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PAUVRE PETIT GARÇON

PAUVRE PETIT GAR ON ! COMME d'habitude, Mme Klara emmena son PETIT gar on, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il tait environ trois heures. La saison n' tait ni belle ni mauvaise, le soleil jouait cache-cache et le vent soufflait de temps autre, port par le fleuve. On ne pouvait pas dire non plus de cet entant qu'il tait beau, au contraire, il tait plut t pitoyable m me, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades 5 de jeu, pour se moquer de lui, l'appelaient Laitue. Mais d'habitude les enfants au teint p le ont en compensation d'immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression path tique.

confia une mission de grande responsabilité : il commanderait l'avant-garde. Ils lui donnèrent 75 comme escorte deux bambins à l'air sournois armés de fronde et ils l'expédièrent en tête de l'armée, avec l'ordre de sonder le passage. Walter et les autres lui souriaient avec gentillesse. D'une façon presque excessive,

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Transcription of PAUVRE PETIT GARÇON

1 PAUVRE PETIT GAR ON ! COMME d'habitude, Mme Klara emmena son PETIT gar on, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il tait environ trois heures. La saison n' tait ni belle ni mauvaise, le soleil jouait cache-cache et le vent soufflait de temps autre, port par le fleuve. On ne pouvait pas dire non plus de cet entant qu'il tait beau, au contraire, il tait plut t pitoyable m me, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades 5 de jeu, pour se moquer de lui, l'appelaient Laitue. Mais d'habitude les enfants au teint p le ont en compensation d'immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression path tique.

2 Ce n' tait pas le cas de Dolfi ; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalit . Ce jour-l , le bambin surnomm Laitue avait un fusil tout neuf qui tirait m me de petites 10 cartouches, inoffensives bien s r, mais c'etait quand m me un fusil ! Il ne se mit pas jouer avec les autres enfants car d'ordinaire ils le tracassaient, alors il pr f rait rester tout seul dans son coin, m me sans jouer. Parce que les animaux qui. ignorent la souffrance de la solitude sont capables de s'amuser tout seuls, mais l'homme au contraire n'y arrive pas et s'il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s'empare de lui.

3 15 Pourtant quand les autres gamins passaient devant lui, Dolfi paulait son fusil et faisait semblant de tirer, mais sans animosit , c' tait plut t une invitation, comme s'il avait voulu leur dire : Tiens, tu vois, moi aussi aujourd'hui j'ai un fusil. Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de jouer avec vous ? Les autres enfants parpill s dans l'all e remarqu rent bien le nouveau fusil de Dolfi. C' tait un jouet de quatre sous mais il tait flambant neuf et 20 puis il tait diff rent des leurs et cela suffisait pour susciter leur curiosit et leur envie.

4 L'un d'eux dit : H ! vous autres ! vous avez vu la Laitue, le fusil qu'il a aujourd'hui ? Un autre dit : La Laitue a apport son fusil seulement pour nous le faire voir et nous faire bisquer 25 mais il ne jouera pas avec nous. D'ailleurs il ne sait m me pas jouer tout seul. La Laitue est un cochon. Et puis son fusil, c'est de la camelote ! . Il ne joue pas parce qu'il a peur de nous , dit un troisi me. Et celui qui avait parl avant : Peut- tre, mais n'emp che que c'est un d go tant ! 30 Mme Klara tait assise sur un banc, occup e tricoter, et le soleil la nimbait d'un halo.

5 Son PETIT gar on tait assis, b tement d s uvr , c t d elle, il n'osait pas se risquer dans l'all e avec son fusil et il le manipulait avec maladresse. Il tait environ trois heures et dans les arbres de nombreux oiseaux inconnus faisaient un tapage invraisemblable, signe peut- tre que le cr puscule approchait. 35 Allons, Dolfi, va jouer, l'encourageait Mme Klara, sans lever les yeux de son travail. - Jouer avec qui ? - Mais avec les autres petits gar ons, voyons ! vous tes tous amis, non ? - Non, on n'est pas amis, disait Dolfi. Quand je vais jouer ils se moquent de moi.

6 - Tu dis cela parce qu'ils t'appellent Laitue ? 40 - Je veux pas qu'ils m'appellent Laitue ! - Pourtant moi je trouve que c'est un joli nom. A ta place, je ne me f cherais pas pour si peu. Mais lui, obstin : Je veux pas qu'on m'appelle Laitue ! Les autres enfants jouaient habituellement la guerre et ce jour-l aussi. Dolfi avait tent 45 une fois de se joindre eux, mais aussit t ils l'avaient appel Laitue et s' taient mis rire. Ils taient presque tous blonds, lui au contraire tait brun, avec une petite m che qui lui retombait sur le front en virgule. Les autres avaient de bonnes grosses jambes, lui au contraire avait de vraies fl tes maigres et gr les.

7 Les autres couraient et sautaient comme des lapins, lui, avec sa meilleure volont , ne r ussissait pas les suivre. Ils avaient des fusils, des sabres, des frondes, 50 des arcs, des sarbacanes, des casques. Le fils de l'ing nieur Weiss avait m me une cuirasse brillante comme celle des hussards. Les autres, qui avaient pourtant le m me ge que lui, connaissaient une quantit de gros mots tr s nergiques et il n'osait pas les r p ter. Ils taient forts et lui si faible. Mais cette fois lui aussi tait venu avec un fusil. 55 C'est alors qu'apr s avoir tenu conciliabule les autres gar ons s'approch rent : Tu as un beau fusil, dit Max, le fils de l'ing nieur Weiss.

8 Fais voir. Dolfi sans le l cher laissa l'autre l'examiner. Pas mal , reconnut Max avec l'autorit d'un expert. Il portait en bandouli re une carabine air comprim qui co tait au moins vingt fois plus 60 que le fusil. Dolfi en fut tr s flatt . Avec ce fusil, toi aussi tu peux faire la guerre, dit Walter en baissant les paupi res avec condescendance. - Mais oui, avec ce fusil, tu peux tre capitaine , dit un troisi me. Et Dolfi les regardait merveill . Ils ne l'avaient pas encore appel Laitue. Il commen a 65 s'enhardir. Alors ils lui expliqu rent comment ils allaient faire la guerre ce jour-l.

9 Il y avait l'arm e du g n ral Max qui occupait la montagne et il y avait l'arm e du g n ral Walter qui tenterait de forcer le passage. Les montagnes taient en r alit deux talus herbeux recouverts de buissons ; et le passage tait constitu par une petite all e en pente. 70 Dolfi fut affect l'arm e de Walter avec le grade de capitaine. Et puis les deux formations se s par rent, chacune allant pr parer en secret ses propres plans de bataille. Pour la premi re fois, Dolfi se vit prendre au s rieux par les autres gar ons. Walter lui confia une mission de grande responsabilit : il commanderait l'avant-garde.

10 Ils lui donn rent comme escorte deux bambins l'air sournois arm s de fronde et ils l'exp di rent en t te de 75 l'arm e, avec l'ordre de sonder le passage. Walter et les autres lui souriaient avec gentillesse. D'une fa on presque excessive, Alors Dolfi se dirigea vers la petite all e qui descendait en pente rapide. Des deux c t s, les rives herbeuses avec leurs buissons. Il tait clair que les ennemis, command s par Max, avaient d tendre une embuscade en se cachant derri re les arbres. Mais on n'apercevait rien 80 de suspect. H ! capitaine Dolfi, pars imm diatement l'attaque, les autres n'ont s rement pas encore eu le temps d'arriver, ordonna Walter sur un ton confidentiel.


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