARUS et FOLKMAN (1984a, pp 283-284), ilconvient de distinguer nettement copinget adaptation est un concept extr mement large, quiinclut toute la psychologie, voire m me la adaptation inclut tous les modes de r action desorganismes vivants interagissant avec les conditionschangeantes de l environnement (soit, chez l homme,la perception, l motion, la motivation, l apprentissage, ).
10 En revanche, le COPING est un concept beaucoupplus sp cifique. S il inclut aussi diverses r ponsesd ajustement chez les individus, il ne concerne que lesr actions des variations de l environnement valu escomme mena antes (ou stressantes).De plus, l adap-tation implique des r actions d ajustement r p titiveset automatiques, alors que le COPING comprend desefforts cognitifs et comportementaux conscients, chan-geants, sp cifiques et parfois nouveaux pour l individuet pour l esp ce. Enfin la notion d ajustement, flexible,est pr f r e celle d adaptation, notion jug e trop nor-mative et L APPROCHE TRANSACTIONNELLE DUSTRESS ET DU COPINGL approche transactionnelle du COPING se distingue desmod les pr c dents relatifs aux m canismes ded fense et aux processus d adaptation. Selon elle, il n ya pas de strat gie efficace ou inefficace en soi, ind -pendamment des caract ristiques de la situation affronter.