Transcription of SEQUENCE N°2 : Olympe de Gouges, Déclaration des droits …
1 1 SEQUENCE N 2 : Olympe de Gouges, D claration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791. Etude lin aire 6 : Louise Lab , Ep tre d dicatoire Cl mence de Bourges, 1555. Adaptation en fran ais moderne par Sylvie Dauvin. De Lyon, ce 24 juillet 1555. tant le temps venu, Mademoiselle, que les s v res lois des hommes n emp chent plus les femmes de s appliquer aux sciences et disciplines, il me semble que celles qui en ont la commodit 1, doivent employer cette honn te libert que notre sexe 5 a autrefois tant d sir e, les apprendre et doivent montrer aux hommes le tort qu ils nous faisaient en nous privant du bien et de l honneur qui nous en pouvait venir. Et si quelqu une parvient au point de pouvoir mettre ses conceptions par crit, elle doit le faire soigneusement et non d daigner la gloire, et s en parer plut t que de cha nes, anneaux et somptueux habits, lesquels nous ne pouvons vraiment 10 estimer n tres que par usage.
2 Mais l honneur que la science nous procurera sera enti rement n tre ; et elle ne pourra nous tre t e ni par finesse de larron2 ni par force d ennemis, ni par longueur de temps. Si j avais t tellement favoris e des Cieux, que d avoir l esprit assez grand pour comprendre ce dont il a eu envie, je servirais en cet endroit plus d exemple que de conseil3. 15 Mais ayant pass une partie de ma jeunesse l exercice de la musique, et ce qui m est rest de temps l ayant trouv court pour la rudesse de mon intelligence, et ne pouvant de moi-m me satisfaire au bon vouloir que je porte notre sexe, de le voir non en beaut seulement, mais en science et en vertu passer ou galer les hommes, je ne puis faire autre chose que prier les vertueuses dames d lever un 20 peu leurs esprits par-dessus leurs quenouilles et fuseaux, et s employer faire comprendre au monde que si nous ne sommes [pas] faites pour commander, nous n en devons pas pour autant tre d daign es pour compagnes tant dans les affaires domestiques que publiques, de ceux qui gouvernent et se font ob ir.
3 1 La facilit et l occasion. 2 Voleur. 3 La phrase exprime un irr el du pass : Louise Lab aurait aim servir d exemple aux femmes et non pas leur donner seulement des conseils. 2 Etude lin aire 7 : Olympe de Gouges, D claration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791. Homme, es-tu capable d tre juste ? Homme, es-tu capable d tre juste ? C est une femme qui t en fait la question ; tu ne lui teras pas du moins ce droit . Dis-moi ? qui t a donn le souverain empire4 d opprimer mon sexe ? ta force ? tes talents ? Observe le cr ateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l oses, l exemple de cet empire 5 tyrannique. Remonte aux animaux, consulte les l ments, tudie les v g taux, jette enfin un coup d il sur toutes les modifications de la mati re organis e ; et rends-toi l vidence quand je t en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu le peux, les sexes dans l administration de la nature.
4 Partout 10 tu les trouveras confondus, partout ils coop rent avec un ensemble harmonieux ce chef-d uvre immortel. L homme seul s est fagot 5 un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursoufl 6 de sciences et d g n r , dans ce si cle de lumi res et de sagacit 7, dans l ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe 15 qui a re u toutes les facult s intellectuelles ; il pr tend jouir8 de la R volution, et r clamer ses droits l galit , pour ne rien dire de plus. 4 Empire : domination de quelqu un, autorit . 5 S est fagot : s est fabriqu la h te (p joratif). 6 Boursoufl : enfl , gonfl . 7 Sagacit : finesse d esprit. 8 Jouir : b n ficier, profiter de. 3 Etude lin aire 8 : Olympe de Gouges, D claration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791. Postambule, depuis le d but jusqu le vouloir . Femme, r veille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits .
5 Le puissant empire de la nature n'est plus environn de pr jug s, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la v rit a dissip tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multipli ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. 5 Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d' tre aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la r volution ? Un m pris plus marqu , un d dain plus signal . Dans les si cles de corruption vous n'avez r gn que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est d truit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de 10 l'homme ; la r clamation de votre patrimoine, fond e sur les sages d crets de la nature. Qu'auriez-vous redouter pour une si belle entreprise ?
6 Le bon mot du l gislateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos L gislateurs fran ais, correcteurs de cette morale longtemps accroch e aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous r p tent : Femmes, qu'y a-t-il de commun 15 entre vous et nous ? Tout , auriez-vous r pondre. S'ils s'obstinaient, dans leur faiblesse, mettre cette incons quence en contradiction avec leurs principes, opposez courageusement la force de la raison aux vaines pr tentions de sup riorit ; r unissez-vous sous les tendards de la philosophie ; d ployez toute l' nergie de votre caract re, et vous verrez bient t ces orgueilleux, non serviles adorateurs 20 rampant vos pieds, mais fiers de partager avec vous les tr sors de l'Etre supr me. Quelles que soient les barri res que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu' le vouloir.
7 4 Etude lin aire 9 : Olympe de Gouges, D claration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791. Postambule, depuis quelles lois jusqu la fin. Quelles lois reste-t-il donc faire pour extirper le vice jusque dans la racine ? Celle du partage des fortunes entre les hommes et les femmes, et de l'administration publique. On con oit ais ment que celle qui est n e d'une famille riche gagne beaucoup avec l' galit des partages. Mais celle qui est n e d'une famille pauvre, avec du m rite et des vertus, quel est son lot ? La pauvret et l'opprobre. Si elle 5 n'excelle pas pr cis ment en musique ou en peinture, elle ne peut tre admise aucune fonction publique, quand elle en aurait toute la capacit . Je ne veux donner qu'un aper u des choses, je les approfondirai dans la nouvelle dition de tous mes ouvrages politiques, que je me propose de donner au public dans quelques jours, avec des notes.
8 10 Je reprends mon texte quant aux m urs. Le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour. La femme mari e peut impun ment donner des b tards son mari, et la fortune qui ne leur appartient pas. Celle qui ne l'est pas n'a qu'un faible droit : les lois anciennes et inhumaines lui refusaient ce droit sur le nom et sur le bien de leur p re pour ses enfants, et l'on n'a pas fait de nouvelles lois sur 15 cette mati re. Si tenter de donner mon sexe une consistance honorable et juste est consid r dans ce moment comme un paradoxe de ma part, et comme tenter l'impossible, je laisse aux hommes venir la gloire de traiter cette mati re ; mais, en attendant, on peut la pr parer par l' ducation nationale, par la restauration des m urs et par les conventions 5 Commentaire litt raire : Marie de Gournay, Egalit des hommes et des femmes, 1622. 6 Lecture cursive : Olympe de Gouges, D claration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791.
9 Pr ambule, Articles 1 et 2. Les m res, les filles, les s urs, repr sentantes de la nation, demandent d' tre constitu es en Assembl e nationale. Consid rant que l'ignorance, l'oubli ou le m pris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont r solu d'exposer dans une d claration solennelle, les droits naturels inali nables et sacr s de la femme, afin que cette d claration, constamment pr sente tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes, pouvant tre chaque instant compar s avec le but de toute institution politique, en soient plus respect s, afin que les r clamations des citoyennes, fond es d sormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes m urs, et au bonheur de tous.
10 En cons quence, le sexe sup rieur, en beaut comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconna t et d clare, en pr sence et sous les auspices de l' tre supr me, les droits suivants de la Femme et de la Citoyenne. Article premier. La Femme na t libre et demeure gale l'homme en droits . Les distinctions sociales ne peuvent tre fond es que sur l'utilit commune. Article 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme. Ces droits sont la libert , la propri t , la s ret , et surtout la r sistance l'oppression.