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L’EXPLICATION LINÉAIRE

- Minist re de l ducation nationale et de la Jeunesse - Juillet 20191 Retrouvez duscol sur :VOIE G N RALE ET TECHNOLOGIQUE Fran ais1reFran ais2DE1 RETLEI nformer et accompagner les professionnels de l ducationENSEIGNEMENTCOMMUNVOIE G N RALEET TECHNOLOGIQUEL EXPLICATION LIN AIRE EXEMPLE DE MISE EN UVRE1 Exemple pour une classe de premi re : La Bo tie, discours de la servitude volontaire Parcours : Une parole militante : pouvoir et tyrannie Extrait Mais Dieu, qu est-ce que cela peut tre ? Comment dirons-nous que cela s appelle ? Quel malheur est celui-l ? Quel vice ? Ou plut t quel malheureux vice ?

déploiement d’une rhétorique violente qui, par l’exagération, présente son objet comme impensable, en quelque sorte impossible : l’échec à en rendre raison justifie, à ce stade du propos, le recours à ce qu’on pourrait appeler la secousse du discours, ou le secours d’une parole violente, destinée à ébranler le lecteur.

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1 - Minist re de l ducation nationale et de la Jeunesse - Juillet 20191 Retrouvez duscol sur :VOIE G N RALE ET TECHNOLOGIQUE Fran ais1reFran ais2DE1 RETLEI nformer et accompagner les professionnels de l ducationENSEIGNEMENTCOMMUNVOIE G N RALEET TECHNOLOGIQUEL EXPLICATION LIN AIRE EXEMPLE DE MISE EN UVRE1 Exemple pour une classe de premi re : La Bo tie, discours de la servitude volontaire Parcours : Une parole militante : pouvoir et tyrannie Extrait Mais Dieu, qu est-ce que cela peut tre ? Comment dirons-nous que cela s appelle ? Quel malheur est celui-l ? Quel vice ? Ou plut t quel malheureux vice ?

2 Voir un nombre infini de personnes, non pas ob ir, mais servir ; non pas tre gouvern es, mais tyrannis es, n ayant ni biens, ni parents, ni femmes, ni enfants, ni leur vie m me qui soit eux ; souffrir les pilleries, les paillardises, les cruaut s, non pas d une arm e, non pas d un camp barbare contre lequel il faudrait perdre son sang et d abord sa vie, mais d un seul. Non pas d un Hercule ni d un Samson, mais d un seul hommeau et le plus souvent le plus l che et le plus eff min de toute la nation. Non pas d un homme accoutum la poussi re des batailles, ni m me peine au sable des tournois ; non pas d un homme capable par sa force de commander des hommes, mais d un homme tout emp tr se faire l esclave de la moindre cela de la l chet ?

3 Dirons-nous que ceux qui servent sont couards et affaiblis ? Si deux, si trois, si quatre, ne se d fendent pas contre un seul, cela est trange, mais toutefois possible. On pourra alors dire bon droit que c est faute de courage. Mais si cent, si mille souffrent par la faute d un seul, ne dira-t-on pas qu ils ne veulent point, et non qu ils n osent s en prendre lui, et que c est, non de la couardise, mais plut t du m pris ou du d dain ? Si l on voit non pas cent, non pas mille hommes, mais cent pays, mille villes, un million d hommes n assaillir pas un seul, dont le mieux trait de tous en re oit ce mal d tre serf et esclave, comment pourrons-nous nommer cela ?

4 Est-ce l chet ?Or il y a en tout vice naturellement quelque borne, que l on ne peut d passer : deux, et peut- tre dix, peuvent en craindre un seul, mais mille, mais un million, mais mille villes, si elles ne se d fendent pas d un seul, cela n est pas de la couardise, car elle n irait pas jusque-l , tout comme la vaillance ne va pas jusqu au point qu un seul homme puisse donner l assaut une forteresse, qu il assaille une arm e, qu il conqui re un monstre de vice est-ce donc, qui ne m rite pas encore le titre de couardise, qui ne trouve pas de nom suffisamment vil, que la nature d savoue avoir fait, et que la langue refuse de nommer ?

5 1. La pr sentation de l explication lin aire fait l objet d une ressource sp cifique qui figure dans l ensemble de ressources consacr aux exercices de l - Minist re de l ducation nationale et de la Jeunesse - Juillet 20192 Retrouvez duscol sur :VOIE G N RALE ET TECHNOLOGIQUE Fran ais1reExplication lin aireIntroduction Le discours de la servitude volontaire est un texte r dig par La Bo tie en 1546 ou 1548. Il s ouvre par une br ve citation du discours d Ulysse s adressant aux arm es grecques amass es devant Troie, que La Bo tie commente et analyse, pour en contester la pertinence. R f rence n est donc pas r v rence ; laisser la parole aux anciens n est pas les reprendre servilement, et d entr e de jeu la parole de l auteur se pose comme libre, s opposant audacieusement l autorit du rus Ulysse, dont le r alisme et le sens des circonstances voquent Machiavel.

6 Et cette premi re opposition prend en outre l allure d une sorte d tonnement devant ce que l auteur pr sente comme un paradoxe : comment croire qu il soit bon d avoir un ma tre, si celui-ci peut toujours devenir mauvais ? Le ton est donn , pol mique, et aussi l attitude intellectuelle, l tonnement devant l incompr hensible paradoxe, devant le scandale que constitue la servitude volontaire. Par-l , La Bo tie suscite la curiosit et l motion du lecteur d s l entr e du extrait tudier se place dans la narration, tape du discours qui suit l exorde : c est une partie o l on attend de l orateur des qualit s de clart , de bri vet.

7 Or l extrait est marqu par la figure de l empilement, de l accumulation, comme si l auteur pi tinait devant une difficult . Tout le passage creuse le paradoxe de la soumission au point de rendre la fois incompr hensible et inacceptable le fait m me de la servitude volontaire. Le premier mouvement, qui correspond au premier paragraphe, vise cr er une forme de stup faction chez le lecteur ; le second, qui se compose des deux paragraphes suivants, le place face l chec de la nomination, qui est reformul de mani re tr s frappante dans le dernier paragraphe et vise faire partager au lecteur une sorte d indignation : comment nommer cette folie, c est- -dire comment la comprendre ?

8 L ensemble est donc marqu par le d ploiement d une rh torique violente qui, par l exag ration, pr sente son objet comme impensable, en quelque sorte impossible : l chec en rendre raison justifie, ce stade du propos, le recours ce qu on pourrait appeler la secousse du discours , ou le secours d une parole violente, destin e branler le mouvementAu d but du discours , La Bo tie pose cette question simple : pour quelle raison les hommes se laissent-ils asservir ? Ce questionnement prend dans l extrait les allures d un discours d une grande v h mence. Lignes 1 2 Le passage s ouvre ainsi sur une accumulation de questions constituant une sorte de lamentation path tique adress e Dieu.

9 Ces cinq phrases interrogatives sont br ves et vari es, de telle sorte que leur accumulation souligne le caract re incompr hensible de la soumission collective un seul homme : aucune de ces questions ne re oit en effet de r ponse. Elles marquent une forme de stup faction initiale et ont pour but de frapper le lecteur, de lui faire prouver le scandale anthropologique et logique que constitue la servitude - Minist re de l ducation nationale et de la Jeunesse - Juillet 20193 Retrouvez duscol sur :VOIE G N RALE ET TECHNOLOGIQUE Fran ais1reLes deux premi res portent sur la nature de la chose et sur le nom lui donner : l emploi du pronom d monstratif cela , que d veloppe l ensemble du paragraphe, est la place du nom manquant, et l incapacit nommer oriente la suite du propos.

10 D faut d identifier, le discours caract rise cette aberrante servitude consentie, d abord en proposant les deux termes malheur et vice , puis en les r unissant : malheureux vice . La correction poursuit cette logique d gradante. Le vice est en effet condamnable, alors que le malheur est seulement subi ; le malheureux vice est ainsi un malheur consenti, et l expression fait du vice la cause du malheur, dont les victimes sont d s lors coupables. Lignes 2 6 Cette impossibilit de nommer la servitude volontaire pousse l orateur se servir d arguments d exp rience introduits par le verbe voir , suivis d une accumulation de segments, tous articul s de la m me mani re : la n gation renforc e non pas porte sur un premier terme et la conjonction de coordination mais introduit le deuxi me l ment de l ensemble qui corrige et d grade le premier terme.


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