Transcription of Travail et technologie - IMF
1 Travail et 16 Finances & D veloppement Mars 2015 Les nouvelles technologies ne remplacent pas compl tement les travailleurs : elles les replacent James BessenDANS le centre de distribution Quiet Logistics, situ au nord de Boston, un robot soul ve une palette et la transporte travers l entrep t jusqu un poste de Travail . L , un employ choisit un produit et le place dans un carton de livraison. Chaque robot fait le Travail d un humain et robots et d autres technologies transfor-ment les cha nes logistiques, suivant les produits de la source jusqu au consommateur, r duisant les d lais et les co ts de livraison, automatisant les t ches administratives, etc. Mais suppriment-t-ils la n cessit du Travail humain, au risque de cr er un ch mage technologique persistant?Curieusement, les gestionnaires d entrep ts et d autres parties de la cha ne logistique d clarent avoir des difficult s recruter assez de salari s, du moins des salari s capables d employer les nouvelles technologies.
2 De plus, ils pensent que cette p nurie de personnel qualifi persistera pendant une dizaine d ann que les nouvelles machines intelligentes changent radicalement la nature du Travail , la question est de savoir comment. De nouvelles technologies bas es sur l intelligence artificielle accomplissent les t ches des travailleurs des entrep ts, mais aussi de cols blancs et de cadres ou de professions lib rales. Les distributeurs automatiques de billets (DAB) remplacent les caissiers des banques, tandis que des logiciels sp cialis s automatisent le Travail des comp-tables. D sormais, les ordinateurs peuvent diagnostiquer un cancer du sein au vu de radios et pr voir les taux de survie au moins aussi bien que le radiologue est-ce que cela signifie pour l emploi et les salaires? Les nouvelles technologies peuvent supprimer compl tement des emplois, mais aussi cr er une demande pour de nouvelles comp tences et de nouveaux m tiers.
3 Soit les nouvelles machines remplacent les travailleurs, soit elles ne font que les replacer dans des activit s diff rentes exigeant de nouvelles qualifications. Dans le pass , il a fallu parfois des d cennies pour mettre en place les structures de formation et les march s du Travail n cessaires la g n ralisation de nouvelles qualifications gouvernements ont besoin de savoir com-ment voluera la technologie . Si elle remplace les travailleurs, ils devront faire face une aggra-vation constante du ch mage et des in galit s. Mais si le principal probl me est le replacement, il leur faut surtout doter la main-d uvre de nouvelles sp cialisations. Ces deux probl mes appellent des solutions tr s diff la crainte d une extension du ch mage technologique, les donn es montrent qu ac-technologieFinances & D veloppement Mars 2015 17tuellement la technologie replace surtout les travailleurs sans les remplacer compl tement. Parmi les principales cat gories d activit s, seuls les emplois industriels ne cessent de dispara tre dans les pays d velopp s et ces pertes sont compens es par l essor d autres activit , tout ne va pas bien pour le monde du Travail .
4 Les salaires moyens stagnent et les employeurs disent prouver des difficult s embaucher du personnel dot des comp tences techniques appropri es. En cr ant de nouvelles possibilit s, la technique suscite aussi de nouvelles demandes et les organismes de formation sont lents s adapter. Bien que certains cono-mistes nient la p nurie de travailleurs dot s des qualifications requises, les donn es mentionn es ci-dessous laissent penser que la formation d une main-d uvre ayant les connaissances n cessaires l usage des nouvelles technologies est un vrai d fi. Jusqu ce que ces organismes et les march s du Travail se mettent niveau, les avantages des technologies de l information seront limit s et peu partag ch mageJe m int resse l informatique parce que cette technologie a en-tra n des changements consid rables pour une grande partie de la main-d uvre. En voyant l informatique automatiser les t ches, certains concluent que le ch mage d origine technologique est in vitable.
5 Une tude r cente (Frey et Osborne, 2013) examine comment les ordinateurs peuvent exercer diverses fonctions. Elle conclut qu aux tats-Unis, 47 % des emplois se trouvent dans des activit s risquant d tre automatis es d ici une dizaine d ann es. Cela signifie-t-il que pr s de la moiti des emplois vont dispara tre?Probablement pas. Ce n est pas parce que les ordinateurs peuvent accomplir certains travaux que des emplois seront supprim s. L exemple des employ s de banque le montre. Les premiers DAB ont t install s aux tats-Unis et dans d autres pays d velopp s dans les ann es 70. Ils effectuent certaines des t ches les plus courantes, par exemple remettre des billets et recevoir des d p ts. partir du milieu des ann es 90, ils se sont multipli s; rien qu aux tats-Unis, il y en a plus de aujourd que l on s attendrait ce que cela ait d cim les rangs des employ s de banque, leur nombre n a pas diminu (graphique 1). Deux facteurs se sont conjugu s pour les pr abord, les DAB ont fait augmenter la demande d employ s en r duisant le co t d exploitation des agences.
6 Gr ce eux, l ef-fectif n cessaire pour g rer une agence dans une ville moyenne est pass de 20 13 de 1988 2004. Les banques ont r agi en ouvrant de nouvelles agences pour tenter d augmenter leurs parts de march . Leur nombre s est accru de 43 % en milieu urbain. Chacune a besoin de moins d employ s, mais leur multiplication a emp ch les suppressions d , si les DAB ont automatis certaines t ches, le reste a t valoris . Les banques s effor ant d augmenter leurs parts de march , les employ s sont devenus un l ment important de la relation bancaire . Les besoins de nombreux clients, notamment ceux des PME, ne peuvent tre trait s par des machines. Les employ s qui nouent un rapport personnel avec la client le peuvent la diriger vers des services et des produits financiers marge lev e. Leurs qualifications ont volu : la manipulation d esp ces a perdu de son importance au profit de l interaction bref, la r action conomique l automatisation du Travail des employ s de banque a t bien plus dynamique que ce que beaucoup auraient anticip , et ce n est pas nouveau.
7 Pendant la r volution industrielle, la m canisation n a pas engendr un ch mage technologique massif. Au XIXe si cle, par exemple, les m tiers tisser ont automatis 98 % du Travail n cessaire produire un m tre de tissu. Or, le nombre de tisseurs dans les fabriques a progress . La baisse du co t unitaire a entra n celle des prix sur des march s concurrentiels; cette derni re a stimul fortement la demande de tissu, ce qui a accru la demande de tisseurs malgr la baisse du contenu en main-d uvre de la production. En outre, si la technologie a automatis de plus en plus la fabrication, les autres qualifications des tisseurs, par exemple celles n cessaires pour coordonner plusieurs postes de Travail , se sont de plus en plus valoris es. la fin du XIXe si cle, leurs salaires augment rent beaucoup comparativement ceux des autres dynamique de r action de l conomie prend aussi d autres formes. De nouveaux emplois sont parfois cr s dans des acti-vit s annexes.
8 Du fait de la PAO, il y a moins de typographes, mais plus de graphistes; avec l automatisation du t l phone, il y a moins d op rateurs, mais davantage de r ceptionnistes qui assurent le Travail d interaction effectu auparavant par les op rateurs. Dans chaque cas, les nouveaux emplois exigent des qualifications nouvelles et diff rentes. Ils peuvent tre cr s dans des secteurs compl tement distincts. Ainsi, parall lement la disparition des agriculteurs, de nouveaux emplois sont apparus dans l industrie et les informatisation n entra ne donc pas n cessairement un ch -mage technologique imminent et massif; une nouvelle technologie peut faire augmenter la demande de travailleurs dot s de nouvelles qualifications. Si on veut mesurer l effet r el de l informatique sur l emploi total, il faut examiner les principales cat gories d activit s de fa on appr hender l effet net d un d placement des emplois vers des activit s graphique 2 montre le taux de croissance des emplois dans cinq grandes cat gories professionnelles, class es par ordre d crois-sant d informatisation; dans chacune des trois premi res, plus de Bessen, corrected, 1/20/2015 Graphique 1 Distributeur d emplois Aux tats-Unis, malgr un nombre croissant de DAB, le nombre d employ s de banque n a pas baiss.
9 (milliers)Sources : Ruggles et al., Integrated Public Use Microdata Series: Version ; Bureau of Labor Statistics, Occupational Employment Survey; Banque des r glements internationaux, Comit sur les syst mes de paiement et de r glement, publications 80 90 2000 10 Employ s de banqueNombre de DAB0100200300400500600700 EMPLOI18 Finances & D veloppement Mars 2015la moiti des salari s utilisaient des ordinateurs en 2001. Dans toutes trois, l emploi a augment plus vite que la population active totale. Si l informatisation a donc entra n des suppressions d emplois dans certaines fonctions, l effet net sur ces grandes cat gories n a pas t un ch mage technologique. Il n y a eu perte nette d emplois que dans l industrie (5 millions en trente ans). Mais la croissance de l emploi dans le reste de l conomie l a compens , trente ans apr s l av nement de l ordinateur personnel, la technologie n a pas, en g n ral, vinc les travailleurs.
10 Toutefois, cela pourrait bient t changer. Selon certains, comme l crivain de science fiction Vernor Vinge galement ancien professeur de math matiques et informaticien de haut niveau , la singu-larit technologique est proche. D ici une dizaine d ann es, les ordinateurs deviendront plus intelligents que les humains et la technologie remplacera vraiment le Travail humain tr s grande chelle. Ils ont peut- tre raison, mais de nombreux experts en informatique restent de nouvelles technologies remplaceront certainement davan-tage de t ches effectu es par les humains, de nombreuses qualit s humaines garderont leur importance commerciale. Certes, les ordinateurs peuvent composer des portefeuilles d actions, mais les conseillers financiers rassurent quand les march s baissent. Les ordinateurs peuvent recommander l achat de produits, mais les vendeurs comprennent les besoins des consommateurs et peuvent garantir que des incidents impr vus seront trait s correctement.