Transcription of BABEL - Psychaanalyse
1 BABELB ulletin Ap riodique de la Biblioth que de l Ecole de Lacan-ECFS ommaireL'intuition de Lacan ..1 Infos pratiques ..1 Entretien avec Claudio Strinati .2 Alexandrie ..4 Num ro 5 D cembre 2010 Directeur de publicationJean-Daniel MatetDirectrice de la r dactionAnne-Charlotte GauthierEquipe r dactionnelleDominique Chauvin, Sophie Gayard, Nathalie Jaudel, Caro-lina Koretzky, Oma ra Mese-guer, Claude Quenardel, Herbert Wachsberger (conseiller de la bi-blioth que)Conception graphiqueThierry pratiquesLa biblioth que de l ECF, 1 rue Huysmans, 75006 Paris, est ouverte tous, lecture sur place, du lundi au samedi : zLundii et vendredi : 13h-18h zMardi, mercredi, jeudi : 10h-18h zSamedi : 10h-17hAttention.
2 La biblioth que sera ferm e du mercredi 22 d cembre 2010 au soir au lundi 3 janvier 2011 Athos99 Num ro sp cial Colofon L intuition de Lacan propos d un tableau de BramantinoLe trenti me num ro de Colofon, revue des biblioth ques de la FIBOL, dit e simultan ment des deux c t s de l Atlantique, en langue espagnole, depuis 1991, vient de para tre. cette occasion, BABEL lui consacre un num ro sp remercie Judith Miller et le comit de r daction de Colofon1 de lui avoir permis de diffuser en fran ais le passionnant entretien r alis par notre coll gue de la SLP, Laura Rizzo, avec Claudio Strinati, autour d un tableau de Bramantino voqu par Lacan dans Le s minaire de Caracas en 1980.
3 Cet entretien exceptionnel, diffus en contrepoint de la parution du n 30 de Colofon, est une belle mani re d introduire au th me principal de ce num ro, qui fait son titre : F minit s .Cette nigmatique Madone aux tours, qui se trouve la Biblioteca Ambro-siana Milan, fait la couverture de Colofon n 30. Elle a suscit la curio-sit d Anne Goalabr qui a traduit cet entretien ; nous vous livrons ses r -flexions. Et nous vous rappelons que tous les num ros de Colofon peuvent tre consult s la biblioth que, rue Directrice de publication : Judith Miller. Comit de r daction : Adriana Testa (Buenos Aires), Jes s Ambel (Granada), Uxio Castro (Vigo), Juana Planells (Valencia), Gracia Vis-casillas (Zaragoza), Liana Velado (A Coru a), Esperanza Molledo (Madrid), Maria Cris-tina Giraldo (Medellin), Esmeralda Miras (Buenos Aires), Diana Antebi (Buenos Aires), Gis le Ringuelet (La Plata).
4 Entretien avec Claudio Strinati pour Colofon, Rome, le 11 novembre 2010, par Laura Cecilia Rizzo, SLPC laudio Strinati est un historien et critique d art renomm . Pendant vingt ans Soprintendente Speciale per il Polo Museale Romano, il est actuellement Dirigente Generale presso il Ministero per i Beni e le Attivit Culturali. Il a r cem-ment t commissaire de la magnifique exposition Caravage organis e aux curies du Palais du Quirinal Rizzo : J ai le plaisir de saluer, au nom de Colofon, le professeur Claudio Strinati. Je le remercie de nous faire le plaisir de participer au prochain num ro de cette publication. Nous sommes anim s d une grande curiosit : un tableau a longtemps trott dans la t te de Lacan.
5 Il l voque l occasion du S minaire qu il a donn Caracas en 1980, un an avant sa mort. Nous voulons parler du tableau de la Madone aux tours, de Bramantino, que Judith Miller a choisi en illustration de la couverture du num ro 30 de la revue de la FIBOL sur le th me de F minit s .Claudio Strinati : Je f licite Colofon du choix de cette uvre pour la splendide couverture de ce num ro. J ai bien compris que F minit s s entend au pluriel. Nous pourrions commencer par une br ve description de La Madone des tours de Bartolomeo Suardi, plus connu sous le nom de Bramantino, n vers 1465 et mort en 1530. Comme vous le savez, il s agit d une peinture a tempera et l huile sur bois, de 122 x 157 cm, conserv e la Pinacoth que Ambrosiana de Milan.
6 Elle est galement connue sous le titre de Triptyque de Saint-Michel et Bramantino l aurait peinte vers 1518, donc dans sa pleine maturit , bien qu aucun document ne certifie cette date. Cette uvre a connu un destin complexe et myst rieux. On l appelle triptyque parce qu elle tait con ue au d part en trois parties. Puis elle a t modifi e et, pour des raisons inconnues, enti rement refaite par Bramantino lui-m me. Du point de vue iconographique c est une uvre pleine d nigmes, on peut dire que c est un v ritable myst re. D abord, la Madone tend Saint Ambroise une sorte de rameau que certains ont interpr t comme tant une palme symbole du martyre mais Saint Ambroise, protecteur de Milan, ne fut pas martyr et il n est pas non plus certain qu il s agisse d une palme.
7 Pour moi, c est une th se que j exclurai m me totalement. En outre, on n avait jamais vu aucune repr sentation comme ce nu couch dans le coin gauche : cela serait l h r tique Arius terrass par Saint Ambroise ; l oppos , se trouve le c l brissime crapaud terrass par Saint Michel. Le crapaud figurerait l h r sie et le p ch . En effet, on en trouve l image chez d autres artistes du Cinquecento, surtout de l aire germanique m me s il n y est pas en vidence comme ici, ni d une telle dimension , pour signifier le mal et l h r sie. En substance, cela devrait donc tre le D mon. Il semble, ensuite, que les deux anges de chaque c t de la Vierge aient t ajou-t s post rieurement par Bramantino lui-m me.
8 Une autre nigme de ce tableau est l aspect viril de la Vierge : de nombreux sp cialistes se sont interrog s sur ce point, sans y trouver de r ponse R. : C est cela m me qui intrigue Lacan. Ce qui l impressionne dans ce tableau, comme lui-m me l indique dans son S minaire de Caracas, c est que sur le visage de la Madone, de la Vierge l Enfant, on distingue comme l ombre d une barbe. Moyennant quoi elle ressemble son Fils, tel qu on le peint adulte. C. S. : Cet aspect un peu viril de la Vierge a t not par plusieurs sp cialistes. Mais Lacan, lui, a l impression de voir comme l ombre d une barbe ; perception suggestive que je d signerai comme son intuition. Le Christ est repr sent dans l art pictural avec une barbe, c est vrai.
9 Mais il est vraiment difficile d imaginer que Bramantino supposer qu il ait r ellement voulu sugg rer une barbe sur le visage de la Madone , ait consciemment et volon-tairement cr cette On per oit sur la Madone aux tours un voile d ombre qui pourrait tre interpr t comme le voile d une barbe : il y a une interpr tation qui n annule pas la suggestive intuition de Lacan. Il est possible, en effet, que Bra-mantino peintre se soit inspir d images tr s connues en Occident, d nomm es Vierges Noires, images sacr es tr s anciennes, tr s v n r es dans certaines traditions d Europe centrale surtout mais pas seulement , telles que par exemple en Pologne la Vierge Noire de Czestochowa, en Italie la Vierge Noire de Loreto, et m me aux les Canaries la Vierge Noire de Tenerife.
10 Ces repr sentations puisent leur origine dans l art byzantin ; il existe un type de Vierge dite Odighitria, n Byzance pr cis ment, qui selon une pieuse tradition, voque la premi re image de la Vierge Marie peinte par l vang liste Saint Luc l aube du christianisme. Cette antique technique byzantine a tendance obscurcir l piderme. La tradition en fut propag e et d fendue par les Templiers qui suivaient la doctrine de Saint Bernard de Clairvaux. Selon cette doctrine, la Vierge Marie est de couleur sombre telle qu est d crite, dans le Can-tique des cantiques, une femme d finie dans le texte latin comme nigra sed formosa , qui serait une pr figuration de la Vierge. Cette femme brune serait en lien avec l image de la d esse gyptienne Isis, videmment de couleur sombre et depuis toujours consid r e comme pr figuration de la Vierge.