Transcription of Théorie keynésienne : le rôle de la monnaie - …
1 Francis Malherbe 1 Th orie keyn sienne : le r le de la monnaie Le r le de la monnaie Toute la th orie keyn sienne repose sur la prise en compte de l'existence de la monnaie . Si la monnaie n'existait pas, les m nages devraient percevoir les revenus que leur versent les entreprises sous forme de biens et services. Leur seule libert consisterait alors, au mieux, choisir, en faisant jouer la loi de l'offre et de la demande par le troc, entre des biens de consommation et des biens d'investissement, c'est- -dire entre une consommation pr sente et une consommation ult rieure.
2 C'est l'optique retenue par les conomistes classiques qui cherchaient liminer toute illusion mon taire de l'analyse conomique. Les m nages ne sont pas oblig s de d penser tout leur revenu Mais les m nages ne re oivent pas leur revenu sous forme de biens et services, ils le re oivent sous forme de monnaie . Cela change tout car cela donne aux m nages la possibilit de d terminer, au niveau global, leur revenu. Les m nages peuvent utiliser la monnaie qu'ils d tiennent pour : acheter des biens de consommation ; acheter des titres mis par les entreprise ; conserver de la monnaie .
3 Keynes remarque qu'il y a une diff rence fondamentale entre acheter des biens de consommation et acheter des titres : la consommation de biens correspond une destruction de valeur, c'est- -dire pour le m nage une baisse de son patrimoine ; l'achat de titres ne porte pas atteinte au patrimoine du m nage car le titre n'est pas d truit lors de son achat, au contraire il correspond, comme la monnaie , une r serve de valeur. Ainsi, Keynes constate que, pour comprendre le comportement des m nages, il faut tenir compte de leur patrimoine. Francis Malherbe 2 Aussi, si nous supposons que leur patrimoine est compos uniquement de monnaie et de titres, les m nages doivent prendre deux d cisions : arbitrer entre leur consommation et la valeur de leur patrimoine ; d cider de la composition de leur patrimoine en arbitrant entre monnaie et titres.
4 Keynes consid re que les m nages ne d terminent pas leurs d penses en fonction de la monnaie qu'ils d tiennent mais principalement en fonction de leur revenu. Celui-ci est r parti selon des proportions relativement stables au cours du temps entre consommation et pargne. Comme, au niveau macro conomique, l' pargne des m nages est strictement d termin e par l'investissement des entreprises, la fonction de consommation lie le revenu l'investissement, les m nages deviennent donc d pendants des d cisions des entreprises.
5 Le fait que les m nages peuvent influencer l'investissement des entreprises en jouant sur leur offre de titres ne supprime pas leur d pendance car rien ne peut obliger les entreprises investir. Or, si les entreprises ne veulent ou ne peuvent investir, l' pargne des m nages est n cessairement nulle quelles que soient leurs d cisions et la consommation tombe son niveau minimal. Le r le de la monnaie peut tre illustr par le sch ma suivant qui introduit dans le circuit conomique le march des titres. Dans ce sch ma seuls les flux mon taires sont repr sent s.
6 Francis Malherbe 3 Les m nages interviennent sur le march des biens de consommation et sur celui des titres. chacun de ces deux march s correspond de la monnaie que les m nages peuvent d cider soit de conserver soit de faire circuler pour r aliser leurs transactions. Une accumulation de monnaie sur l'un de ces march s r duit la monnaie en circulation, ce qui se traduit par une baisse de l'activit . Flux et stocks Pour comprendre la logique du mod le keyn sien, il est essentiel de distinguer clairement entre les d cisions qui portent sur des flux et celles qui portent sur des stocks.
7 Pour cela, le mieux est de reprendre l'ordre logique de la s quence des op rations. l'origine, les entreprises doivent commencer par se procurer de la monnaie avant de pouvoir commencer produire. Elles vont donc mettre des titres, plus pr cis ment des titres court terme pour financer la production qu'elles pourront vendre rapidement et des titres long terme pour financer leur investissement. Ces titres peuvent tre acquis par les banques et les m nages. N gligeons, pour l'instant, le r le des banques et pla ons-nous du point de vue des m nages.
8 Ils disposent d j de monnaie et de titres qu'ils ont acquis au cours des p riodes pr c dentes. Au moment o les entreprises leur proposent des nouveaux titres, les m nages vont prendre une d cision bas e sur l'analyse de leur patrimoine, une d cision d'achat de titres se traduisant pour eux par une modification de la structure de leur patrimoine au profit des titres et au d triment de la monnaie , mais cette d cision n'a aucun impact sur la valeur globale de leur patrimoine. Ainsi, la d cision d'achat de titres est-elle une d cision qui ne concerne que la structure du patrimoine, c'est- -dire une d cision qui porte sur des stocks.
9 Inversement, la d cision de consommer est une d cision qui porte sur des flux, par exemple la consommation pendant un mois. Ainsi, en fonction de leurs revenus escompt s et de leurs habitudes de consommation, les m nages vont tablir des budgets de consommation et s'y tenir si leurs pr visions de revenus se r alisent. La d cision d'achat de titres ne concerne que la structure du patrimoine, c'est une d cision qui porte sur des stocks La d cision de consommer est une d cision qui porte sur des flux Francis Malherbe 4 Les d cisions des m nages en tant que consommateurs ou en tant qu'investisseurs financiers sont donc prises selon des logiques radicalement diff rentes, presque ind pendantes.
10 Il n'y a, par cons quent, pratiquement aucun lien entre la demande des m nages en produits de consommation et leur demande en titres. Concr tement, une hausse de la demande en biens et services se traduira par une augmentation de la production, donc du revenu, et non par une baisse de la demande de titres. La d termination du taux d'int r t Pour Keynes, l'int r t repr sente la r mun ration n cessaire pour qu'un agent conomique accepte de se dessaisir de la monnaie qu'il d tient pendant un certain temps. Il tudie donc les raisons qui peuvent pousser un agent conomique d tenir de la richesse sous forme de monnaie et il en d finit quatre : le motif de revenu qui provient de l'intervalle entre l'encaissement et le d caissement du revenu ; le motif professionnel qui s'explique par le d calage entre le paiement des frais professionnels et le produit de la vente ; le motif de pr caution qui correspond au souci de parer aux ventualit s exigeant une d pense soudaine ; le motif de sp culation.