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La Machine infernaleJean CocteauDu m me auteur aux ditions Enfants terriblesEssai de critique indirecteLettre aux Am ricainsPortraits-souvenirSoixante Dessins pour les Enfants terriblesReines de la FranceJournal d'un inconnuColetteLa Corrida du 1erMaiTous droits de traductions, de reproduction et d'adaptation r serv s pour Cocteau est n le 5 juillet 1899 Maisons-Laffitte. D s son enfance, il eutle privil ge de fr quenter les meilleurs esprits de son temps chez son grand-p re, Paris, chez lequel il s' tait install apr s la mort de son p re. A dix-huit ans, uneaudition de ses po mes est organis e au th tre Femina. Le succ s est imm diat,ce qui lui vaudra d' tre re u dans les salons o il rencontre Catulle Mend s, Anna deNoailles, les Daudet, Proust, contacts avec Diaghilev l'am nent composer un argument de ballet, leDieu bleu (1912). La guerre arrive. Bien que r form d s 1914, il s'engage commeambulancier civil. Cette exp rience lui inspirera Thomas l'imposteur (1923).

il tourne son premier film, le Sang d'un poète. Le théâtre lui prend pratiquement tout son temps jusqu'en 1946 : la Machine infernale (1934), les Parents terribles (1938), Renaud et Armide (1943), l'Aigle à deux têtes (1946), etc. En 1937, il noue une amitié avec Jean Marais, qui devient son acteur fétiche et son être de prédilection. A

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1 La Machine infernaleJean CocteauDu m me auteur aux ditions Enfants terriblesEssai de critique indirecteLettre aux Am ricainsPortraits-souvenirSoixante Dessins pour les Enfants terriblesReines de la FranceJournal d'un inconnuColetteLa Corrida du 1erMaiTous droits de traductions, de reproduction et d'adaptation r serv s pour Cocteau est n le 5 juillet 1899 Maisons-Laffitte. D s son enfance, il eutle privil ge de fr quenter les meilleurs esprits de son temps chez son grand-p re, Paris, chez lequel il s' tait install apr s la mort de son p re. A dix-huit ans, uneaudition de ses po mes est organis e au th tre Femina. Le succ s est imm diat,ce qui lui vaudra d' tre re u dans les salons o il rencontre Catulle Mend s, Anna deNoailles, les Daudet, Proust, contacts avec Diaghilev l'am nent composer un argument de ballet, leDieu bleu (1912). La guerre arrive. Bien que r form d s 1914, il s'engage commeambulancier civil. Cette exp rience lui inspirera Thomas l'imposteur (1923).

2 En 1916,il rencontre Picasso et l'avant-garde : Apollinaire, Max Jacob, Reverdy, Cendrars,etc. En 1917, on donne la premi re repr sentation deParade :Cocteau a r alis leballet, Satie la musique et Picasso les d cors:ce sera un scandale. L'ann esuivante, Cocteau cr e les l gendaires Editions de la Sir ne avec Blaise d couverte de Raymond Radiguet, en 1918, est un grand moment de sonexistence. Cocteau aide le jeune homme mettre au point ses manuscrits, puisdevient son intime. Leur amiti durera peu de temps : l'auteur duDiable au corpsdispara t en 1923. La mort de son ami plongera Cocteau dans une profonded pression, il s'adonnera l'opium et, sous l'influence de Jacques Maritain, serapprochera du catholicisme. En 1926, il compose dipus Rexpour Stravinski. En1929, il critles Enfants terriblesen pleine cure de d sintoxication. L'ann e suivante,il tourne son premier film,le Sang d'un po th tre lui prend pratiquement toutson temps jusqu'en 1946 :la Machine infernale (1934), les Parents terribles (1938),Renaud et Armide(1943),l'Aigle deux t tes(1946), etc.

3 En 1937, il noue uneamiti avec Jean Marais, qui devient son acteur f tiche et son tre de pr dilection. Apartir de 1943, Cocteau r alise de nombreux films: l'Eternel retour(1943),la Belle etla B te(1945),Ruy Blas(1948),Orph e(1950).. sans abandonner la po sie(Crucifixion, Appogiatures, Clair-Obscur).Ses multiples occupations (expositions depeintures, de c ramiques, d coration de ) ne l'emp chent pas de produiredeux petits chefs-d' uvre en prose: la Difficult d' tre(1947)et Journal d'uninconnu(1952). En 1955, il est lu l'Acad mie fran aise. Un an avant sa mort, cevirtuose crit l'un de ses plus beaux po mes s' teint le m me jourqu'Edith Piaf, son amie, le 11 octobre 1963. Cocteau est un cas unique auXXesi cle,personne n'a autant marqu que lui la fois le th tre, la litt rature et lecin la Machine infernale ,pi ce en 4 actes repr sent e pour la premi re fois le10 avril 1934 Paris, Cocteau reprend et adapte l'histoire d' dipe, qui, selon l'oraclede Delphes, devait tuer son p re, le roi de Th bes,et pouser sa m re.

4 Voulant selib rer du carcan mythologique et de la tradition (Sophocle), Cocteau utilise toute lagamme de son criture (tour tour sobre, emphatique, triviale ou classique), ilintroduit la fantaisie, la po sie au c ur du drame aust re, en lui adjoignant des l ments personnels et contemporains : le surr alisme, l'ironie, l'anachronismevolontaire. Loin de perdre de sa force, de son exemplarit , la trag die d' dipe n'endevient que plus actuelle, plus mena ante Regarde, spectateur, remont e bloc,de telle sorte que le ressort se d roule avec lenteur tout le long d'une vie humaine,une des plus parfaites machines construites par les dieux infernaux pourl'an antissement math matique d'un mortel. ditions Grasset & Fasquelle, : 978-2-246-11269-3 DEDICACE MARIE-LAURE ET CHARLES DE NOAILLESJ'ai souvent r p t qu'une chose ne pouvait la fois treetavoir l' credoperd de son exactitude lorsqu'il s'agit du th tre, sorte d'enchantement assez loucheo l'avoir l'airr gne comme le trompe-l' il sur les plafonds italiens.

5 Or, cetenchantement, personne au monde n'en exploite mieux les ressources que ChristianB rard, lorsqu'il oppose au r alisme et aux stylisations ce sens de la v rit en soi,d'une v rit qui d daigne la r alit , m thode inimitable n'ayant d'autre objectif que demettre dans le mille chaque coup. Je lui composai d'abord une d dicace dereconnaissance, mais, en somme, n'est-il pas logique de nous unir pour d dierensemble une collaboration si profonde Marie Laure et Charles de Noailles,singulier m nage d'artistes, poss dant le g nie sous sa forme la plus rare, je veuxdire le g nie du c ce point que je ne con ois gu re (mon cerveau serait-il un miroirensorcel ?) un type de beaut o il n'y ait 'ai essay plus d'une fois, comme tous mes amis, de m'enfermer dans unsyst me pour y pr cher mon aise. Mais un syst me est une esp ce Je suis revenu chercher un asile dans l'impeccable na vet.

6 C'est l quema conscience philosophique a trouv le BAUDELAIRELes dieux existent : c'est le ..Robert le FANTOME DE JEUNE SOLDAT ..Yves CHEF ..Romain MESSAGER DE CORINTHE ..Marcel BERGER DE LAIUS ..Louis PETIT GAR ON DU VOIX ..Jean ..Marthe R SPHINX ..Lucienne MATRONE ..Jeanne ..Andr e PETITE FILLE DU PEUPLE ..Vera Machine infernale a t repr sent e pour la premi re fois au th treLouis-Jouvet (Com die des Champs-Elys es) le 10 avril 1934, avec les d cors et lescostumes de Christian B VOIX Il tuera son p re. Il pousera sa m re. Pour d jouer cet oracle d'Apollon, Jocaste, reine de Th bes, abandonne sonfils, les pieds trou s et li s, sur la montagne. Un berger de Corinthe trouve lenourrisson et le porte Polybe. Polybe et M rope, roi et reine de Corinthe, selamentaient d'une couche st rile. L'enfant, respect des ours et des louves, dipe,ouPieds perc s,leur tombe du ciel.

7 Ils l' homme, dipe interroge l'oracle de dieu parle :Tu assassineras ton p re et tu pouseras ta m il fautfuir Polybe et M rope. La crainte du parricide et de l'inceste le jette vers son soir de voyage, au carrefour o les chemins de Delphes et de Daulie secroisent, il rencontre une escorte. Un cheval le bouscule ; une dispute clate ; undomestique le menace ; il riposte par un coup de b ton. Le coup se trompe d'adresseet assomme le ma tre. Ce vieillard mort est La us, roi de Th bes. Et voici le 'escorte craignant une embuscade a pris le large. dipe ne se doute de rien ;il passe. Au reste, il est jeune, enthousiaste ; il a vite oubli cet une de ses haltes, on lui raconte le fl au du Sphinx. Le Sphinx, laJeune fille ail e , la Chienne qui chante , d cime la jeunesse de Th bes. Cemonstre pose une devinette et tue ceux qui ne la devinent pas. La reine Jocaste,veuve de La us, offre sa main et sa couronne au vainqueur du s' lancera le jeune Siegfried, dipe se h te.

8 La curiosit , l'ambition led vorent. La rencontre a lieu. De quelle nature, cette rencontre ? Myst re. Toujoursest-il que le jeune dipe entre Th bes en vainqueur et qu'il pouse la reine. Etvoil l' que les dieux s'amusent beaucoup, il importe que leur victime tombe dehaut. Des ann es s' coulent, prosp res. Deux filles, deux fils compliquent les nocesmonstrueuses. Le peuple aime son roi. Mais la peste clate. Les dieux accusent uncriminel anonyme d'infecter le pays et ils exigent qu'on le chasse. De recherche enrecherche et comme enivr de malheur, dipe arrive au pied du mur. Le pi ge seferme. Lumi re est faite. Avec son charpe rouge Jocaste se pend. Avec la broched'or de la femme pendue, dipe se cr ve les , spectateur, remont e bloc, de telle sorte que le ressort se d rouleavec lenteur tout le long d'une vie humaine, une des plus parfaites machinesconstruites par les dieux infernaux pour l'an antissement math matique d'un PREMIERLe fant meUn chemin de ronde sur les remparts de Th bes.

9 Hautes murailles. Nuitd'orage. Eclairs de chaleur. On entend le tam-tam et les musiques du JEUNE SOLDATIls s'amusent !LE SOLDATIls JEUNE SOLDATE nfin, quoi, ils dansent toute la SOLDATIls ne peuvent pas dormir, alors, ils JEUNE SOLDATC'est gal, ils se so lent et ils font l'amour et ils passent la nuit dans les bo tes,pendant que je me prom ne de long en large avec toi. Eh bien, moi je n'en peuxplus ! Je n'en peux plus ! Je n'en peux plus ! Voil , c'est simple, c'est clair : Je n'enpeux SOLDATD JEUNE SOLDATNon, non. Ma d cision est prise. Je vais m'inscrire pour aller au Sphinx !LE SOLDATPour quoi faire ?LE JEUNE SOLDATC omment, pour quoi faire ? Mais pour faire quelque chose ! Pour en finir aveccet nervement, avec cette pouvantable SOLDATEt la frousse ?LE JEUNE SOLDATQ uelle frousse ?LE SOLDATLa frousse la frousse ! J'en ai vu de plus malins que toi et de plus solidesqui l'avaient, la frousse.

10 A moins que monsieur veuille abattre le Sphinx et gagner legros JEUNE SOLDATEt pourquoi pas, apr s tout ? Le seul rescap du Sphinx est devenu idiot, si ce qu'il radote tait vrai. Suppose qu'il s'agisse d'une devinette. Suppose queje la devine. SOLDATMais ma pauvre petite vache, est-ce que tu te rends bien compte que descentaines et des centaines de types qui ont t au stade et l' cole et tout, y ontlaiss leur peau, et tu voudrais, toi, toi, pauvre petit soldat de deuxi me JEUNE SOLDATJ'irai ! J'irai, parce que je ne peux plus compter les pierres de ce mur, etentendre cette musique, et voir ta vilaine gueule tr SOLDATB ravo, h ros ! Je m'attendais cette crise de nerfs. Je la trouve plussympathique. ne pleurons l , l , l ..LE JEUNE SOLDATJe te d teste !Le soldat cogne avec sa lance contre lemur derri re le jeune soldat. Le jeune soldats' SOLDATQu'est-ce que tu as ?


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