Transcription of Nicolas MACHIAVEL (1515)
1 Nicolas MACHIAVEL (1515)Le PrinceUn document produit en version num rique par Jean-Marie Tremblay,professeur de sociologie au C gep de ChicoutimiCourriel: web: le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"Site web: collection d velopp e en collaboration avec la Biblioth quePaul- mile-Boulet de l'Universit du Qu bec ChicoutimiSite web: MACHIAVEL (1515) Le Prince2 Cette dition lectronique a t r alis e par Jean-Marie Tremblay,professeur de sociologie partir de : Nicolas MACHIAVEL (1515),Le PrincePolice de caract res utilis e :Pour le texte: Times, 12 les citations : Times 10 les notes de bas de page : Times, 10 MACHIAVEL (1515) Le Prince3 Table des mati resLe PrinceChap. il y a de sortes de principaut s, et par quels moyens on peut lesacqu principaut s h r principaut s mixtesChap. les tats de Darius, conquis par Alexandre, ne se r volt rentpoint contre les successeurs du conqu rant apr s sa on doit gouverner les tats ou principaut s qui, avant laconqu te, vivaient sous leurs propres principaut s nouvelles acquises par les armes et par l'habilet del'acqu reurChap.
2 Principaut s nouvelles qu'on acquiert par les armes d'autruiet par la ceux qui sont devenus princes par des sc l la principaut , dans toute esp ce de principaut , on doit mesurer ses principaut s eccl siastiquesChap. il y a de sortes de milices et de troupes troupes auxiliaires, mixtes et fonctions qui appartiennent au prince, par rapport la choses pour lesquelles tous les hommes, et surtout les princes, sontlou s ou bl m la lib ralit et de l' la cruaut et de la cl mence, et s'il vaut mieux tre aim que les princes doivent tenir leur 'il faut viter d' tre m pris et ha .Chap. les forteresses, et plusieurs autres choses que font souvent les princes,leur sont utiles ou doit se conduire un prince pour acqu rir de la r secr taires des on doit fuir les les princes d'Italie ont perdu leurs , dans les choses humaines, la fortune a de pouvoir, et commenton peut y r d livrer l'Italie des MACHIAVEL (1515) Le Prince4 MACHIAVEL na t et meurt Florence (1469 - 1527).
3 Si on lit le Prince avec attention, ou verra que MACHIAVEL , en se fondant site desconsid rations d'int r t, de s curit , et surtout de puissance militaire, incite le Prince cr er les conditions de la r publique o il faut lutter contre les puissants, prot ger leshumbles, armer le peuple et non s'armer contre pourra d couvrir dans le Prince les fruits d'une r flexion sur les conditionsr elles de la libert . Nicolas MACHIAVEL (1515) Le Prince5 LEPRINCER etour la table des mati resNicolas MACHIAVEL (1515) Le Prince6Le PrinceCHAPITRE ICombien il y a de sortes deprincipaut s, et par quels moyens onpeut les acqu la table des mati resTous les tats, toutes les dominations qui ont tenu et tiennent encore les hommessous leur empire, ont t et sont ou des r publiques ou des principaut principaut s sont ou h r ditaires ou h r ditaires sont celles qui ont t longtemps poss d es par la famille de nouvelles, ou le sont tout fait, comme Milan le fut pour Francesco Sforza,ou elles sont comme des membres ajout s aux tats h r ditaires du prince qui les aacquises.
4 Et tel a t le royaume de Naples l' gard du roi d' 'ailleurs, les tats acquis de cette mani re taient accoutum s ou vivre sous unprince ou tre libres : l'acquisition en a t faite avec les armes d'autrui, ou parcelles de l'acqu reur lui-m me, ou par la faveur de la fortune, ou par l'ascendant de MACHIAVEL (1515) Le Prince7Le PrinceCHAPITRE IIDes principaut s h r la table des mati resJe ne traiterai point ici des r publiques, car j'en ai parl amplement ailleurs : je nem'occuperai que des principaut s ; et, reprenant le fil des distinctions que je viensd' tablir, j'examinerai comment, dans ces diverses hypoth ses, les princes peuvent seconduire et se dis donc que, pour les tats h r ditaires et fa onn s l'ob issance envers lafamille du prince, il y a bien moins de difficult s les maintenir que les tats nou-veaux : il suffit au prince de ne point outrepasser les bornes pos es par ses anc tres, etde temporiser avec les v nements.
5 Aussi, ne f t-il dou que d'une capacit ordinaire,il saura se maintenir sur le tr ne, moins qu'une force irr sistible et hors de toutepr voyance ne l'en renverse ; mais alors m me qu'il l'aura perdu, le moindre revers prouv par l'usurpateur le lui fera ais ment recouvrer. L'Italie nous en offre unexemple dans le duc de Ferrare ; s'il a r sist , en 1484, aux attaques des V nitiens, et,en 1510, celles du pape Jules II, c'est uniquement parce que sa famille tait tabliedepuis longtemps dans son duch .En effet, un prince h r ditaire a bien moins de motifs et se trouve bien moinsdans la n cessit de d plaire ses sujets : il en est par cela m me bien plus aim ; et, moins que des vices extraordinaires ne le fassent ha r, ils doivent naturellement lui tre affectionn s. D'ailleurs dans l'anciennet et dans la longue continuation d'unepuissance, la m moire des pr c dentes innovations s'efface ; les causes qui les avaientproduites s' vanouissent : il n'y a donc plus de ces sortes de pierres d'attente qu'uner volution laisse toujours pour en appuyer une MACHIAVEL (1515) Le Prince8Le PrinceCHAPITRE IIIDes principaut s mixtesRetour la table des mati resC'est dans une principaut nouvelle que toutes les difficult s se 'abord, si elle n'est pas enti rement nouvelle, mais ajout e comme un membre une autre, en sorte qu'elles forment ensemble un corps qu'on peut appeler mixte, il y aune premi re source de changement dans une difficult naturelle inh rente toutes lesprincipaut s nouvelles : c'est que les hommes aiment changer de ma tre dans l'espoird'am liorer leur sort ; que cette esp rance leur met les armes la main contre legouvernement actuel.
6 Mais qu'ensuite l'exp rience leur fait voir qu'ils se sont tromp set qu'ils n'ont fait qu'empirer leur situation : cons quence in vitable d'une autren cessit naturelle o se trouve ordinairement le nouveau prince d'accabler ses sujets,et par l'entretien de ses arm es, et par une infinit d'autres charges qu'entra nent leursuite les nouvelles conqu position de ce prince est telle que, d'une part, il a pour ennemis tous ceux dontil a bless les int r ts en s'emparant de cette principaut ; et que, de l'autre, il ne peutconserver l'amiti et la fid lit de ceux qui lui en ont facilit l'entr e, soit parl'impuissance o il se trouve de les satisfaire autant qu'ils se l' taient promis, soitparce qu'il ne lui convient pas d'employer contre eux ces rem des h ro ques dont lareconnaissance le force de s'abstenir ; car, quelque puissance qu'un prince ait par sesarm es, il a toujours besoin, pour entrer dans un pays, d' tre aid par la faveur pourquoi Louis XII, roi de France, se rendit ma tre en un instant duMilanais, qu'il perdit de m me, et que d'abord les seules forces de Lodovico Sforzasuffirent pour le lui arracher.
7 En effet, les habitants qui lui avaient ouvert les portes,se voyant tromp s dans leur espoir, et frustr s des avantages qu'ils avaient attendus,ne purent supporter les d go ts d'une nouvelle MACHIAVEL (1515) Le Prince9Il est bien vrai que lorsqu'on reconquiert des pays qui se sont ainsi rebell s, on lesperd plus difficilement : le conqu rant, se pr valant de cette r bellion, proc de avecmoins de mesure dans les moyens d'assurer sa conqu te, soit en punissant lescoupables, soit en recherchant les suspects, soit en fortifiant toutes les parties faiblesde ses pourquoi aussi il suffit, pour enlever une premi re fois Milan la France,d'un duc Lodovico excitant quelques rumeurs sur les confins de cette province. Ilfallut, pour la lui faire perdre une seconde, que tout le monde se r unit contre elle,que ses arm es fussent enti rement dispers es, et qu'on les chass t de l'Italie ; ce quine put avoir lieu que par les causes que j'ai d velopp es pr c demment : n anmoins,il perdit cette province et la premi re et la seconde reste, c'est assez pour la premi re expulsion d'en avoir indiqu les causesg n rales.
8 Mais, quant la seconde, il est bon de s'y arr ter un peu plus, et d'exami-ner les moyens que Louis XII pouvait employer, et dont tout autre prince pourrait seservir en pareille circonstance, pour se maintenir un peu mieux dans ses nouvellesconqu tes que ne fit le roi de dis donc que les tats conquis pour tre r unis ceux qui appartiennent depuislongtemps au conqu rant, sont ou ne sont pas dans la m me contr e que ces derniers,et qu'ils ont ou n'ont pas la m me le premier cas, il est facile de les conserver, surtout lorsqu'ils ne sont pointaccoutum s vivre libres : pour les poss der en s ret , il suffit d'avoir teint la racedu prince qui tait le ma tre ; et si, dans tout le reste, on leur laisse leur anciennemani re d' tre, comme les m urs y sont les m mes, les sujets vivent bient t tranquil-lement. C'est ainsi que la Bretagne, la Bourgogne, la Gascogne et la Normandie, sontrest es unies la France depuis tant d'ann es ; et quand m me il y aurait quelquesdiff rences dans le langage, comme les habitudes et les m urs se ressemblent, ces tats r unis pourront ais ment s'accorder.
9 Il faut seulement que celui qui s'en rendpossesseur soit attentif deux choses, s'il veut les conserver : l'une est, comme jeviens de le dire, d' teindre la race de l'ancien prince ; l'autre, de n'alt rer ni les lois nile mode des impositions : de cette mani re, l'ancienne principaut et la nouvelle neseront, en bien peu de temps, qu'un seul , dans le second cas, c'est- -dire quand les tats acquis sont dans une autrecontr e que celui auquel on les r unit, quand ils n'ont ni la m me langue, ni lesm mes m urs, ni les m mes institutions, alors les difficult s sont excessives, et ilfaut un grand bonheur et une grande habilet pour les conserver. Un des moyens lesmeilleurs et les plus efficaces serait que le vainqueur vint y fixer sa demeurepersonnelle : rien n'en rendrait la possession plus s re et plus durable. C'est aussi leparti qu'a pris le Turc l' gard de la Gr ce, que certainement, malgr toutes ses autresmesures, il n'aurait jamais pu conserver s'il ne s' tait d termine venir.
10 L' il habite le pays, le nouveau prince voit les d sordres leur naissance, etpeut les r primer sur-le-champ. S'il en est loign , il ne les conna t que lorsqu'ils sontd j grands, et qu'il ne lui est plus possible d'y rem 'ailleurs, sa pr sence emp che ses officiers de d vorer la province ; et, en toutcas, c'est une satisfaction pour les habitants d'avoir pour ainsi dire sous la main leurrecours au prince lui-m me. Ils ont aussi plus de raisons, soit de l'aimer, s'ils veulentNicolas MACHIAVEL (1515) Le Prince10 tre de bons et fid les sujets, soit de le craindre, s'ils veulent tre mauvais. Enfin,l' tranger qui voudrait assaillir cet tat s'y hasarde bien moins ais ment; d'autant quele prince y r sidant, il est tr s difficile de le lui meilleur moyen qui se pr sente ensuite est d' tablir des colonies dans un oudeux endroits qui soient comme les clefs du pays : sans cela, on est oblig d'yentretenir un grand nombre de gens d'armes et d'infanterie.